Jean Charest : increvable ?

Jean Charest est le lapin Duracell de la politique canadienne. On l’a vu le soir du scrutin du 4 septembre. Même après qu’il eut perdu deux gros morceaux — son siège et son poste de premier ministre —, ses piles ne semblaient toujours pas à plat.

Chronique de Chantal Hébert - Jean Charest : increvable ?
Photo : Jacques Boissinot / PC

Aussi remarquable soit-elle, cette endurance n’a rien de surprenant. Elle est à la clé du personnage.

Il y a 30 ans, l’ex-député de Sherbrooke est entré en politique comme d’autres entraient autrefois en religion. Il n’a jamais eu de seconde vocation. À sa place, un autre aurait sans doute lancé le décompte de son départ du poste de premier ministre au lendemain de sa réélection, en 2008. Fort de trois mandats et d’une majorité retrouvée, Jean Charest aurait pu, à mi-parcours, déclarer mission accomplie, passer la main à un succes­seur et tourner la page sur la politique.

En politique, les statistiques qui entourent les fins de règne sont meurtrières et les dénouements heureux sont l’exception. Au fil des ans, Jean Charest avait fait suffisamment d’appels de condoléances à des collègues dont le gouvernement avait succombé à la faucheuse électorale pour le savoir.

Mais le connaissant, je sais que le premier ministre sortant du Québec n’a jamais sérieusement préparé son départ de la politique. Quand il était encore chef de l’opposition officielle à Québec, il se voyait déjà rester en selle comme premier minis­tre au moins une douzaine d’années. Il n’a jamais eu la tentation de faire autre chose. Pour lui, le combat électoral est devenu une véritable drogue, qu’il a con­sommée en quantité phénoménale.

Au total, Jean Charest a été candidat dans neuf campagnes – quatre au fédéral et cinq à Québec (et six comme chef de parti). En prime, il a participé à une course au leadership fédéral et à deux référendums. En moyenne, cela donne une campagne tous les 28 mois depuis 28 ans. Même Jean Chrétien n’a pas fait de campagnes électorales à une telle cadence, et personne, à part Lucien Bouchard, n’aura eu une aussi forte présence dans les deux capitales.

Après son passage à Québec, en 1998, on a beaucoup reproché à Jean Charest de préférer l’arène fédérale à l’Assemblée nationale. Ce qui était sans doute fondé.

Mais au Québec, il y a finalement deux sortes d’hommes et de femmes d’État. Ceux qui voudraient rapatrier les pouvoirs d’un pays à Québec pour les exercer, comme c’est le cas de Pauline Marois, et ceux qui vont à Ottawa pour le faire pour l’ensemble du Canada.

De la nostalgie de Jean Charest pour la macroéconomie politique fédérale, le Québec a finalement tiré un bon parti. Ses sorties internationales ont été les tâches qui l’ont le plus rapproché du rôle fédéral qu’il a longtemps ambitionné. Résultat : à son départ du pouvoir, le Québec rayonne davantage dans l’univers géopolitique de la planète qu’à son arrivée.

Cela dit, y a-t-il vraiment encore une vie dans l’arène publique pour Jean Charest dans la foulée de la défaite électorale du 4 septembre ? Même si aucun des principaux partis fédéralistes ne lèverait le nez sur un politicien capable de gagner 50 sièges au Québec au terme de trois mandats, ce n’est pas évident.

Et s’il avait envie de rouler sa bosse politique sous des cieux différents de ceux du Québec, l’horizon – tout au moins à court terme – est plus ou moins bouché.

On imagine mal Jean Charest exécutant les commandes du premier ministre Stephen Harper dans un poste diplomatique comme ceux qu’occupent les ex-premiers ministres Gary Doer (Manitoba) et Gordon Campbell (Colombie-Britannique) à Washington et à Londres.

On l’imagine encore plus mal dans la mouvance d’un Parti libéral fédéral qui cherche son salut dans le code génétique de Pierre Trudeau.

À la lumière de leurs relations tendues à l’époque où Thomas Mulcair était ministre à Québec, on peut croire que le chef néo-démocrate ne voit pas nécessairement son ancien patron dans sa soupe.

Enfin, même si Jean Charest en a fini avec le pouvoir à Québec, il reste encore un chapitre à venir. Davantage que les électeurs qui ont épargné son parti presque au-delà de tout espoir raisonnable le 4 septembre, c’est peut-être la juge France Charbonneau qui déterminera si la vie publique en a fini une fois pour toutes avec Jean Charest.

 

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