Jacques Parizeau : le feu sous la glace

«On ne comprendra rien à Jacques Parizeau si, par méprise, on le considère comme un animal à sang froid.» Jean-François Lisée se souvient de l’ancien premier ministre.

Photo : Nancy Ackerman/La Presse Canadienne
Photo : Nancy Ackerman/La Presse Canadienne

«Et à ce moment-là, vous ressentiez quoi ?»

Derrière sa moustache grisonnante, Jacques Parizeau regarde le journaliste et lui fait son petit numéro.

«Mais je ne ressens rien du tout, moi. J’ai avancé une pièce sur l’échiquier, j’attends la suite, c’est tout. Je n’ai pas d’états d’âme.»

Cartésien, oui, bien sûr, il l’était. Observant l’échiquier politique, absolument. Préparant, de suite, deux ou trois coups d’avance, certes. C’était sa grande force. Mais froid ? En dehors seulement.

Car en dedans, ou avec ses quelques proches, Jacques Parizeau était le contraire d’un être froid. Il était profondément passionné. Par la grande idée qui a traversé et porté sa vie, l’indépendance du Québec, lui faisant passer d’espoirs en chagrins, aller-retour, plusieurs fois.

Passionné par l’idée qu’il se faisait de la capacité de l’État, et des hommes de pouvoir comme lui, de changer le réel. De le bousculer. De le transformer. De vivre assez longtemps pour en observer les effets. Lui qui était né dans un Montréal où l’économie était unilingue anglaise, menée par la rue «Saint James», fut parmi les seuls à remarquer, pendant les années 1980, que les journaux parlaient maintenant de la «rue Saint-Jacques». Une victoire non symbolique. L’aboutissement d’un quart de siècle de mesures structurantes pour faire entrer, d’abord les sociétés d’État, dont il est l’un des pères, puis la «garde montante» de l’entrepreneuriat francophone, dont il est l’accoucheur, en position prédominante dans la métropole québécoise.

Passionné par la politique. La grande. La politique publique. Les finances, oui. L’économie, bien sûr. Mais il était l’allié indéfectible de Camille Laurin dans les débats entourant la Charte de la langue française, face à un René Lévesque plus résigné que militant.

Président du Conseil du Trésor, il avait son doigt dans toutes les réformes — combien nombreuses et audacieuses — de ses collègues. Il les rendait moins coûteuses, mais souvent plus progressistes.

Premier ministre, son ressort réformiste pouvait enfin se déployer complètement. «J’ai envie de le faire, qu’en pensez-vous ?» dit-il à son scribe, au moment de finaliser son premier discours d’ouverture à l’Assemblée. Il avait envie de prendre 1 % des profits de Loto-Québec pour les remettre aux organisations communautaires, dont lui et son épouse et conseillère, Lisette Lapointe, allaient reconnaître les besoins, le statut et l’autonomie, en créant de l’autre main les Carrefours jeunesse emploi.

Un premier ministre féministe

Passionné — le saviez-vous ? —  par l’égalité des sexes. Jacques Parizeau fut notre premier ministre le plus féministe. L’équité salariale, dont chacun se dispute aujourd’hui la paternité et la maternité ? C’est lui qui l’a mise dans le programme électoral du Parti québécois, en 1994, et qui en a lancé le chantier. La perception automatique des pensions alimentaires ? À sa prise du pouvoir, le refus de payer les pensions par les pères délinquants était la première cause de pauvreté des femmes. Il y a remédié.

Oui, il insistait pour que ses conseillères portent jupe plutôt que pantalon (et que les conseillers aient toujours veste et cravate en sa présence). Mais il voulait voir autant de porteuses de jupe que de porteurs de pantalon. Au Conseil des ministres, je ne l’ai vu qu’une fois commenter une liste de nomination de juges présentée par son ministre de la Justice, Paul Bégin. Il n’était pas intéressé par les filiations politiques. Les nominations ne portaient pas de «Post-it». Son seul commentaire fut : «Il n’y a pas assez de femmes».

Mettant sur pied les commissions régionales sur l’avenir du Québec, pour préparer le référendum, Monsieur (on appelait entre nous Jacques Parizeau «Monsieur») nous renvoyait nos propositions avec un commentaire, toujours le même : «Il n’y a pas assez de femmes.»

