Islamophobie, Québécois, Elghawaby, Trudeau, Legault… prière de porter attention aux nuances

Les débats sur la place de la religion dans la société laissent souvent tout l’espace aux émotions, et aucun aux faits. Notre spécialiste en sondages ramène ces derniers à l’avant-scène, et des surprises surgissent. 

Oksana Tkachova / Getty Images / montage : L’actualité

Pas facile de différencier les teintes de gris dans un débat en noir et blanc. La controverse entourant la nomination d’Amira Elghawaby au poste de conseillère chargée de la lutte contre l’islamophobie aura fait au moins une victime collatérale : la nuance, l’analyse posée, particulièrement dans l’interprétation de données.

Ma chronique sur les perceptions des religions, publiée en décembre dernier, a refait le tour des réseaux sociaux cette semaine et a été utilisée à répétition afin de « prouver » que chacun avait raison dans ses propos bien tranchés et bien tranchants.

Or, le sondage en question (effectué par la maison EKOS en novembre et dont l’échantillon national est de plus de 2 000 répondants, ce qui est important) montrait justement à quel point ces questions délicates de tolérance envers la diversité religieuse au pays requièrent une interprétation froide.

À la question : « Quel est votre point de vue personnel sur les membres des groupes suivants ? », les proportions de points de vue positifs et neutres au Québec envers les chrétiens et les athées étaient tout à fait comparables à celles des autres régions du Canada. La perception des juifs n’était que marginalement inférieure au Québec par rapport au reste du Canada (en considérant la taille des sous-échantillons du sondage). Toutefois, la différence entre les perceptions des musulmans au Québec et au Canada, quoique pas vraiment spectaculaire, était plus notable.

Ainsi, ceux pour qui il est vrai que les Québécois sont islamophobes pouvaient pointer les 29 % de répondants qui déclarent avoir un point de vue négatif sur les musulmans (le double de ce qui a été enregistré en Ontario et en Colombie-Britannique). Ceux qui sont de l’avis contraire insistaient plutôt sur le fait qu’une majorité claire de participants (64 %) avaient répondu « positif » ou « neutre » à cette question.

Or, je n’ai pas lu ou entendu beaucoup d’observateurs affirmer que ces constats ne sont pas mutuellement exclusifs, et qu’ils sont grossièrement exagérés.

La relation entre les Québécois et la religion est complexe, et loin de moi le désir de me prétendre sociologue expert de cette question épineuse. Néanmoins, si les chiffres de sondage en sondage sur la religion révèlent une différence québécoise au pays, ils ne montrent pas pour autant deux sociétés complètement opposées et en porte-à-faux.

Par exemple : le sondage EKOS constatait que 13 % des Québécois croient au créationnisme. Dans le reste du Canada, cette proportion va de 15 % en Colombie-Britannique (dans la marge d’erreur du Québec), 18 % en Ontario, jusqu’à 24 % et 26 % dans les Prairies et les provinces atlantiques.

Au Québec, seulement 27 % des répondants disent que la religion est importante dans leur vie, alors que c’est plutôt 38 % sur la côte Ouest, 43 % en Ontario, puis jusqu’à 50 % en Alberta.

Or, nous vous présentons aujourd’hui de nouvelles données puisées dans ce sondage EKOS sur la perception des religions au Canada.

La croyance en un Dieu tout-puissant et créateur fait partie des facteurs qui peuvent influencer les perceptions des religions, quelles qu’elles soient. L’enquête a constaté que 24 % des Québécois affirment croire en Dieu ou en des dieux, alors que la moyenne canadienne est de 34 %. Des proportions statistiquement identiques de Québécois (33 %) et de Canadiens (entre 29 % et 34 % hors du Québec) disent croire en « une sorte de pouvoir supérieur ou de force spirituelle », ce qui constitue une forme de religiosité en soi.

Et, au Québec comme ailleurs au Canada, une minorité de répondants affirment ne croire ni en Dieu ni en une force supérieure, quoique dans une proportion plus élevée au Québec (près du tiers), deux fois plus importante que dans les provinces atlantiques, par exemple (voir graphique ci-dessous).

