«Il faut changer le comportement des gens», affirme François Bonnardel

En entrevue avec l’équipe d’Esprit politique, le ministre des Transports affirme que le réseau routier est saturé et qu’il est nécessaire de construire davantage de routes afin d’ajouter du transport en commun.

Photo originale : La Presse canadienne

Les routes qui sillonnent les grandes villes du Québec et leurs banlieues sont pleines à craquer, de sorte qu’il faut ajouter des voies si on souhaite favoriser le transport en commun, affirme le ministre des Transports, François Bonnardel. Ça peut sembler paradoxal d’ajouter de la capacité routière pour tenter de diminuer le nombre de voitures, mais c’est la réalité, dit-il.

C’est vrai pour l’ajout d’un troisième lien routier entre Québec et Lévis, qui permettra d’ajouter un tramway ou un service rapide par bus qui n’existe pas entre les deux rives du Saint-Laurent, mais également pour l’autoroute 19 au nord de Montréal et l’autoroute 30 sur la Rive-Sud de l’île.

«Quand on parle d’élargir des routes, d’en construire de nouvelles, c’est parce que notre réseau supérieur est saturé, soutient le ministre et député de Granby. On doit avoir un aspect de transport collectif important. Or, on ne peut plus, sur le réseau actuel, voler une voie de circulation aux automobiles pour la donner aux transports collectifs. Ça ne fonctionne pas. On peut parfois utiliser les accotements pour les bus. Sinon, on refait nos routes et on ajoute des voies pour les véhicules verts, le covoiturage ou le transport collectif. Ce n’est pas simple, mais les besoins en transport collectif sont importants et il faudra construire de nouvelles routes [pour y arriver].»

Le ministre des Transports est bien conscient qu’au Québec, lorsqu’il est question de diminuer les émissions de gaz à effet de serre, on regarde dans sa cour, alors que 43 % des émissions de la province émanent du secteur des transports. «Dans notre politique de mobilité durable, on veut diminuer l’utilisation de l’auto en solo de 20 %. On veut donner plus d’options pour utiliser les transports collectifs. Si on veut changer le comportement des gens, il faut que la durée, le confort et le prix représentent des gains pour qu’un automobiliste change de moyen de transport. Le premier kilomètre jusqu’au transport en commun, et le dernier kilomètre jusqu’au travail, c’est particulièrement crucial pour qu’une personne change ses habitudes», dit-il.

Le ministre n’a toutefois pas l’intention d’imposer de nouvelles taxes sur l’essence, sur les stationnements ou encore d’instaurer des péages pour entrer en ville afin de diminuer l’attrait de l’auto. François Bonnardel souhaite avant tout rendre le transport en commun plus rapide et agréable. «On a d’énormes projets dans les 10 à 15 prochaines années. Il ne faut pas mettre en opposition l’environnement et le développement économique, il faut un équilibre. On est déjà presque les meilleurs au Canada pour ce qui est de notre bilan de gaz à effet de serre, mais on peut pousser encore plus loin», explique-t-il.

François Bonnardel était l’invité d’Esprit politique, le balado de L’actualité animé par Marie-France Bazzo—avec la collaboration d’Alec Castonguay et Philippe J. Fournier à l’analyse politique, et de Mathieu Charlebois à la réflexion humoristique. L’équipe commente et analyse les événements à Québec et à Ottawa, et reçoit régulièrement des invités.

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Taxis, voitures autonomes, constructions de routes et de ponts, entretien du réseau routier, nouveaux tramways, inauguration du REM, et même, bientôt à Montréal, débarquement des trottinettes électriques en libre-service! Les défis sur la table de travail du ministre Bonnardel ne manquent pas. Lui qui est un adepte de la «théorie des petits pas» devra prendre de grosses bouchées. «On va étudier l’impact de tout ça. L’important est de comprendre qu’il faut changer le comportement des gens», dit-il.

Sur l’arrivée des trottinettes électriques à Montréal, François Bonnardel affirme qu’il sera «vigilant», puisque l’expérience a été pénible dans certaines villes, notamment à Paris. «Je sais que certaines administrations ont trouvé la cohabitation difficile avec les trottinettes. Ça reste une option intéressante pour le dernier kilomètre, pour ceux qui sortent du métro et veulent se rendre au travail.»

La visite du ministre dans le métro de Montréal, le 21 mai dernier, avec la mairesse Valérie Plante, a fait couler beaucoup d’encre, notamment parce que François Bonnardel n’a pas choisi le moment de l’année le plus achalandé sur la ligne orange. À la fin mai, les universités, avec leurs milliers d’étudiants et de professeurs, tournent au ralenti. De plus, c’était un lendemain de long congé, de sorte que bien des gens ne se rendaient pas au travail ce matin-là, étirant leurs vacances.

«J’avoue qu’on n’était pas dans la période sardine, parce que les étudiants avaient terminé leur session. Je vais essayer d’y retourner fin août ou début septembre. Je ne suis pas déconnecté de la situation du métro de Montréal.»

Le ministre Bonnardel a grandi à Montréal, de sorte qu’il connait bien le métro, plaide-t-il. «Je suis né à Verdun, alors la ligne verte du métro, je la prenais déjà quand j’étais « ti-cul », dès 11 ou 12 ans, pour aller voir les Expos. J’étais plus un fan de la verte que de la orange, mais bon! Je prends le métro depuis que je suis jeune, alors je comprends à quel point c’est difficile.»