Il n’y en avait pas assez dans son conseil des ministres pour atteindre la parité. Mais il avait fait exprès d’atteindre cette parité dans le Saint des Saints : le Comité de priorités, avec Pauline Marois, Louise Harel, Louise Beaudoin, face aux Bernard Landry, Guy Chevrette, Jean Campeau.

Il était premier ministre au moment de la marche féministe et sociale «Du pain et des roses», en 1995. Il la prenait très au sérieux. Il avait imposé à chaque ministère des «enveloppes fermées», c’est-à-dire sans augmentation budgétaire. Mais il leur demandait de répondre, en remaniant leurs propres budgets, aux demandes de la marche. Un comité interministériel en était spécifiquement chargé. Trois fois, ses propositions furent soumise au conseil. Trois fois, il retourna la copie en exigeant de «faire mieux».

Pour un homme de sa génération, ce parti pris en faveur des femmes et de leurs combats détonne. Il suppose des adaptations considérables, comme lorsqu’il s’avise lors d’un discours de corriger une expression trop «genrée» en milieu de phrase en disant : «Les hommes d’affaires, euh, et les femmes hommes d’affaires.» C’est l’intention qui compte.

Il faut avoir lu la remarquable biographie que lui consacre Pierre Duchesne pour découvrir le poids considérable de sa mère, Germaine, dans la construction du personnage, puis l’empreinte de sa première épouse, Alice. Deux forces de la nature.

Et il aurait tellement voulu qu’une femme lui succède ! Ce n’est pas pour rien qu’il avait nommé Pauline Marois ministre des Finances, après l’annonce de sa démission dans son dernier remaniement ministériel, même si l’arrivée de Lucien Bouchard était inéluctable. Au moment de réviser un communiqué de presse évoquant son départ de la direction du Parti, il corrige même son scribe : «Il faut dire “le ou la”».

«Pardon ?»

«Vous écrivez “le prochain chef”. Il faut dire “le ou la”.»

Il n’y avait pas de candidate. Mais le communiqué allait faire comme si.

Des émotions en abondance

Non, on ne comprendra rien à Jacques Parizeau si, par méprise, on le considère comme un animal à sang froid. Ce fut la grande révélation du journaliste devenu conseiller que de rencontrer tant de passion, d’émotions, sous le couvercle.

Il y avait la boulimie de travail. Des rendez-vous aux quarts d’heures. Politesse, oui, bavardages, non. On va droit au but. Problème, solution. «Un trou, une cheville» était sa devise. Il arrivait qu’on prenne de l’avance sur l’ordre du jour et que le tout soit expédié avant 17 h. Que faire ? Se relaxer ? Pas question. Qu’on appelle le sous-ministre de l’Éducation pour savoir où il en est de la commande de Monsieur de réintroduire de toute urgence des programmes de formation de métiers. Le sous-ministre n’a pas la bonne réponse. Le changement est trop lent. Monsieur lui fait une infusion de volonté politique teintée de la mauvaise humeur du réformiste frustré par la machine. Le haut fonctionnaire s’en souviendra.

Au Conseil des ministres, il est le seul à avoir tout parcouru, jusqu’aux tableaux statistiques des annexes des mémoires de ministres. «Ce chiffre est impossible», dit-il à un ministre qui devait ignorer jusque-là l’existence même de l’annexe de son mémoire. C’est que Monsieur apportait à table toute une vie d’économiste, de conseiller de premiers ministres, de super-ministre lui-même. Il commençait chaque discussion de politique publique avec 20 ans d’avance sur les autres.

Il y avait les enthousiasmes. Juste avant ou après une réussite. Une mise en échec de l’adversaire libéral (surtout l’imbuvable Daniel Johnson, alors chef du PLQ, qui agissait comme si l’élection du PQ était une erreur de calcul, une insulte à l’intelligence, un cauchemar dont il allait se réveiller d’un instant à l’autre). Monsieur prenait alors son air gamin, de celui qui venait de jouer un bon tour.

Il y avait de la méfiance. Acquise lors des années noires. Jacques Parizeau était président de la direction nationale du PQ lorsque survint la crise d’Octobre, l’emprisonnement de 500 personnes, dont plusieurs figures péquistes — des instances dirigeantes complètes du PQ en région sont arrêtées — et les 3 000 perquisitions qui visent systématiquement les membres des exécutifs du PQ. Il y était lorsque la GRC, aiguillonnée par les directives de Pierre Trudeau contre «l’ennemi intérieur séparatiste», a volé la liste de membres du Parti. Il était hors de lui lors du «coup de la Brinks» — deux jours avant l’élection d’avril 1970, les journaux montrent en une la photo de neuf fourgons blindés qui font mine de déplacer vers l’Ontario les avoirs financiers de Montréalais paniqués par l’élection possible du PQ.