Les différences les plus remarquables en matière de religion se mesurent non pas entre les Québécois et les Canadiens, mais entre les Canadiens (y compris les Québécois) et les Américains : un sondage Gallup publié à l’été 2022 révélait que 81 % des Américains croyaient en Dieu, une proportion qui grimpe à 92 % parmi les électeurs républicains et qui se situe quand même à 72 % chez les démocrates.

Ainsi, même les Américains d’obédience démocrate croient nettement plus en un Dieu créateur que les citoyens des régions les plus religieuses du Canada : quelque 27 points de pourcentage de différence entre les Canadiens des provinces atlantiques et les électeurs de Joe Biden. L’écart entre le Québec et l’Alberta, par exemple, n’atteint pas 20 points.

Les attitudes envers les religions peuvent s’exprimer de plusieurs façons. C’est pourquoi il est parfois important de creuser davantage pour mieux comprendre ces différences et similitudes de perception. Par exemple, certains avancent que les personnes très religieuses sont intolérantes envers ceux qui ne partagent pas leurs croyances. Qu’en pensent les Québécois et les Canadiens ? Voici les résultats ci-dessous.

Parmi l’échantillon total du sondage, c’est 56 % des Canadiens qui affirment être d’accord avec cette impression. Sur cette question, les différences régionales sont marginales : 59 % dans les Prairies, 58 % au Québec, 55 % en Ontario et 52 % en Alberta.

Autre constat du sondage : la moitié des Canadiens sont d’accord avec l’idée que les religions apportent plus de conflits que de paix. Encore une fois, nous n’observons pas le phénomène des « deux solitudes » sur cette question.

En effet, 16 % des répondants québécois sont en désaccord avec cette affirmation, alors que la moyenne canadienne est de 19 %.

Finalement, voici une autre question du sondage qui avait le potentiel de créer des remous : comment réagiriez-vous si un membre de votre famille se mariait avec une personne d’une religion différente de la vôtre ?

Une majorité de répondants partout au pays accepteraient une telle situation. En fait, la proportion de réponses négatives (« certainement pas ») varie très peu d’une région à l’autre : de 10 % dans les provinces de l’Atlantique à 17 % en Alberta (et 16 % au Québec). Les Québécois semblent légèrement plus indifférents sur cette question que les autres Canadiens.

Dépeindre les Québécois comme des islamophobes n’est pas seulement un outrage à la nation (comme l’ont affirmé certains), mais également une insulte à la vérité. Il s’agit d’une généralisation aussi grossière que le rejet du revers de la main du problème de l’intolérance religieuse. À la lumière de ces données, il ne fait pas de doute qu’une majorité claire de Québécois travaillent à former une terre d’accueil ouverte et inclusive, mais cela n’exclut en rien le fait que le Québec puisse faire mieux — en commençant par admettre la présence d’une minorité intolérante qui parle fort. C’est une minorité qui, selon ces chiffres, serait quelque peu plus nombreuse qu’ailleurs au pays, mais elle demeure une minorité quand même.

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La plupart des questions sont biaisés, hors contexte ou mal posée. Et dire que la question lors du référendum 1995 a été jugée trop compliquée pour être honnête . . .

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Si je jugeais rapidement, je dirais que votre commentaire semble biaisé, hors contexte et mal posé. Comme je ne le ferai pas vu que je manque d’information, je vous demanderais de préciser votre commentaire et de donner des exemples.

L’intransigeance des religions joue beaucoup dans l’opinion que les gens ont d’une religion en particulier. Quoique la loi 21 touche toutes les religions qui comprennent le port de symboles ostentatoires et de vêtements religieux, ce sont surtout les musulmans qui sont montés aux barricades non seulement ici au Québec mais ailleurs au Canada.

Si, d’une part, les Québécois sont majoritairement en faveur de la laïcité de l’État et que la loi 21 est considérée comme une sorte de compromis et, d’autre part, une confession religieuse, ici l’islam, prend le flambeau de l’opposition à cette conception de la laïcité de l’État, on se retrouve en terrain fertile pour que ceux qui croient à la laïcité aient une opinion négative de l’islam. Dans les autres provinces il n’y a pas ce débat, donc, rien pour galvaniser les pour et les contre, seulement une soif irrésistible de faire du Quebec bashing!

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Au Québec, il y a aussi le fait que nous sommes beaucoup plus au courant de ce qui se passe en France, côté laïcité et islamisme. Alors forcément nous sommes plus réalistes que les provinces anglophones.

