Imaginer l’après-crise, dans les médias

Le Devoir et La Presse ont chacun publié samedi un article sur notre nouvel ouvrage, Imaginer l’après-crise. Je vous donne un des liens:

20 Idées pour dompter le capitalisme, d’Éric Desrosiers, dans Le Devoir
L’heure des comptes, entrevue menée par Judith Lachapelle, dans La Presse.

La veille, vendredi, La Presse avait publié un bref texte de mon collègue Eric Montpetit et moi-même résumant le livre. Ils ne l’ont pas mis en ligne, mais moi je l’ai fait, après le saut qui vient:

Imaginer l’après-crise

Sortir de la récession n’est que l’étape préalable. Transformer notre modèle de création de richesse et de consommation est l’étape indispensable.

Par Jean-François Lisée et Éric Montpetit
Co-directeurs du livre Imaginer l’après-crise (Boréal/Cérium)

Destructrice, la crise lézarde le système qui l’a engendrée. Une option est de colmater les brèches et de relancer, inchangée, la machine – jusqu’à la prochaine crise. L’autre est d’ouvrir au contraire ces brèches pour réorganiser durablement le réel, en changer non seulement le fonctionnement mais les logiques d’action, pour obtenir une organisation nouvelle, mieux adaptée aux considérables défis de l’heure.

La crise du capitalisme financier, entamée en 2008, se superpose à la crise écologique, celle d’une marche à peine freinée vers un réchauffement irréversible de la planète. Si les coûts risquent d’être élevés dans les pays du Nord, c’est une effroyable misère humaine qui pourrait être provoquée dans les plus pauvres des pays du Sud. Selon l’ONU, sans changement de cap majeur, le réchauffement poussera sur les routes, en quelques décennies, un milliard de réfugiés. Ce défi masque à son tour celui de notre dangereuse surutilisation des ressources de la planète. Nous en captons aujourd’hui 30% de plus que ce qu’elle peut régénérer. Dans 20 ans, nous dépasserons de 100% la dose raisonnable. Des écosystèmes entiers sont à risque. Les espèces marines sont déjà aux portes du trépas.

Pour Imaginer l’après-crise, nous avons voulu, certes, mesurer l’ampleur de la tâche, mais aussi dégager des pistes de solution, avec l’aide de 10 collègues chercheurs et de notre invité, l’ex-premier ministre français Lionel Jospin. Pragmatique mais inquiet, ce dernier estime que le G20 a pour l’instant été trop timide. Il doit, écrit-il, faire bien davantage pour fermer les paradis fiscaux, réprimer la spéculation, réduire l’activité financière à sa fonction première. Plus encore, le G20 n’a pas traité de la question de la répartition de la richesse, déséquilibrée en faveur du capital et au détriment des salariés depuis des décennies. Cela va au cœur du sujet, abordé par plusieurs de nos collègues : la finalité de l’économie. Est-elle au service de l’homme, ou l’homme doit-il continuer d’en être le serviteur ?

Nous critiquons d’ailleurs, dans la première partie de l’ouvrage, l’hégémonie que les économistes ont exercée sur la formulation des politiques publiques depuis un quart de siècle. On a trop souvent évacué les autres facettes de l’expérience humaine : le citoyen ne vit pas que de sous, mais de réseaux sociaux et familiaux et il répond à d’autres motivations que la seule accumulation de richesse et de biens. Nous notons que les Altermondialistes ont eu raison dans leur critique du capitalisme depuis plus d’une décennie et que les solutions disparates qu’ils avancent sont intéressantes en plusieurs lieux, notamment en Amérique du Sud, mais peu applicables à grande échelle. Nous notons l’incapacité de la gauche européenne de profiter électoralement de la crise mais croyons que l’occasion est pourtant belle de réaffirmer et réinventer des solutions plus centrées sur la personne et son parcours de vie que sur les courbes du PIB.

En deuxième partie, nous posons la question qui tue. Le capitalisme lui-même, formidable créateur de richesse est une machine à augmentation perpétuelle de la production et de la consommation. Ce système est aujourd’hui le moteur emballé du Titanic collectif qui nous emmène tout droit sur une gigantesque banquise. Peut-on imaginer des réformes qui permettent, dans un premier temps, de dompter le capitalisme pour qu’il fasse plus de bien que de mal ? Peut-on se préparer à le dépasser, pour qu’il ne soit plus le mode dominant de l’organisation humaine ? Peut-on, finalement, rompre avec lui ? C’est le débat que nous lançons.

***
Les auteurs sont respectivement directeur exécutif du Cérium et directeur du CPDS de l’Université de Montréal. Ils participeront à un panel sur ces questions le 18 novembre (détails : cerium.ca).

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3 commentaires
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Je bien hâte de lire votre livre. Une seule chose me fait tiquer. Peut-être que j’abuse parce quye ce n’est qu’un énoncé et que je ne vois pas la totalité du raisonnement. C’est quand vous dites que «Ce système est aujourd’hui le moteur emballé du Titanic collectif qui nous emmène tout droit sur une gigantesque banquise.».

À ce sujet je suis d’avis que la situation est beaucoup plus grave, même si nous le pa percevons pas encore. Je pense pour ma part que le choc a déjà eu lieu avec la banquise. Et je pense que nous sombrons.