Méfiance acquise aussi lors des débats internes au PQ, devant ceux qui voulaient diluer l’option, ajouter des étapes, abandonner le combat.

Il y avait de la générosité. «Pour la souveraineté, répétait-il, la maison est prête à tous les sacrifices !» Sous sa gouverne s’est construite en 1994 et 1995 la plus grande coalition de l’histoire politique du Québec. Il fallait pour y arriver que Monsieur accepte de faire entrer sous sa grande tente ceux qui, jusqu’à la veille, l’avaient rejeté, snobé, critiqué. Bienvenue aux anciens ministres conservateurs, Marcel Masse, Monique Vézina. Bienvenue aux adéquistes et anciens libéraux. Bienvenue même à Pierre-Marc Johnson, un moment invité à présider la Commission nationale sur l’avenir du Québec.

Bienvenue surtout à Lucien Bouchard. On trouvera difficilement dans l’histoire politique de geste d’abnégation aussi grand que Jacques Parizeau offrant à Lucien Bouchard sa place sous les projecteurs pour faire progresser la souveraineté dans la seconde phase de la campagne référendaire. Monsieur restait premier ministre, bien sûr. Il aurait le dernier mot, certes. Mais il était prêt à payer le prix de l’effacement, pendant la bataille de sa vie, pour s’approcher de la victoire. Il n’y en a pas d’autres, comme lui. S’il y en a, il n’y en a pas beaucoup.

L’égo fragile du géant

Si seulement Jacques Parizeau avait été un animal à sang froid, ce passage du flambeau référendaire aurait été moins dur, sur l’égo. Mais voilà, l’auteur de ces lignes fut renversé de rencontrer, dès la prise du pouvoir, un géant à l’égo fragile. Je vais vous révéler un grand secret.

Il me faudrait du temps pour comprendre les sources de cette fragilité. Jacques Parizeau était conscient de sa propre valeur, évidemment. De l’extérieur, on le prenait pour un roc, lui qui avait fait de la lecture des discours du budget un événement télévisuel. Mais, si omnipotent fût-il, il n’était qu’au second rang. Depuis son entrée au Parti québécois, il avait perdu ses batailles sur la stratégie indépendantiste, René Lévesque lui préférant les conseils de Claude Morin, qu’il jugeait plus pragmatique. Monsieur avait dû ronger son frein. Même si, un jour, lors d’une instance nationale, il se présenta au micro «Non», suscitant la crainte d’un séisme, puis se ravisant et prétextant une erreur de micro.

Devenu chef du PQ, en 1988, il prenait la première place, mais dès 1990, la popularité de Lucien Bouchard lui fait de l’ombre dans le mouvement indépendantiste. Il se sent jugé par un homme dont, oui, il se méfie.

Un jour qu’il donne une conférence de presse au parlement, aucun journaliste ne se présente. «Mais, balbutie-t-il, j’existe !»

Peu après l’élection de 1994, nous travaillons à un discours important qui doit donner un signal de grand rassemblement des souverainistes d’hier et de demain. «Que le dernier entré laisse la porte ouverte, s’il vous plaît !» dira-t-il, sous les applaudissements des militants.

On y réhabilite René Lévesque, dont on parlait peu alors au PQ pour cause de «Beau risque». On y dit du bien de Bouchard et des partisans de Pierre-Marc Johnson, comme de Pierre Bourgault. Il ne faut oublier personne.

«Mais, moi ?» me dit-il.

«Quoi, vous ?»

«Je suis où, moi ?»

La faille était ouverte, devant moi. Le besoin de reconnaissance. Inassouvi. Même devenu chef. Même devenu premier ministre, il était en manque.

«Vous êtes celui qui parlez, qui donnez la légitimité aux autres, votre simple présence suffit.»

C’est comme si je le lui apprenais.

Alors, oui, la nomination de Lucien Bouchard comme négociateur en chef fut pour l’égo fêlé de Jacques Parizeau un gigantesque sacrifice. Plus encore qu’on ne pouvait le croire. Et une fois ce pas franchi, avec élégance, presque avec grâce, Monsieur allait gérer sa frustration sans la faire voir au monde extérieur. Mais je me souviens d’une réunion-fleuve, à la résidence de Québec, qui fut une longue séance de mauvaise humeur. La cocotte-minute dont il levait, un moment, la valve de dépressurisation.

