Il nous faut un « New Deal vert » du logement !

Investir dans la rénovation du parc locatif pourrait améliorer la santé des Québécois, réduire notre empreinte carbone et créer des emplois.

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Il y avait quelque chose de consternant à lire la semaine dernière l’histoire de cette famille de deux — bientôt trois — qui, à un mois de l’accouchement, ne parvient toujours pas à trouver un logement convenable. Le couple est contraint de partager le logement de la mère de la jeune fille, un tout petit un et demie. C’est qu’étant donné leurs moyens, il est à peu près impossible pour eux de se trouver un appartement.

Chaque jour, un nouveau témoignage illustre cette triste réalité, qui affecte souvent jusqu’au plus profond de la dignité de la personne.

Le parc locatif est saturé. Au Québec, le taux d’inoccupation est à un creux historique. À Montréal, c’est encore pire, surtout en ce qui concerne les logements familiaux. Le loyer moyen y est fixé à 841 $ par mois, selon la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL). Et ce, malgré les tours qui n’en finissent plus de pousser.

Cette crise, c’est la spéculation, c’est Airbnb, c’est l’accroissement du nombre d’immigrants, ce sont des logements désuets et trop peu de constructions à prix abordable ou modique. Cette crise, c’est aussi un clientélisme patenté, qui, selon le Regroupement des comités logement et associations de locataires du Québec (RCLALQ), vise la construction de logements petits, mais luxueux, pour maximiser l’espace et le valoriser. Cette crise, ce sont aussi des conséquences environnementales néfastes tant elle encourage l’étalement urbain avec la bénédiction sans cesse renouvelée du gouvernement québécois.

Pour couronner le tout, on assiste toujours à un affrontement sans nuance entre associations de locataires et de propriétaires. D’un côté, on dénonce les « rénovictions », une pratique qui consiste à « se débarrasser » de locataires après des rénovations dans le but d’augmenter le loyer, les logements insalubres (fruit de l’incurie du propriétaire) et les hausses de loyers démesurées. De l’autre, on souligne le peu d’incitatifs à rénover les logements (un amortissement atteint en 32 ans selon certains), les logements insalubres (fruit de l’action de locataires vandales) et les hausses de loyers insuffisantes.

Dans ce débat, tout le monde a au moins un peu raison, mais les deux camps s’affrontent comme si l’autre était l’ennemi à abattre. Fréquemment, les échanges sont parfaitement stériles parce que le problème est ailleurs.

Le problème est d’abord humain. Encore aujourd’hui, au Québec, quelque 195 000 ménages consacrent plus de 50 % de leur budget au loyer, alors que le seuil recommandé est de 25 %. Or, il manque cruellement de logements sociaux. Souvent, ce sont donc ces mêmes ménages qui vont habiter un logement insalubre, avec de réelles conséquences pour leur santé et pour la société en matière de soins, de problèmes de productivité, bref, en coûts périphériques.

Puis, l’autre enjeu, dans un monde où le logement est un bien majoritairement privé, concerne les pouvoirs publics qui doivent composer avec une myriade d’intérêts souvent contradictoires, ce qui rend leur intervention toujours plus complexe.

Le règlement « 20-20-20 » de l’administration Plante, à Montréal, est prévu pour 2021. La promesse électorale de Projet Montréal prévoyait que toute nouvelle construction de cinq logements et plus devrait être composée à 20 % d’habitations à loyer modique, 20 % d’habitations abordables, et 20 % d’habitations familiales. La version finale du projet de règlement, qui sera déposée sous peu, s’annonce beaucoup plus subtile. Il fallait composer avec certains effets pervers qu’une application stricte du règlement aurait eus sur le parc de logements locatifs.

Évidemment, le potentiel d’une telle réglementation n’est pas négligeable, voire plutôt salutaire. On ne saurait cependant s’y limiter. Et si la solution se trouvait du côté de la transition énergétique ?

Dans son mémoire déposé lors des consultations prébudgétaires du gouvernement fédéral, le chercheur Pierre-Olivier Pineau rappelle qu’il ne faut pas oublier les plus fragiles dans les efforts à mener dans la lutte aux changements climatiques. Sa recommandation préconise de « développer des programmes pour protéger les populations les plus vulnérables », notamment « par un accès à des logements de qualité abordables et un accès à une mobilité. »

Allons plus loin. En lieu et place d’une Baie-James du 21e siècle financée à coups de milliards, comme le proposait François Legault en campagne électorale, pourquoi n’irait-on pas plutôt vers des logements du 21e siècle ? L’efficacité énergétique passe nécessairement par une réfection des logements désuets, et une meilleure isolation de ceux-ci. Le bilan carbone canadien est parmi les pires au monde, et la situation du logement pourrait y être beaucoup plus enviable.

La capacité de payer des locataires, et à maints égards, de beaucoup de propriétaires, est saturée. La Régie du logement et les pouvoirs municipaux sont débordés avec les causes d’insalubrité des logements.

Investir dans la rénovation du parc locatif pourrait améliorer la santé des Québécois, réduire notre empreinte carbone et créer des emplois. En contrepartie, il y aurait lieu de redonner une certaine légitimité à la réglementation et aux tribunaux en matière de logement et de zonage, en renforçant les pouvoirs de surveillance, en limitant l’étalement urbain et en améliorant les transports collectifs. Peut-être assisterait-on à moins de « rénovictions », moins d’expulsions, moins de Airbnb et moins de hausses de loyer à visée purement économique.

En bref, il nous faut un « New Deal vert » du logement.

Les commentaires sont fermés.

C’est super de parler de logement, mais je ne comprends pas vraiment le flot du texte. On commence par dire que les logement deviennent de moins en moins abordables à Montréal, mais le fait de rénover le parc locatif ne va pas rendre les loyers plus accessibles aux familles les plus modestes. (Je ne suis pas contre par ailleurs, c’est juste que les deux problèmes ne semblent pas liés par les mêmes solutions).