Il faut plus qu’une élection pour vaincre la corruption

Un changement de régime ne règle pas tout du jour au lendemain simplement parce qu’un gouvernement se drape dans les habits de l’éthique et de la pureté. 

PolitiqueL’autre jour, j’ai failli m’étouffer en entendant un ténor péquiste affirmer qu’en 18 mois, le gouvernement Marois avait fait le ménage dans les écuries municipales, désormais nettoyées de la corruption.

C’est comme si une poussière magique à la base d’intégrité était descendue sur toutes les municipalités du Québec, le 4 septembre dernier.

Depuis le début de la campagne, nos politiciens ont pris des raccourcis avec les faits qui me sidèrent. Ils viendront reprocher aux médias de s’accrocher uniquement à des clips, et d’escamoter le débat de fond, quand ils sont devenus eux-mêmes des machines à clips.

En s’attribuant la paternité exclusive du ménage qui a été réalisé dans le monde municipal, le PQ gomme la contribution de plusieurs acteurs.

Ce n’est pas le PQ, mais l’Unité permanente anticorruption (UPAC) qui a mis fin au cartel des ingénieurs et des entrepreneurs dirigé par le présumé gangster de Laval, Gilles Vaillancourt.

Ce n’est pas que le Parti québécois, mais les travaux de la commission Charbonneau qui ont sapé définitivement la légitimité de l’ex-maire de Montréal, Gérald Tremblay.

L’UPAC a été mise en place par les libéraux, d’ailleurs. Ces mêmes libéraux ont mis fin à l’abolition du placement syndical dans l’industrie de la construction.

Sans l’apport des policiers et des journalistes d’enquête, le «ménage municipal» n’aurait pas donné les résultats escomptés.

En s’arrogeant le monopole de la pureté, le PQ joue à un jeu dangereux. Le parti ne pourra pas éternellement surfer sur l’adoption de la loi 1 sur l’intégrité, malgré toute la beauté de cette initiative. Il devrait avoir l’humilité de reconnaître que la lutte à la corruption est un effort collectif.

Au rayon du scandale, le PLQ a plus de squelettes que le PQ, c’est vrai. La corruption, le copinage et la collusion ont atteint des proportions endémiques sous le gouvernement de Jean Charest, principalement parce que l’ex-premier ministre a toléré trop longtemps les dérives éthiques au sein de son parti sans lever le petit doigt. L’UPAC ne fouille pas dans les poubelles du PLQ pour rien en ce moment… mais elle s’intéresse aussi au financement du PQ, comme le révélait mercredi La Presse.

Il faut plus qu’une élection pour vaincre les réseaux en place. Un changement de régime ne règle pas tout du jour au lendemain simplement parce qu’un gouvernement se drape dans les habits de l’éthique et de la pureté.

À titre d’exemple, à Boisbriand, le pouvoir magique de l’éthique péquiste ne semble pas avoir opéré de son charme. La mairesse Marlène Cordato a été réélue, alors qu’elle en savait un sacré bout sur la collusion.

Dans des documents judiciaires rendus publics cette semaine, Sylvie Berniquez Saint-Jean a admis qu’elle avait fait partie d’un système frauduleux de partage des contrats entre Roche, BPR-Triax et le groupe Séguin pendant une dizaine d’années. Mme Berniquez Saint-Jean, qui a plaidé coupable aux accusations portées contre elle, était mairesse de 2005 à 2009, tandis que Marlène Cordato siégeait comme conseillère.

Une entente est intervenue entre Mme Berniquez Saint-Jean et Mme Cordato, conseillère d’opposition, à l’automne 2006. Roche garderait le contrat de l’usine de traitement des eaux, tandis que BPR-Triax (lié à la mairesse) et Génivar (lié à l’opposition) se partageraient les autres contrats moitié-moitié.

Le conseil de ville a donné suite à cette entente, en désignant BPR-Triax et Génivar comme les firmes invitées à soumissionner pour les appels d’offres entre 25 000 $ et 100 000 $. Mme Cordato n’a été accusée d’aucun crime, mais disons que son élection sent le vieux régime.

Un exemple anodin, juste pour prouver mon point. L’élection d’un gouvernement ne règle pas tous les problèmes d’un coup.

Un peu d’humilité et d’élévation verticale ne nuirait pas. La lutte à la corruption et à la collusion est un effort collectif. Personne ne peut s’arroger seul le crédit de la réussite, une réussite éphémère puisque la lutte est de tous les instants.

* * *

À propos de Brian Myles

Brian Myles est journaliste au quotidien Le Devoir, où il traite des affaires policières, municipales et judiciaires. Il est présentement affecté à la couverture de la commission Charbonneau. Blogueur à L’actualité depuis 2012, il est également chargé de cours à l’École des médias de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). On peut le suivre sur Twitter : @brianmyles.

Laisser un commentaire

Bien sûr, M. Myles,

Il faut continuer le ménage et SURÊMENT pas revenir à une équide de 18 députés qui ont COMBATTU la création de la Comission Charbonneau!!!!!

Quel retour, à 180 degré….. Pureté immaculée ? Fort à parier que non, Mais effort de longue date pour assainir les moeurs politique et le financement des partis… Avez-vous, VRAIMENT oublié ??? Cela ne fait pas SEULEMENT18 mois…

C’est une tentative de Récupération bien faiblarde M. Brian Myles, n’est-ce pas ?

Les ASCENSEURS attendent M. Myles…. Je comprends bien TOUS les efforts pour redresser la situation.

Pression,Pression,Pression !!!!