Il y avait plus encore. Le choix de l’indépendance avait, pour Monsieur, un prix. S’il n’avait pas conclu, dans ce train qui le menait à Banff en 1963, que l’indépendance était la bonne voie, pour lui et pour le Québec, une tout autre trajectoire se serait ouverte devant lui. Un Jacques Parizeau demeuré fédéraliste pouvait prétendre au poste de gouverneur de la Banque du Canada, à celui de ministre des Finances du Canada, aux conseils d’administration les plus courus, aux emplois corporatifs les mieux rémunérés. Facile. Les mains dans le dos.

Mais il a choisi à la place le chemin de croix qu’est devenue la quête indépendantiste. Il en sentait chaque blessure.

Vieux routier de la politique, on aurait cru sa carapace blindée à l’égard de la critique médiatique. Pas du tout. Il en voulait à tel éditorialiste de La Presse de l’avoir faussement traité de «menteur» pour avoir promis des baisses de taxes en cas d’indépendance, ce qu’il n’avait pas fait. Il en voulait à tel chroniqueur du Devoir, qui l’avait trop écorché. Il en voulait à L’actualité pour avoir publié un portrait de Lisette Lapointe. «Personne ne s’est fait aussi insulter que moi», dira-t-il à propos de la presse, torontoise et québécoise, ce soir de référendum où il lui manquait moins de 1 %.

Oui, j’y viens. J’y suis. À la tragédie du discours référendaire. Tragédie pour lui, et pour nous. Devant le micro du camp du Oui, le 30 octobre 1995, ce n’est pas le banquier qui parle, ni le cartésien, ni le stratège, ni le gamin, ni le méfiant. C’est l’égo fêlé de Jacques Parizeau. Il lui fallait un Oui pour valider tous les sacrifices, toutes les insultes, les jugements portés, l’effacement. Il lui fallait un Oui, personnellement, autant que politiquement. «Des votes ethniques» ne sont que des victimes collatérales dans l’immense déception personnelle du géant appelé Parizeau.

Il m’a fait pleurer, ce soir-là, Jacques Parizeau. Je me suis vengé. Treize ans plus tard.

Nicolas Sarkozy venait de dire, à Québec, le mal qu’il pensait de l’idée d’indépendance. J’écrivis une opinion pour le quotidien Le Monde, où je disais ceci :

«Le leader historique du mouvement indépendantiste, l’ancien premier ministre Jacques Parizeau, notait très justement qu’en exprimant ouvertement sa préférence, le président Sarkozy, l’élu le plus puissant du monde francophone, était allé plus loin dans le rejet de l’indépendance du Québec que ne l’avait fait le président américain Bill Clinton, l’élu le plus puissant du monde anglophone.»

Son épouse me confia peu après qu’en lisant ces lignes, Monsieur versa des larmes. «Le leader historique du mouvement indépendantiste». Il fallait que ce soit écrit. Dans le plus grand journal français.

Mais c’était vrai. Tout simplement.

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20 commentaires
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Magistral propos de Monsieur Lisée. Il a du passer la soirée et la nuit a le peaufiner. Merci pour ces rappels élogieux et respectueux . Du grand Lisée

Ça ne change rien au fait que j’étais à ses yeux un homard destiné à sa cage à homard, ce qui relève d’un mépris de la démocratie assez crasse.

ON dira ce qu’on voudra de la soirée du référendum , la réalité est que ce soir là, 61% de notre peuple a bel et bien voté OUI.
Ce OUI a été renversé par le NON de 91% des Autochtones, le 92% des immigrants et le 97% des Anglos.
Le reste, c’est du blabla

Vous avez peut-être raison en partie mais pour se faire il a fallu qu’il:

1- Promette de garder le passeport CANADIEN.
2- Promette de conserver le dollar CANADIEN.
3- Promette de garder les frontières CANADIENNES.
4- Promettre de garder tous les fonctionnaires CANADIENS.
5- Promettre de garder toutes les institutions CANADIENNES.
6- Et alleluia CANADIEN!

Bref, de rester au Canada…

De plus, son mot historique au sujet des votes ethniques a été d’une maladresse incroyable et ce sera probablement l’une des seules choses dont on se rappellera de lui dans l’histoire.