La loi sur la laicité n’avait pas sa raison d’être. L’Etat Québécois était déjà laïque depuis la Révolution tranquille. Aucune ingérence religieuse depuis dans l’exercice du pouvoir comme c’était le cas sous l’ère Duplessis. C’est depuis le 11 septembre 2001, l’attaque islamique du World Trade Center que la paranoia anti islam s’est manifestée. Elle a été récupérée par les théoriciens du grand remplacement de la civilisation judéo chrétienne ». Ce sont des faits. En Amérique du Nord le terrorisme islamique a été surpassée par le terrorisme d’extrême droite ces dernières années. Ces derniers mènent une croisade anti progressiste donc contre les représentants des sociales démocraties (dit « Woke » ). Et le Québec n’est pas à l’abri de cette mouvance en train de mettre à mal les démocraties occidentales. L’élection des Bolsonaro, Erdogan, Orban, Meloni, la montée de LePen en France, Trump aux USA, Poilievre au Canada.. Et pour ce qui est du Québec, les nationalistes réactionnaires identitaires ont vu dans cette mouvance leur tant fantasmée « condition gagnante ». Et depuis les excités de l’identité, à la Mathieu Bock Côté, notre Zemmour québécois, importe au Québec les problèmes que vit la France avec ses anciennes colonies. Notre réalité américaine est tout autre malgré son déni. Ce qui devrait nous inquiéter d’abord et avant tout, c’est notre puissant voisin américain sur le bord de succomber à l’autoritarisme. L’impact de ce changement de régime ne sera d’aucune mesure avec celui, qui nous donne autant de l’urticaire, soit de tolérer le voile chez un très faible pourcentage de québécoise musulmanes. L’opinion des citoyens québécois est beaucoup plus nuancée que celle de l’élite nationaliste identitaire.

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¨La loi sur la laicité n’avait pas sa raison d’être. L’Etat Québécois était déjà laïque depuis la Révolution tranquille.¨(sic.) Déjà, c’est mal parti.
L’État, ce n’est pas que ¨l’Assemblée Nationale¨, c’est aussi toutes les institutions gouvernementales, la santé, l’économie, la justice , et surtout l’éducation. Laïc, ça veut dire laïc, sans exception. Que diriez-vous si Raël enseignait dans nos écoles ? Lui aussi il a des petits amis imaginaires! Il aurait donc droit lui aussi de se montrer avec tous ses ornements d’exalté dans les classes d’enfants. D’ailleurs, c’est déjà commencé avec nos ¨drag-queens¨ racontant des histoires à nos enfants alors que leur place était dans les cabarets et salles de spectacle où des gens sensés équilibrés allaient les voir; pas devant des enfants.
Je vous sens très, très à gauche dans vos écrits. Je suis plutôt au centre, un tantinet à droite, et je trouve dans les pensées de M.B. Côté (que vous semblez détester royalement), de Zemmour et LePen un certain gros bon sens populaire (et non populiste). Par contre, je suis totalement anti Trump. C’est bête hein mais c’est ça. Je prends ce qui me semble bon d’un côté et de l’autre, à droite comme à gauche. Car il y a du bon et du mauvais dans tout. La gauche ne fait pas exception.
Vous dites également: ¨ En Amérique du Nord le terrorisme islamique a été surpassée par le terrorisme d’extrême droite ces dernières années.¨
Là, vous êtes dans le fossé. Si on exclus la tuerie de la Mosqué de Québec par un déséquilibré mental, il n’y a pas eu meurtres en série comme en France par des extrémistes radicaux religieux qui aimeraient que la Charia soit la seule justice là où ils habitent. Tuer des gens parce qu’ils ne pensent pas comme soi, c’est ce que vous voulez comme démocratie ?
Et je termine avec votre avant dernière phrase : ¨soit de tolérer le voile chez un très faible pourcentage de québécoise musulmanes. ¨ Un orage, ça commence avec une première goutte de pluie, puis une deuxième, puis cent, puis un million… je continue ? Et ça peut se terminer par une inondation destructrice. Le peuple a parlé, le gouvernement a agi, écoutez les.
Pour moi, la religion quelle qu’elle soit n’a que trois places pour s’exprimer: dans votre tête (ou cœur si vous préférez), dans votre maison et dans votre église. Nulle part ailleurs.

