Il y a trente ans, lorsque Washington espionnait Moscou

On le sait maintenant, grâce à la déclassification des archives, l’Administration Reagan avait un espion… au sommet de l’État soviétique. Un agent double, un colonel de l’État-major soviétique, Vladimir Vetrov, nom de code Farewell. Il avait été « retourné » par les services secrets français et proposé à l’administration Reagan par… l’administration française avec l’accord de François Mitterrand.

En 1981-82, l’agent double avait proposé un plan, que l’on appelé le Farewell dossier, pour infecter le système militaire soviétique avec des pièces, des éléments viciés, défectueux, voire contre productifs. L’objectif était de miner la capacité militaire soviétique. Et ça a fonctionné. C’est ainsi qu’un logiciel défectueux a déclenché une explosion de grande ampleur et spectaculaire (au point où les images satellitaires ont été interprétées par le NORAD comme une possible explosion nucléaire) d’un gazoduc en Sibérie durant l’été 1982, Les Etats-Unis facilitaient alors la vente de ces éléments par des pays tiers, que les Soviétiques pensaient avoir acquis habilement. Ceux qui connaissaient ce plan se comptaient alors sur les doigts de la main : le directeur de la CIA et son chef des opérations clandestines (Robert Gates – secrétaire à la défense du président Obama, durant son 1er mandat), la personne responsable des relations avec les Soviétiques à la Maison-Blanche et…. le président.

Le Colonel Vetrov est mort. Exécuté par le KGB. Mais il a laissé à Reagan la conviction que les Etats-Unis « tenaient l’URSS dans les câbles ». Sentiment qui prévaudra en 1989, face à Gorbatchev, lorsque le président américain décidera de sonner le glas de la guerre froide.

Pour aller plus loin : Paul Kengor, The Crusader Ronald Reagan and the Fall Communism, 2006.

Charles-Philippe David
Titulaire de la Chaire Raoul-Dandurand

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