Imaginez si McCain et Romney aux USA avaient sorti une telle idiotie…

Comme c’est votre habitude vous déformez la réalité lorsqu’elle vous dérange. Au référendum de 1995 si vous n’aviez pas compris vous qu’un OUI voulait dire que le Québec quitterait politiquement complètement la fédération, une majorité de québécois et tout le ROC l’avaient eux bien compris.

Le recyclage que vous faites ici des litanies des fédéralistes « à la Chrétien et Trudeau » ne touchent plus beaucoup de monde au Québec.

« Vous avez peut-être raison en partie mais pour se faire il a fallu qu’il:
4- Promettre de garder tous les fonctionnaires CANADIENS. »

Quand on te lit cracher sur la fonction publique comme tu en as l’habitude,
pour tout et pour rien, cette quatrième remarque est
d’une malhonnêteté intellectuelle risible.
Toi qui souhaite la disparition de tes « fonfons » avoue que tu perds les pédales

Pour ce qui est du résumé de sa carrière, lis les journaux, écoute la télé.

Tu dois sûrement en baver doublement de rage de savoir que le gouvernement
libéral que tu supportes lui fasse des funérailles d’état.

Bref, tous les citoyens du Québec reconnaisse en lui un grand homme d’état,
SAUF François 1.
Ton commentaire est d’une partisanerie PITOYABLE.

« Content » de vous lire sur ce billet François 1.
Sans surprise je vous retrouve comme je vous ai cherché, la ou je vous ai cherché, fidèle à vous même et à ce que je m’attendais de vous.
Un instant, j’ai esquissé un espoir que vous feriez une pause, à un moment ou la très grande majorité de ceux que vous appuyiez en font une en admirant un instant à sa juste valeur, le plus grand homme non seulement que le Québec a eu, mais que le Canada a eu depuis sa création et certainement l’un des plus grands que la terre a connue.
Comme votre vie doit-être difficile, à passer chaque milisecondes dans la hargne, à détester, à haïr, tout et tous qui ne rentre pas dans votre moule au milimètre près. D’autant plus difficile à ne jamais avoir le répis et le bonheur de vivre les moments suivants les bonnes paroles et l’intelligence de reconnaître à quiconque peu importe nos divergences, des qualités, ses bonnes actions et quoi d’autres?
Je comprend plus que jamais que vous haïssez par dessus tout l’honnêteté, la droiture, l’absence de faire passer ses intérêts d’abord, le franc-parler, le respect des autres y compris des adversaires, la raison, qui faisait Jacques Parizeau ce grand Monsieur!

Parizeau et le OUI n’ont jamais, au grand jamais,promis qu’on garderait le passeport canadien!

L’un de mes plus grands rêves c’est justement de brûler ce maudit passeport
Un Québec libre m’aurait enfin permis de le faire

Il y a quelques mois, je vous avais conseillé François 1 de consulter un psychologue pour votre pathologie anti-souveraineté. Je vois qu’il y a encore du travail à faire…

Témoignage émouvant, parfois lyrique de monsieur Lisée sur un homme à la fois grand et fragile à la fois. Bref, un portrait nuancé qui dépeint un véritable humain….

Je dois dire que j’ai toujours eu pour l’homme une sorte d’admiration et un peu de crainte en même temps. Quelquefois éruptif et imprévisible. Non seulement je le trouvais intelligent. Aussi parce que j’ai appris grâce à lui, beaucoup sur l’économie du Québec, son style de gouvernance, son administration. C’est le genre de personnalité qui ne peut laisser personne indifférent.

Ce n’était pas seulement un politicien, c’était un excellent pédagogue, une qualité qu’il devait partager probablement avec René Lévesque ou Camille Laurin.

À la différence que si les deux premiers ne sont pas de « mon époque », j’ai émigré ici en 1993, j’ai en revanche grandi et vieilli avec Jacques Parizeau et j’appréciais beaucoup ses mots et ses réflexions justes qui ponctuaient régulièrement l’actualité radio-télévisée, ses textes toujours bien rédigés dans plusieurs journaux ou encore l’un de ses derniers ouvrages : « La Souveraineté du Québec (Hier, aujourd’hui et demain) »

À telle enseigne que « Monsieur » rendait le concept même de souverainement non seulement réaliste, mais réalisable. Montrant en quelques sortes que ce n’était pas un « beau risque », mais bel et bien un « beau projet à réaliser »… Pourtant pour un français comme moi, le mot de souveraineté était à l’origine, un terme étranger. Les français sont libres et indépendants où que ce soit. Voilà tout ! Ils se fichent pas mal de la souveraineté….

