Intimidation : et la lâcheté des témoins?

Ce matin, le Parlement fédéral a débattu de la pertinence de créer un comité spécial qui aurait pour mandat d’élaborer une stratégie fédérale contre l’intimidation. Le débat était fortement coloré par le suicide récent de la jeune britano-colombienne Amanda Todd. Mais une telle stratégie est-elle nécessaire? Je n’en sais rien, ce dossier n’étant pas ma spécialité.

Ce qui m’a frappé par contre, durant ce débat, est combien, encore une fois, personne n’ose aborder de front un aspect incontournable du problème : la complicité des jeunes qui sont témoins, se taisent ou, pire, suivent la vague.

Ce matin, le parrain de la motion, le député néo-démocrate Dany Morin, n’en a pas vraiment parlé. Il a invité les victimes à se tourner vers une personne en qui elles ont confiance. À un certain moment, il a aussi dit que le but n’était pas de blâmer qui que ce soit. Il a déploré un peu plus tard le fait que les victimes souffrent en silence.

M. Morin a lui-même été victime d’intimidation et personne ne met en doute la sincérité de sa démarche. Mais j’ai un problème avec ses trois énoncés. D’abord, il faut cesser de faire porter tout ce poids sur les épaules des victimes. Pourquoi ne pas plutôt demander à tout le monde d’intervenir, de leur venir en aide, de ne pas attendre qu’elles crient au secours?

Ne blâmer personne? Au contraire. Il faut blâmer ceux qui intimident, il faut les faire sentir coupables. Et le même sentiment de culpabilité devrait être provoqué chez les collègues de classe, les jeunes du quartier ou les soi-disant amis d’un jour qui applaudissent, ne disent rien ou ne tendent même pas la main aux victimes.

Les victimes souffrent en silence, c’est vrai. Mais pas en secret car les jeunes qui les côtoient à l’école ou dans leur quartier savent ce qui se passe. Ils ont peut-être peur d’intervenir, mais ils pourraient au moins montrer de l’empathie pour la victime pour qu’elle garde espoir.

Ce matin, dans le Globe and Mail, la journaliste Carly Weeks témoigne de sa propre expérience. Le titre de son texte est sans équivoque : «I was bullied in school while my classmates and teachers watched in silence» (J’ai été intimidée à l’école pendant que mes collègues de classe et les professeurs regardaient en silence).

Selon elle, aucune loi ne viendra à bout de ce problème. La solution est beaucoup plus près de nous.

«Quand j’étais dans la cour d’école et qu’on se moquait de moi, tous mes collègues de classe participaient, formant un cercle autour de moi, écrit-elle. Des années plus tard, l’une d’elles s’est excusée. Elle m’a dit qu’elle n’avait rien dit à l’époque parce qu’elle avait trop peur que cela lui arrive aussi.»

Elle poursuit :

«Dans chaque cas, il y a des gens qui savent que la personne est la cible d’un intimidateur. Mais comment répondons-nous? Quand nos enfants nous disent qu’un collègue de classe est pris à partie, lui disons-nous de se porter à sa défense? Enseignons-nous à nos enfants de ne pas rire des autres? Quand un collègue est victime d’intimidation au travail, détournons-nous simplement les yeux? Dirons-nous à nos enfants de se tenir debout et de faire la chose juste ou de tout regarder en silence? Comment peut-on espérer contrer l’intimidation si tant de nous sommes des spectateurs complices?»

Cette question, je me la pose depuis l’enfance et chaque fois qu’il est question d’intimidation. Savoir et ne rien faire, c’est être complice. Et Weeks a raison, il faut le répéter aux jeunes. Mais encore faudrait-il que les adultes l’admettent et le disent. Il n’y a pas de susceptibilités à ménager ici car aucune stratégie de lutte contre l’intimidation qui se respecte ne peut réussir en passant sous silence cette complicité.

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Je suis toujours surpris par « l’angélisme » de ce genre de propos concernant le mutisme de ceux qui assistent sans réagir à l’intimidation.
Psychologie 101!
Un groupe d’individus, c’est comme une seule et même personne, quand un de ses membres commet un acte répréhensible, c’est tout le groupe qui endosse cet acte.
Comme au hockey…
On se tait pour protéger un des nôtres, et pour se protéger soi-même contre cette même intimidation.
Il ne faut ni commission d’enquête, ni doctorat en sociologie pour comprendre cela!

@Michel M.

Tout à fait d’accord avec votre analyse.
Étant homosexuel, je voyais clairement des intimidateurs écoeurer d’autres homosexuels (plus visibles, plus efféminés, moins « outillés » intellectuellement ou physiquement). J’appelais ces homosexuels les « paratonerre ». Pendant que la foudre tombait sur eux, j’étais sauf. Il m’est même arrivé à soutenir ces intimidateurs pour enlever tout doute sur mon orientation sexuelle.

Pour contrer l’intimidation, il suffit de faire tomber les préjuger, c’est encore et toujours une question d’éducation.
Les préjugés des jeunes s’apprennent souvent au travers des préjugés des parents.

Mes propres parents tenaient des propos homophobes quand ils regardaient des films dont un des personnages était homosexuel. Si mes propres parents tenaient ce genre de propos, je peux m’imaginer que d’autres parents pouvaient les tenir devant leurs enfants, mes copains de classes.

La différence avec ces « copains » c’est que je savais que ce que mes parents disaient était complètement faux et je cherchais à m’outiller pour pouvoir un jour leur répondre ce qui en est de la réalité des homosexuels. J’étais chanceux, j’ai fini par leur dire la vérité, toute la vérité. Ils s’en sont voulu (et probablement s’en veulent encore aujourd’hui) de m’avoir fait vivre ce que j’ai vécu (en entendant leurs propos).

Maintenant ce sont les plus grands défenseurs des droits des homosexuels dans le quartier.