Il y a plus d’un «Pierre» impliqué dans la fuite du dossier Normandeau

Il y aurait une action concertée pour faire pression sur le Parti libéral et particulièrement son ancien chef, Jean Charest.

Le commissaire de l'UPAC, Robert Lafrenière, quitte une conférence de presse après l'annonce de l'arrestation de Nathalie Normandeau. (Photo: Ryan Remiorz/La Presse Canadienne)
Le commissaire de l’UPAC, Robert Lafrenière, quitte une conférence de presse après l’annonce de l’arrestation de Nathalie Normandeau. (Photo: Ryan Remiorz/La Presse Canadienne)

Nos révélations qu’une source travaillait dans l’ombre pour dévoiler la preuve accumulée par l’UPAC contre des politiciens auront été suffisantes pour ébranler le gouvernement Couillard, au point que la Sûreté du Québec a déclenché une enquête.

En commission parlementaire, mercredi soir, le commissaire de l’Unité permanente anticorruption (UPAC), Robert Lafrenière, a soutenu que ces fuites étaient prises très au sérieux par son organisation.

«On a même demandé à la Sûreté du Québec de faire une enquête dans un cas, ce que la SQ est en train de faire», a admis le commissaire, avant de faire part des mesures prises à son bureau pour éviter d’éventuelles fuites.

«D’abord, j’ai fait faire une vérification complète de notre technologie de l’informatique au niveau de la robustesse, pour être sûr que nos pare-feu sont à date. J’ai demandé de faire un balayage électronique dans mes bureaux à moi, dans les bureaux de mon directeur des opérations, dans les endroits très sensibles, et on a fait un rappel à tout le monde sur la nécessaire confidentialité.» Malgré cela, il s’est avoué vaincu dans sa recherche du coupable. «Mon équipe ne l’a pas identifié, c’est clair», a dit M. Lafrenière.


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Qui veut faire dérailler le procès de Nathalie Normandeau?


Au lendemain de la parution de notre article, «Pierre» nous a contactés de nouveau. Il le fera à quatre autres reprises dans les jours qui suivront. 

«Le texte a fait trembler les murs. Tout le monde est vraiment prudent, tout le monde fait attention», nous dit-il lors d’un de ces appels. Et la crainte n’est pas que de son côté. Au bureau du premier ministre, on appréhende la prochaine fuite.

«Ils ont eu Sam [Hamad] avec un seul reportage, a concédé une source au bureau de Philippe Couillard. Qui sait jusqu’où ils peuvent aller.» Ce qui dérange le gouvernement, c’est que l’information n’est pas complète. «On n’a qu’un seul côté de la médaille, c’est de la manipulation.»

«Notre but n’est pas de faire dérailler le procès de Nathalie Normandeau», répond «Pierre» lorsque nous lui demandons d’étaler ses motifs. «Ce n’est pas Nathalie Normandeau, à 33 ans [l’âge auquel elle a accédé au Conseil des ministres], mairesse de même pas 500 habitants [Maria, en Gaspésie, où la population était de 2 517 personnes en 2014], qui a tout organisé ça, tu comprends? Le gros poisson, on sait c’est qui», laisse-t-il tomber.

L’ex-premier ministre Jean Charest est ce «gros poisson», confirme «Pierre». C’est à Charest que «Pierre» et son complice veulent s’en prendre. (L’ex-premier ministre a réaffirmé la semaine dernière qu’il avait été à la tête d’un gouvernement honnête et intègre.)

C’est que «Pierre» ne travaille pas seul. Les nombreuses conversations que nous avons eues avec lui indiquent qu’il existe au moins un autre informateur, avec qui nous n’avons pas communiqué. En fait, «Pierre» serait le contact avec les journalistes, alors que son comparse serait celui qui détient l’information. Au moment de prendre rendez-vous, «Pierre» hésite. «L’autre personne n’est pas à l’aise.»

Ainsi, il y aurait une action concertée pour faire pression sur le Parti libéral et particulièrement son ancien chef. Il existerait au Québec un système judiciaire parallèle, avec des accès à des documents confidentiels et susceptibles de causer des dommages politiques importants.

S’il prend la chose au sérieux, le commissaire Lafrenière tente de se faire rassurant. «On n’a jamais vu une syllabe de ce qu’il avance», dit-il avec justesse. La directrice des poursuites criminelles et pénales, Annick Murphy, partage la même impression.

«Personne n’a vu cette information, dit-elle. Au DPCP [Directeur des poursuites criminelles et pénales], nous instaurons des murailles de sécurité, nous avons des processus importants pour protéger l’information.»

Pourtant, Mme Murphy admet qu’aucune enquête sur la fuite n’a été ordonnée au DPCP. Elle estime impossible que des informations émanant de ses serveurs soient divulguées dans les médias.

«Aucune information qui provient de nos dossiers n’a été donnée à qui que ce soit. J’en ai la certitude et je peux l’affirmer pour toutes sortes de raisons. Que ce soit un informaticien, un technicien en droit, un procureur ou toute autre personne», martèle la directrice.

Nos communications avec «Pierre» se sont tues le vendredi 8 avril, soit 24 heures avant une rencontre prévue à Montréal. Lors de notre dernière conversation téléphonique, «Pierre» racontait qu’il avait été interpellé par un collègue au moment où il se rendait dîner. «Il m’a dit: “Rencontres-tu toujours Lacroix demain après-midi au centre-ville?”» «Pierre» n’est jamais venu.