C’est pourquoi, il me plait de parler ici de monsieur Parizeau avec affection et non avec la fougue et parfois la passion souvent désespérée de celles et ceux qui passent ou se font passer pour des partisans. Ce « beau projet » sera certainement bientôt enterré, — et je pense qu’il faut s’en réjouir par certains aspect -, en raison même de l’impéritie de ceux qui se sont donnés pour mission de le récupérer.

Il est temps de tourner la page. Il n’est quoiqu’il en soit… pas de plus beau pays que la beauté lorsqu’elle nous habite. Je pense que la pensée de Jacques Parizeau sera pour longtemps inspirante pour tous, car elle n’a de véritable place qu’au zénith en dehors de toutes apparences forcées de clivages politiques.

Si je vous suis bien vous avez remarqué et apprécié, pour l’avoir vu à l’action, l’homme de valeur qu’a été M.Parizeau pour le Québec, mais vous croyez que le projet auquel il a cru et pour lequel il s’est battu depuis les années 1960 sera enterré bientôt, parce qu’il n’y aurait pas de relève au Québec capable de porter et de réaliser ce projet ( l’indépendance du Québec ).

Peut-être ne le savez vous pas mais c’est exactement ce genre de commentaire ( l’impéritie des québécois de s’occuper de leurs affaires ) qui a propulsé René Lévesque pour nationaliser l’hydro-électricité au Québec un PDG d’une des entreprises privés affectées lui ayant dit quelque chose comme » vous n’êtes pas capables de gérer ça vous les québécois » et nous avons vu la suite avec Hydro-Québec et avec toute la panoplie d’institutions mises en place et qui font du Québec une province bien distincte du ROC et un endroit où il fait bon vivre ( vous ne seriez pas venu ici je présume en 1993 et vous ne seriez peut-être plus ici si ça n’avait pas été le cas et ne l’était encore ).

M.Parizeau lui y a cru jusqu’à son dernier souffle au projet d’indépendance du Québec, il en a fait la promotion jusqu’à la dernière minute, il croyait qu’il y a une relève pour continuer à porter ce projet. C’est ce que je pense aussi, parce que j’ai confiance en mes compatriotes et en la nécessité de l’indépendance pour assurer le futur des québécois.

Cher Claude Lafontaine,

Je connais vos positions et vos options politiques depuis désormais quelques lustres et comme vous êtes un homme affable, soyez assuré que je les respecte. Vous connaissez d’ailleurs mon opinion depuis quelques temps et lorsque j’ai écrit : « Ce « beau projet » sera certainement bientôt enterré », je me doutais bien que cette petite portion de texte pourrait ne pas plaire à tout le monde et… Comme il était question de « Monsieur » et non pas du projet souverainiste qu’on appelle désormais : « indépendantiste » ; on se demande bien pourquoi… J’ai hésité un instant si je devais choisir ou bien pas de conserver cette portion de phrase avant de l’envoyer.

Après donc ce court temps de réflexion. Je me suis dit qu’en retirant cette petite portion, je ferais de ma personne un « pauvre hypocrite » et que d’une certaine façon, je ne rendrais pas hommage comme il faut à Jacques Parizeau.

Si les souverainistes sont encore en 2015 incapables de supporter la moindre opposition constructive, comme la mienne. Eh bien ils seront toujours incapables d’accepter et d’intégrer des gens comme moi en 2020, en 2025 et ainsi de suite. C’est pitoyable.

Si un « beau projet réalisable » devait un jour voir le jour ou sortir de terre, si vous préférez, ce beau projet ne sera certainement pas péquiste selon moi. Je rejoins pleinement l’opinion de monsieur Parizeau en vertu de laquelle le PQ a perdu son âme. La chose m’apparait pleinement d’actualité aujourd’hui.

Finalement, j’aimerais vous dire que si je vis encore aujourd’hui au Québec, ce n’est pas vraiment par goût. Je relève que les conditions de vies de beaucoup de québécoises et de québécois sont particulièrement dures, plus d’une fois précaires et je suis du lot. Cette belle terre noire d’Amérique n’est plus hélas ce qu’elle était et comme terre d’opportunités… On repassera !