Précision sur le terrorisme islamique: Il tue « surtout des musulmans » dans des pays « en zone de conflits ».
En se focalisant sur « le monde occidental », une tendance spécifique est mise en évidence: en 2019 par exemple, au total 89 des 108 morts en Occident sont attribuables à « l’extrême droite » et 76% des personnes tuées aux USA ont été victimes de « l’extrême droite ». Aujourd’hui, en Occident, la plus grande menace terroriste ne vient pas des mouvements islamistes radicaux mais bien des formes les plus extrêmes d’une ultra-droite suprémaciste qui prétend sauver la race blanche. Au Canada on recense 200 organisations de ce genre dont plus de « 50 » au Québec. Même phénomène en Allemagne, Grande Bretagne et ailleurs en Europe. Cette terreur ne provient pas de l’étranger mais bel et bien « de l’intérieur » de nos frontières. (Agnès Gruda, La Presse 10 août 2019). Répétons-le, « la principale source » de terreur guettant l’Occident aujourd’hui c’est la forme la plus virulente de « l’extrême droite ». Le carburant idéologique des tueurs de masse potentiels ce sont « les idées » répandues par l’ultra droite suprémaciste. Et oui, je persiste et signe dans ma tentative de sensibiliser sur le danger que représentent « les idées des agitateurs français Eric Zemmour ou Emmanuel Todd » importées ici au Québec par « Mathieu Bock Côté ». J’en vois certains qui vont fulminer devant l’information d’aujourd’hui, à l’effet que le Canada va accueillir 10,000 réfugiés dont des Ouighours (musulmans), qui sont le victimes d’un génocide culturel en Chine et qui touche plus de 1 million d’entre eux lesquels sont internés dans des camps, torturés ou encore exécutés. Moi, j’en ai plus qu’ assez des raccourcis intellectuels à la Bock Côté qui affirme que l’extrême droite n’existe pas et que c’est une vision fantomatique de l’esprit.

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Vous avez raison mais il ne faut pas non plus oublier que le carburant qui a donné une bonne poussée au fascisme et à l’extrême droite c’est en partie le terrorisme islamique, ce qui est profondément injuste pour la grande majorité des musulmans qui sont les victimes de ces excès et qui ne veulent que prier Allah en paix. C’est un peu le principe d’action – réaction et ça ne prend pas grand chose si on se souvient qu’à l’aube de la deuxième guerre mondiale, la montée du nazisme a surfé sur la haine des Juifs, l’antisémitisme, alors que ces derniers n’avaient d’aucune façon employé le terrorisme mais, malgré tout, on en a fait des boucs-émissaires dont s’est servie la cause nazie.

Ici, c’est aussi vrai que nous avons cette mouvance fascisante à la Bock-Côté qui, espérons-le demeure marginale, mais le fond du problème c’est la relation tendue entre Québécois et les religions en général. Nous qui avons subi les soutanes à l’école et au collège avons probablement conservé un vieux fond allergique aux religions et au prosélytisme d’où ce que l’on pourrait considérer comme des exagérations comme la loi 21 qui est un bien pauvre compromis mais un compromis quand même. On peut faire mieux mais il faudrait avoir de l’aide des gens pour qui la religion est importante au lieu d’insultes à la Elghawaby et le PM Trudeau aurait dû le savoir sinon il l’a fait manifestement pour des fins électoralistes.

Plusieurs religions ont été inventées par des hommes,en Asie et en Occident.
Il y a 8 milliards d’humains,direction 10 milliards en 2055?
Les religions monothéistes influencé par la religion juive, la religion chrétienne et musulmane ont favorisé une forte fécondité en s’opposant aux femmes et aux moyens de planification des naissances.
En 2023 et dans les prochaines décennies,les croyances religieuses erronées et toxiques vont fortement augmenter la population en Afrique et en Indes. Avec l’augmentation du climat moyen de +3 a +5 degrés selon les régions,tel que prévue par les généraux américains et Exxon, cette augmentation de population fera face à des sols asséchés et moins fertiles,des famines et des guerres.
La terre ne peut pas produire pour 10 milliards d’humains.
Une 6 ième extinction est en développement. Voir les vidéos de Hubert Reeves sur YouTube pour comprendre.

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