Rien que dans notre petite société, les projets du garnement Charest qui s’apprête à plonger ses doigts crochus au plus profond de nos poches pour tenter de sauver le système me remplit d’effroi.

Les manigances imaginées et qui visent à augmenter considérablement l’ensemble des tarifs, notamment ceux de l’électricité vont avoir pour résultat un appauvrissement accéléré et sensible des couches les plus vulnérables de la société. Tout ça est déguisé en pas en avant de l’aisinissement des finances publiques.

Mais rrien ne se profi là-dedans pour dompter la part obscure du capitalisme qui demeure quoiqu’on en dise, le vampire par excellence des forces vives de la société.

Ya que les faiseux et les dretteux qui s’en réjouissent.

Churchill écrivait que le capitalisme était le pire des systèmes…mis à part tous les autres et Dieu sait qu’il en a vu, des systèmes!

Les problèmes que nous connaissons aujourd’hui n’ont strictement rien à voir avec le capitalisme proprement dit car le capitalisme contemporain a déjà été transformé et altéré par les différentes interventions étatiques depuis les 100 dernières années. Ces problèmes sont en fait la résultante de ces interventions bureaucrates et on ne règlera pas de problème en ajoutant une strate supplémentaire de règlements étatiques. Plutôt le contraire. Quand on est dans un trou, on doit d’abord cesser de creuser!

Le capitalisme est basé sur un système d’échanges entre des individus libres et consentants et c’est le SEUL système qui crée de la richesse. Le seul qui puisse sortir l’homme de la pauvreté qui est sa condition initiale! En revanche, le socialisme étatique est le plus sûr moyen de détruire cette richesse car la redistribution, non seulement n’augmente pas la richesse globale, mais la diminue nécessairement. Le déplacement forcé a un coût et la redistribution est donc intrinsèquement consommatrice nette de richesses. À force de distribuer et de redistribuer, il ne restera donc, à terme, rien du tout.

Je dis aux socialistes et interventionistes de tout acabit, épris des pays scandinaves (c’est bizarre non que la Suède ait dû modifier grandement sa trajectoire depuis 15 ans pour redevenir plus capitaliste?) « Qu’as-tu entrepris pour produire des richesses susceptibles d’être distribuées? »

Bonjour M. Lisée,
Vous trouverez ci-dessous ma contribution au débat sur « l’amélioration du capitalisme ».

Avec ma formation de comptable (CMA) et de MBA, il y a longtemps que j’ai fait ma profession de foi envers l’économie de marché. J’ai tout de même été intrigué par le titre et j’ai choisi votre livre (Imaginer l’après-crise) comme lecture de voyage.

L’environnement. Pour moi, le capitalisme a abusé de deux ressources depuis ses débuts: les ressources humaines et l’environnement. Dans le premier cas, Marx a été un des premiers à soulever les abus. Depuis, des droits ont été établis pour protéger les travailleurs et régler en grande partie les problèmes d’abus. Aujourd’hui, il nous reste l’environnement. Elle n’a pas de droit. Les idées de taxes sur le carbone et les droits de douanes vont toutes dans la bonne direction. Tout comme les droits des travailleurs, l’environnement devra avoir éventuellement « des droits » (droits de polluer ou compensation financière pour avoir pollué) et un coût reconnu dans la comptabilité de l’entreprise.

La place de l’état dans l’économie. Je crois que vous négligez un élément important dans la place que le gouvernement doit prendre dans l’économie. Partout où il y a des gouvernements, il y a de la corruption. Vouloir tout contrôler mène inévitablement à de la corruption qui favorise les plus proches du pouvoir et décourage l’innovation et l’entrepreneurship. Ce n’est pas la solution. L’entreprise privée demeure le meilleur véhicule pour l’innovation et l’efficacité. Il faut mieux encadrer les multi-nationales pour éviter les abus de relocalisation et d’abris fiscal.

L’État de santé du capitalisme. Le capitalisme demeure le « moins pire » des systèmes pour mener notre société à l’épanouissement. C’est d’ailleurs ironique que tous les problèmes du capitalisme mentionnés ne sont pas des exemples canadiens. L’économie canadienne a tenu le coup pendant la crise et a incidemment démontré la force d’un capitalisme, bien équilibre avec un système bancaire bien réglementé et un bon équilibre entre l’état et le privé. Remettre en question le système capitaliste après cette crise, c’est comme jeter le bébé avec l’eau du bain.

L’impôt sur la consommation: Nous avons déjà des taxes de vente. Je suis d’accord pour augmenter sensiblement la taxe de vente tout en réduisant l’impôt sur les revenus. Cela encourage le travail et réduit la consommation. Un transfert complet vers un impôt sur la consommation pourrait être catastrophique pour l’emploi.

L’approche des parcours de vie. Cette idée est géniale en théorie mais en pratique, il y a encore tellement de préjugés. On aura besoin d’une génération pour qu’une pause soit perçue comme une décision acceptable qui n’empêche pas d’être prêt à se consacrer entièrement à son prochain défi. Aujourd’hui, plusieurs dirigents d’entreprise croient qu’il faut fonctionner à 100 à l’heure tout le temps. Si on arrête, on a décroché… et on ne peut pas revenir.

Félicitation, pour l’excellent travail et merci d’avoir contribué à ce débat nécessaire. Je demeure convaincu que le capitalisme doit être amélioré mais pas transformé.