Au plaisir, cher monsieur Lafontaine d’échanger avec vous. Même si nous ne sommes pas toujours vous et moi du même avis sur tout. Vous êtes toujours au nombre des plus aimables et je vous en remercie.

P.S. : Notez bien que si j’utilise dans plusieurs de mes phrases le mode conditionnel, c’est parce que je n’affirme rien formellement, seul le passage du temps permettra de vérifier si j’avais tort ou alors raison.

Très beau texte de Lisée,il nous fait connaître des aspects cahés de ce grand homme qu’était Monsieur Jacques Parizeau.Dommage!que l’on fasse toujours l’éloge après la mort mais on se souviendra de ce grand homme qui passe à l’histoire du Québec.

Un billet à la hauteur du grand homme qu’aura été Jacques Parizeau. Celui qui a affranchi le porteur d’eau québécois en lui permettant avec les outils économiques qu’il lui a donné de prendre son envol.
Dommage que les Québécois ne l’aient pas suivi jusqu’au bout et qu’ils n’aient pas votés massivement pour le OUI au référendum en tournant le dos à leur passé de colonisés pour faire du Québec un pays fort économiquement et culturellement, bref une des sociétés où il fait le mieux vivre au monde comme ils ont la capacité de le faire.

Quand à sa phrase malheureuse le soir du référendum , elle énonçait une vérité, celle de fédéralistes malhonnêtes et retors qui ont volé le référendum en piétinant la loi voté par l’Assemblée Nationale et en y mettant des fonds illégaux comme la commission Gomery l’a fort bien démontré.
Pour ce qui est du vote ethnique , c’est plus la déception de voir que malgré les efforts des indépendantistes pour inclure nos compatriotes venant d’ailleurs dans le projet d’une société meilleure pour tous ceux qui habitent le territoire du Québec , ils ont préféré encore une fois les campagnes de peur des fédéralistes qui n’ayant rien de positif à leur proposer aiment bien jouer sur leurs sentiments d’insécurité .

Jacques Parizeau fut selon moi le plus grand politicien ayant servi le Québec. Il mérite entièrement tous le respect et les éloges qui lui sont faites .

Oui je suis fédéraliste et je dis merci Monsieur Parizeau. De tous les grands commis d’état des années 60 il a été celui qui nous a apporté le plus de leviers économiques. Permettant une avancée du fait français au Québec par une plus grande main mise sur cette économie. Caisse de dépôt, REA, points d’impôts arrachés au ministre canadien des finances. Et probablement D’autres avantages dont nous tirons encore des bénéfices nous tous résidents de la province du Québec toutes idées politiques confondus.

Merci MONSIEUR,

À Daniel. — Vous dites que les fédéralistes ont permis au Québec francophone de « contrôler » son économie en créant le Caisse de Dépôt et Placements et autres institutions semblables. Je vous fais remarquer que le gouvernement Libéral du Québec a récemment confié la présidence de la Caisse à un dénommé Michael Sabia qui, lors du référendum, avait annoncé qu’il déménagerait ailleurs au Canada le siège social situé à Montreal de sa compagnie d’assurance, la Prudential, je crois, si le Québec se separait du Canada. Est-ce celà un bon québécois francophone?

M Lionel Lemay. Au contraire je reconnais en M Parizeau tout le talent dont il a fait preuve pour être probablement le plus grand moteur de l’évolution du Québec en finances. Ceci dit je ne suis pas pour l’indépendance du Québec.

Monsieur Parizeau a su par sa clairvoyance donné espoir aux québecois qu’ ils n’ étaient pas venus au monde pour un petit pain! Mais sa façon de financer ses projets sociaux par la capacité de crédit de la province me laisse encore perplexe! Je dois avouer qu’ il a ouvert le chemin a plusieurs entrepreneurs québecois par l’ entremise du régime épargne action!
Son référendum était bien préparé car il a foutu la trouille au reste du Canada ; mais malheureusement les québecois ont voté et vous connaissez la suite! Ça ne sert a rien de trouver la ou les raisons de la défaite car tous ceux qui ont voté étaient des québecois avec entièrement droit de vote!

Quoi qu’ il en soit malgré ma divergence d’ opinion avec les indépendentistes , je sais reconnaître l’ effort et la grandeur de l’ homme que fût MONSIEUR Jacques Parizeau! Merci pour votre effort et reposer en paix!