S’il n’a pas besoin de descendre sous terre pour savoir que le métro est bondé, pourquoi l’avoir fait avec Valérie Plante, devant les caméras? «J’ai été invité [par la mairesse]. Il était important pour moi d’y répondre. Je ne voulais pas en faire un show. Ce n’est pas mon genre», se défend-il.

Son opinion sur l’opportunité de construire une ligne rose n’a pas changé à la suite de cette visite dans le métro. Ce n’est pas dans les priorités du gouvernement Legault.

«La métropole, elle est importante, dit François Bonnardel. C’est le poumon du Québec. Quand Montréal fonctionne, habituellement, tout le reste fonctionne. […] On veut avoir de bonnes relations avec l’administration Plante, même si on a parfois des opinions différentes sur certains projets. […] On a plusieurs projets à Montréal. Il y a le SRB sur Pie-IX. Il y a le prolongement du REM — et il va y avoir une portion dans l’est éventuellement. Le REM va changer la dynamique du transport collectif à Montréal, parce que c’est le plus gros projet depuis la construction du métro. J’ai tellement hâte qu’on puisse prendre un premier train de la Rive-Sud, en 2021, vers Montréal. […] Je m’assure, comme ministre, qu’on a les sommes nécessaires pour faire les travaux.»

***

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4 commentaires
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Non M.Bonnardel, il faut corriger le problème à la source

Comme pour un feu de bois, on ne peut pas lui dire « donne moi de la chaleur et je te donnerai du bois »
vous ne pouvez pas dire au citoyen « changez de comportement et je vous donnerai du transport collectif électrique»

La politique des petits pas, ça ne marche pas.

C’est trop facile de blâmer l’utilisateur qui ne demande que de l’énergie.

SI le fournisseur nous vend de l’énergie sale, ou des bagnoles qui polluent et qui sont cancérigènes, c’est là où est le problème.

SI vous continuez à subventionner le problème ce n’est pas étonnant qu’on continue à s’enfoncer dans le cambouis.

Il faut dire aux fournisseurs:
– vous voulez faire de l’énergie fossile? et bien ça prend une certification que vous ne polluez pas, zéro-émission
– vous voulez faire des bagnoles à pétrole? et bien il faut qu’elles soient zéro-émission comme le VE
– vous voulez faire une mine? et bien vous devez montrer et certifier comment vous allez protéger la santé et l’environnement
Ça coûte cher? et bien c’est seulement dans ces conditions qu’une société bien ordonnée subventionne, mais dans l’intérêt général.

L’avenir est à l’énergie électrique propre et le Québec a déjà une longueur d’avance avec HQ et reconnu mondialement et si vous ne profitez pas de cette avance pour nous propulser encore plus vite et plus loin dans l’électrification (Version 3.0 ) de tout ce qui nous entoure et la mobilité et bien vous allez pulvériser toutes les opportunités d’activité économique propre qui créent des emplois d’avenir valorisants et laissez les autres prendre notre place.

Si votre théorie d’augmenter le nombre d’autoroutes avant de vous occuper des transports électriques en commun semble être « un paradoxe » et bien c’est pcq c’est un paradoxe.

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On peut pas changer les comportements. Faut mettre en place des conditions, un environnement où les gens seront fiers de se trouver de meilleures facilités de transport ou de le diminuer. Construire routes ??? Combien moins de GES ? Réseaux trains ???? Combien GES pour construire et combien GES economisé aprés ?
Le défi: créer des conditions, un environnement pour diminuer transport individuel, diminuer transport marchandises, faire apprécier le travail, l’achat local et les loisirs locaux et communautaires.

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Il y a des choses que le ministre Bonnardel ne veut visiblement pas comprendre.

Comme l’écrit avec « bon sens » Daniel Grant dans des commentaires précédents. Ce n’est probablement pas en rajoutant des routes que nous allons régler le problème. Il faut en effet remonter à la source, et l’une d’entre elle est que nous avons édifié un modèle de société plutôt dysfonctionnel basé sur l’étalement urbain, une valorisation foncière et immobilière qui force la plupart des gens qui travaillent à devoir se déplacer quotidiennement de plus en plus loin pour aller au travail ailleurs… puis dans la même journée en revenir….

En plus de la génération inutile de gaz à effet de serre, ce sont des milliards de dollars d’heures qui pourraient être travaillées qui elles aussi partent en fumée. Ce qui contribue à notre médiocre productivité.

C’est sur l’aménagement des espaces tant existants que ceux à venir qu’il faut plancher et l’organisation du travail qu’il faut réformer.

L’ajout d’un troisième lien dans l’agglomération de Québec n’est pas une mauvaise chose en soi si et seulement si les aménagements qui pourraient en résulter auront pour effet de rendre la vie et les déplacements des gens réellement simplifiés et facilités. C’est sur ce point qu’il n’y a pas de projet. Pas de projets signifie argent public gaspillé.

Le problème n’est donc pas « comportemental » comme l’estime monsieur Bonnardel, il est purement économique et social. Il faudra tôt ou tard briser le modèle lorsqu’assez tôt (avant qu’il ne soit trop tard) serait sans doute le mieux.

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LORSQUE L ARGENT SORTIRA DE SA POCHE ,IL FERA CE QU IL VEUT.François Bonnardel
En entrevue avec l’équipe d’Esprit politique, le ministre des Transports affirme .

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