Jack Layton star d’un soir ?

Depuis la Révolution tranquille, la trajectoire fédérale du Qué­bec a été ponctuée de coups de cœur. Tous ont fini par être suivis de spectaculaires ruptures. Depuis 1960, aucune mouvance politique n’a échappé à ce parcours en montagnes russes. Il a eu raison aussi bien de chantres successifs du fédéralisme que d’un ténor souverainiste comme Gilles Duceppe.

Chronique de Chantal Hébert : Jack Layton star d’un soir ?
Photo : C. Young / PC

À tour de rôle, les libéraux, les progressistes-conservateurs et, maintenant, le Bloc québécois ont appris à leurs dépens qu’en faisant du Québec leur pierre angulaire ils avaient construit sur du sable.

Comme le NPD de Jack Layton aujour­d’hui, chacune de ces formations a débarqué sur la colline du Parlement avec un contingent québécois novice. En 1984, Brian Mulroney ne connaissait pas bon nombre de la soixantaine de députés québécois qu’il avait fait élire. En 1993, certains des élus bloquistes de Lucien Bouchard n’avaient pas compris qu’ils allaient devoir vivre à Ottawa plusieurs mois par année !

Pour le meilleur et parfois pour le pire, le dépoussiérage de la classe politique fédérale depuis 40 ans est beaucoup passé par de grands coups de balai québécois.

Mais l’histoire montre également qu’avant de passer à d’autres amours le Québec est d’abord capable d’une remarquable fidélité.

Pierre Trudeau a régné sans partage sur le Québec pendant une quinzaine d’années. Brian Mulroney a eu droit à une décennie. Contre bien des attentes, le Bloc québécois a survécu tant à la défaite référendaire de 1995 qu’au départ de son chef fondateur, Lucien Bouchard, et à l’exil dans l’opposition du Parti québécois.

Il a fallu sept élections avant que le Bloc finisse par se heurter à un mur.

Tout cela pour dire que les vaincus qué­bécois du 2 mai qui se consolent de leur défaite en imaginant qu’ils vont prendre leur revanche dans quatre ans s’illusionnent peut-être. En envisageant le ris­que de déroute du PLC quelques jours avant le scrutin, un stratège libéral angoissé pour l’avenir de son parti faisait remarquer que quand le NPD débarquait quelque part, il avait tendance à s’incruster.

Jusqu’à ce qu’Alexa McDonough prenne les rênes du NPD fédéral, au milieu des années 1990, le parti était absent de la carte des provinces de l’Atlantique. Sous l’impulsion de cette chef néo-écossaise, le NPD a fait une première apparition en Nouvelle-Écosse et au Nouveau-Brunswick au scrutin de 1997.

À l’époque, on avait attribué ce phénomène à un vote de protestation suscité par la réforme de l’assurance-emploi libérale et par les racines d’Alexa McDonough dans la région. Lors de son remplacement par Jack Layton, en 2002, beaucoup pensaient que c’en était fait de la fragile présence néo-démocrate à l’est du Québec. Ils se trompaient.

Aujourd’hui, le gouvernement de la Nouvelle-Écosse est néo-démocrate. Aux élections fédérales de 2008, le parti a gagné un premier siège à Terre-Neuve-et-Labrador. Le 2 mai dernier, la région de l’Atlantique a été la scène d’une chaude lutte à trois entre conservateurs, néo-démocrates et libéraux.

Dans la foulée de la victoire de Thomas Mulcair dans Outremont, en 2007, le NPD a également connu une croissance exponentielle en sol québécois. Au scrutin de 2008, la formation de Jack Layton avait scié les jambes du PLC dans une dizaine de circonscriptions fédéralistes. En 2011, c’est le Bloc qui est passé à la moulinette néo-démocrate.

Avec des députés à Victoria, Vancouver, Edmonton, Winnipeg, Toronto, Montréal, Québec, Halifax et St. John’s, le NPD est désormais implanté dans davantage de grandes villes canadiennes que les libéraux.

Installé dans l’opposition officielle pour quatre ans, le parti aura le temps de faire son nid au Québec. Aux côtés d’un Bloc québécois moribond et d’un PLC en proie à une crise existentielle, face à un gouvernement dénué d’atomes crochus avec le Québec, le NPD aura l’occasion d’occuper tout le terrain de l’opposition

La guerre prévisible entre le NPD et les conservateurs n’aura pas nécessairement lieu sur le terrain sensible des relations Canada-Québec. Pour réconcilier sa vision d’un gouvernement central fort avec ses ambitions québécoises, le NPD de Jack Layton s’est converti au concept du sur-mesure pour le Québec. À l’instar de Stephen Harper, le chef néo-démocrate adhère au principe de relations fédérales-provinciales asymétriques, tout au moins dans le cas du Québec. On en reparlera.

En attendant, si le passé est garant de l’avenir, Jack Layton a de sérieuses chances d’être davantage que la star d’un soir du scrutin de 2011 au Québec.

 

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