Un numéro de téléphone s’est cependant affiché sur mon écran quand il m’a appelé pour la dernière fois, une première depuis le début de nos conversations. Il s’agissait du numéro du Centre St-Pierre, un centre d’éducation populaire bien connu de la rue Panet, à Montréal. Selon la réception du Centre St-Pierre, la seule réservation à ce moment-là était au nom du syndicat des journalistes de Radio-Canada. Il faut admettre que ce dossier aura été riche en surprises et en rebondissements.

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12 commentaires
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Voici une suite de plus en plus palpitante et de plus en plus passionnante. Bientôt un film pour le cinéma ? Y’aurait-il un complot ourdi au sommet de l’État québécois ?

À tout le moins les choses commencent à se clarifier : Pierre n’est pas seul et les fuites ne viendraient probablement pas de l’UPAC, moins encore du DPCP. Donc qui reste-il encore ? Quoiqu’il en soit, depuis des années, l’ancien chef du PLQ est pointé du doigt, intouchable tel un « parrain » dans la pure tradition des meilleures fictions du genre….

Bon, la justice est-elle juste ? Ou peut-elle être manipulée par des appareils politiques, des médias, voire par des gens corrompus ou qui pourraient l’être… ? On se souvient combien en menaient large certains participants auditionnés lors de la Commission Charbonneau, avec ses questions convenues d’avance pour ne pas dire parfois complaisantes.

Il ne faut pas s’étonner outre mesure si des personnes soient comme restées sur leur faim.

La question est encore (peut-être) de savoir si « Pierre » et ses « coreligionnaires » ne sont pas des gens en partie indirectement issus de milieux politiques qui se sentent lésés, de magistrats ou de cabinets d’avocats complaisants ou peut-être de policiers (ou ex-policiers) qui voudraient rendre une justice parallèle dans un système judiciaire qui ressemble terriblement au système de santé : un régime à deux vitesse. Tous ces gens se servent des médias.

Ou peut-être sont-ce des gens qui en essayant de faire avorter les procédures par de tels subterfuges, veulent absoudre Natalie Normandeau pour lui permettre d’échapper à son destin ; démontrant qu’elle ne fut que le pure instrument parfaitement innocent d’un bien plus gros méchant ?

Peut-être d’un point de vue plus philosophique, que l’universalité de tous les services est plus une vision de l’esprit qu’une réalité et une volonté à toutes fins pratiques assumée… par les officines qui œuvrent dans la sphère économique et politique…. Intimement liées (avec la magistrature), telle une sorte de « clandée » tissée serrée, laquelle se partage et s’échange continuellement l’administration de la Belle Province ; semblable à un rituel païen aux saveurs inspirées de temps lointains où le pouvoir occulte siégeait plutôt dans des « clubs sélects » annexes temporelles de temples maçonniques souverains.

La loi est l’ordre pour le petit peuple. Nôtre loi et Nôtre ordre patricien à nous autres.

L’ombre de V pour Vendetta, Guy Fawkes (Anonymus) le justicier masqué…. Qui après avoir planée sur le parlement Britannique au 17ième siècle passé, est-elle en train de planer désormais sur notre parlement à nous les québécois ? — Hum ! Je n’ose pas y penser, mais voici d’effroi que j’en tremble déjà.

On dirait que vous cherchez plus à découvrir qui est la source que de vérifier ses informations.

C’est de l’anti-journalisme.

Un journaliste ne dévoile jamais ses sources.

C’est vous qui êtes le plus suspect dans cette affaire.

Monsieur Claude,
Ce n’est pas de l’anti-journalisme « , pour employer votre expression, bien au contraire !!!

Il faut d’abord connaître sa source le mieux possible, afin de vérifier la crédibilité de ses allégations; tout au moins lorsque ces dernières ne sont pas des preuves irréfutables et sans équivoques.

Contentez-vous de lire et suivre le dossier et laissez les spécialistes faire leur travail.

De la grosse boulechite, comme malheureusement les journalenquêteurs nous abreuvent à nous en écoeurer. C’est une enquête sur toute cette désinformation qu’il est urgent de faire.

Ce qui me fait tiquer dans tout ce scénario c’est qu’il puisse exister une justice parallèle digne du lynchage public des mauvais westerns.

Mauvais signe pour notre justice tout ça. On a pu constater combien ce genre de justice sommaire est catastrophique avec les procès de Duffy et Ghomeshi…

Ce qui est le plus troublant dans cette histoire est le fait que (pierre) a ete mis au courant que le journaliste (louis Lacroix) avait contacte L’UPAC et le DPCP en lien avec cette histoire.Veronique hivon en a discute a la conference sur les credit. Premierement a qui M. lacoix a parle aux bureau de l’upac et du dpcp pour que (pierre) en soit informe.L’upac et le dpcp auraient du commencer par la,leur seule reponce fut la certitude que la fuite ne vient pas de chez eux.Ils sont des professionnelles en matiere d’enquete et la c’est eux qui sont pointe du doigt…..

Nous savons tous qu’il y a deux justices au Québec,

Exact. La VRAIE, qui se fait au palais de justice avec avocats, juges et autres spécialistes du droit et celle, sommaire, des journaleux.

Bravo pour le travail des journalistes . La démocratie exige que nous soyons informé.