Jim Flaherty (1949-2014)

Jim Flaherty ne faisait pas qu’incarner la stabilité de la politique économique du gouvernement et jouir de la confiance des milieux d’affaires. Il était un de ceux pour qui les désaccords politiques ne se traduisaient pas en conflits personnels, dit la blogueuse Manon Cornellier.

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Photo : Sean Kilpatrick/La Presse Canadienne

Le décès subit de l’ancien ministre des Finances, Jim Flaherty, a jeté la colline parlementaire dans un état de choc. Larmes, hommages, étreintes : la rivalité entre partis s’est dissipée d’un coup sous la peine d’à peu près tout le monde.

PolitiqueDans ce genre de moment, on voit le meilleur des parlementaires. Ou, tout simplement, leur humanité. On oublie souvent, dans l’atmosphère combative de la Chambre des communes, que les députés sont des collègues qui se côtoient tous les jours. Ils ne s’entendent pas tous et il y a des animosités, mais la majorité ont de bons rapports.

M. Flaherty était justement un de ceux pour qui les désaccords politiques ne se traduisaient pas en conflits personnels. Avant de vanter ses mérites comme ministre des Finances, les députés de tous les partis ont par-dessus tout souligné ses qualités personnelles — en particulier son sens de l’humour, son attachement au service public, son dévouement et son engagement en faveur des personnes handicapées.

La plupart des députés étaient secoués, car ce genre de drame fait réfléchir. Les politiciens mènent une vie frénétique qui exige bien des sacrifices de leurs proches et met à mal leur santé. Le stress est intense ; les horaires, irréguliers. Bien manger et se tenir en forme est souvent un défi.

Jim Flaherty en savait quelque chose, lui qui combattait une grave maladie de peau, souffrante et chronique, qui l’obligeait à prendre des médicaments puissants. En quittant son poste le 18 mars dernier, il espérait avoir allégé son fardeau et s’adonner pendant quelques mois à sa passion pour la voile, a témoigné sa bonne amie et ministre du Travail, Kellie Leitch, après l’hommage officiel rendu en Chambre, vendredi matin.

Il n’aura eu que trois semaines de grâce, après près de 20 ans en politique active et 10 à la législature ontarienne, où il fut ministre sous les premiers ministres conservateurs Mike Harris et Ernie Eves. Il a tenté de succéder à chacun, sans succès, ce qui l’a incité à joindre l’équipe de Stephen Harper dont il fut, jusqu’à sa démission, le seul ministre des Finances.

Il incarnait donc la stabilité de la politique économique du gouvernement et jouissait de la confiance des milieux financiers et d’affaires. Il a réduit les taxes et les impôts avec zèle, sans toujours s’assurer, il faut le dire, d’un effet structurant sur notre économie. La réduction de la TPS en est un bon exemple.

Réduire les dépenses était sa priorité au point où, à la veille de la dernière récession, il a présenté un énoncé économique qui serrait la vis au lieu d’assurer la relance. C’est la peur d’une défaite en Chambre, évitée grâce à une prorogation controversée, qui a forcé M. Flaherty à ouvrir ses goussets en 2009.

On a alors eu droit au plan de relance économique qui a été mis en œuvre, à une exception près, de façon exemplaire, selon la vérificatrice générale Sheila Fraser. C’est aussi ce plan qui a permis au Canada de sortir de la récession en meilleure posture que la plupart des pays riches. Cette performance a consolidé la réputation de M. Flaherty au Canada et à l’étranger.

Il avait ses critiques. Le déficit, pratiquement inévitable en temps de récession, s’est révélé plus lourd qu’il ne l’aurait été, n’eût été de certains allègement fiscaux. Comme les 12 milliards perdus en TPS chaque année. Ou encore, les 4 à 6 milliards en réductions d’impôt accordées aux entreprises alors que le gouvernement affichait toujours des déficits.

Lui qui tenait à la rigueur budgétaire et à la gestion prudente aura finalement présenté neuf budgets, mais seulement deux excédentaires. Il aura toutefois préparé le chemin pour l’équilibre budgétaire dès l’an prochain, année électorale, et il y sera parvenu en respectant sa promesse de ne pas amputer les transferts aux provinces et aux particuliers.

La fonction publique fédérale et nombre de programmes sont toutefois passés dans le collimateur. Dès l’automne 2006, il sabrait dans les programmes et subventions qui déplaisaient aux conservateurs, comme l’aide financière à des groupes de femmes ou le programme de contestation judiciaire destiné aux minorités. Seul le volet pour les minorités linguistiques a été rétabli.

La recherche au sein du gouvernement fédéral a écopé. Plusieurs programmes et politiques ont été réformées en profondeur pour générer des économies. L’aide publique au développement a été gelée. La diplomatie canadienne a été mise au régime minceur. À peu près tous les ministères ont dû couper leurs dépenses en plus de voir leur budget de fonctionnement gelé.

Au bout du compte, M. Flaherty a été fidèle à ses convictions conservatrices : un fardeau fiscal réduit, un État de plus petite taille et davantage de responsabilités cédées au secteur privé ou non gouvernemental.

Jim Flaherty avait 64 ans. Il laisse dans le deuil sa femme, Christine Elliott, et ses trois fils, John, Galen et Quinn. Des funérailles d’État auront lieu mercredi, à Toronto.

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À propos de Manon Cornellier

Manon Cornellier est chroniqueuse politique au Devoir, où elle travaille depuis 1996. Journaliste parlementaire à Ottawa depuis 1985, elle a d’abord été pigiste pour, entre autres, La Presse, TVA, TFO et Québec Science, avant de joindre La Presse Canadienne en 1990. On peut la suivre sur Twitter : @mcornellier.

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Un tout petit oubli dans votre horaison funèbre: Jim Flaherty, né à Lachine et resté unilingue comme la majorité des Anglos de son époque, a produit le plus haut déficit budgétaire de l’histoire du Canada: 56 mlliards de dollars!
Comme héros, on a déjà vu mieux.