Investiture d’Obama : un discours résolument progressiste

Un peu las des talents oratoires, mais souvent vains, du président Obama, je n’attendais honnêtement pas grand chose de son second discours d’investiture. En ce sens, je ne me démarquais guère de la plupart des autres observateurs et commentateurs de la politique américaine. J’ai donc été tout à fait surpris par le ton combatif et ouvertement progressiste de son propos en ce 21 janvier 2013.

Un discours d’investiture est habituellement l’occasion de panser les plaies de la bataille politique qui s’est achevée quelques mois plus tôt, lors de l’élection tenue le premier mardi du mois de novembre. Le président en appelle à l’unité de la Nation, à la nécessité de surmonter les clivages partisans afin de relever les défis auxquels le pays est confronté. Barack Obama n’a pas dérogé à cette obligation non écrite. Il n’a ainsi pas manqué de rappeler « la force durable de la Constitution » et le caractère exceptionnel des idéaux enchâssés dans la Constitution et dans la Déclaration d’Indépendance et qui définissent l’identité américaine.

Il y a quatre ans, alors que le Mall était envahi par une foule fervente venue célébrer un moment historique, Obama s’était employé à donner un discours sobre, exposant les difficultés que traversaient les Etats-Unis et rappelant les défis énormes à surmonter. Alors que les Américains ont de nouveau confiance en la situation économique, que l’ennemi numéro – Oussama Ben Laden – a été liquidé, qu’une décennie de guerres tire à sa fin (les troupes ont quitté l’Irak depuis 2011, une grande partie de celles qui restent en Afghanistan devrait rentrer avant 2014), le second discours d’investiture fut ouvertement progressiste et énergique.

Au-delà de la répétition de « nous, le peuple » (référence explicite à la Constitution) et de la mention explicite des trois grands programmes de sécurité sociale américains (Medicare, Medicaid, et Social Security) trois phrases successives illustrent parfaitement ce ton résolument social-démocrate :

« Ensemble, nous avons déterminé qu’une économie moderne nécessite un réseau ferroviaire et autoroutier pour accélérer le transport des personnes et des biens ; des écoles et des collèges pour former nos travailleurs.

Ensemble, nous avons réalisé qu’un marché libre ne prospère que lorsque des règles assurent la compétition et le franc jeu.

Ensemble, nous avons décidé qu’une nation forte doit prendre soin des personnes vulnérables, et protéger les siens des pires difficultés et malheurs de l’existence. »

Si Barack Obama s’est montré idéaliste dans son propos, il n’en demeure pas moins un homme politique pragmatique, conscient des difficultés qui parsèment un second mandat. L’une d’entre elles est de faire avancer le programme du président face à un Congrès et à une classe politique qui deviendra rapidement préoccupée par les prochaines échéances électorales de 2014 et de 2016. La loi n’est toutefois pas le seul outil dont dispose le président pour concrétiser ses idées et ambitions. Il peut signer des décrets présidentiels, il peut agir par voie réglementaire par le biais des agences fédérales. Il peut influencer la politique et la société américaines sur le long terme avec les nominations de juges, en particulier à la Cour suprême.

Un autre outil à la disposition du président est l’opinion publique. À l’instar de Harry Truman par exemple, il semble déjà acquis que Barack Obama sortira davantage de Washington D.C. au cours des prochaines années pour mobiliser directement la population. L’objectif est ainsi de faire indirectement pression sur les membres du Congrès. Au-delà de ses discours, Obama disposera de surcroît au cours des quatre prochaines années d’un instrument de mobilisation de l’opinion qu’il sera intéressant de suivre. L’équipe de campagne d’Obama 2012 a en effet créé un groupe de pression « Organizing for Action » dont l’objectif est double : promouvoir, par le biais de la mobilisation populaire, le programme du président d’une part ; et surmonter l’opposition des Républicains autant que des Démocrates d’autre part.

La capacité à mobiliser l’électorat a été à la base des succès électoraux de 2008 et 2012. Dans son second discours d’investiture, le président Obama en a clairement appelé à ses électeurs pour que ceux-ci l’aident à réaliser ses objectifs et à faire en sorte que sa présidence ne se résume pas à deux conquêtes de la Maison-Blanche.

 

Julien Tourreille
Directeur adjoint de l’Observatoire sur les États-Unis
Twitter @JTourreille

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1 commentaire
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Au cours des dernières décennies, les canadiens ne se sont pas tournés souvent vers les États-Unis pour admirer le discours d’ouverture d’un dirigeant vers le progrès social et l’équité. Avec le contexte canadien actuelle que nous devons vivre sous le gouvernement Harper notamment d’hostilité à l’égard des travailleurs saisonniers, des immigrants et de la réduction du contrôle des armes à feu… ce fût un baume réel d’entendre un chef d’état faire la promotion de ces valeurs d’équité et de justice sociale tout en combattant les préjugés.