Jour 29 : les chefs multiplient les attaques contre le Bloc québécois

Immigration, multiculturalisme, culture québécoise… Malgré les annonces qui ont marqué cette 29e journée de campagne, c’est le Bloc québécois qui était aujourd’hui sur toutes les lèvres ou presque. Explications.

Justin Trudeau, lors d'une allocution au marché alimentaire WinCo à Markham, en Ontario (photo : La Presse canadienne)

À 12 jours du scrutin du 21 octobre, le Bloc québécois est la cible d’attaques plus insistantes de la part des libéraux et des conservateurs.

Justin Trudeau a notamment décrit la formation québécoise comme impuissante face aux changements climatiques tandis qu’Andrew Scheer l’a dit obsédée par la souveraineté. Quant au chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh, il a choisi de ne rien dire du Bloc québécois dans son discours devant le congrès du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), à Montréal.

De quoi amuser le chef du Bloc Yves-François Blanchet. « Il y a, dans cette stratégie hautement prévisible des autres partis, une admission et une crainte que le Québec donne pas mal de sièges au Bloc québécois », a-t-il analysé lors d’un point de presse à Gatineau, mercredi.

Trudeau mise sur l’unité nationale

Pour attirer les votes des électeurs québécois, alors que les chances du Bloc québécois semblent s’améliorer à en croire les récents sondages, le chef libéral leur sert à nouveau cet argument: « Le Bloc ne peut pas mener un plan pancanadien contre les changements climatiques et les conservateurs ne veulent pas mener de l’action contre les changements climatiques. »

« On a besoin de Québécois forts dans un gouvernement qui va lutter contre Doug Ford, contre Jason Kenney, contre les pétrolières », a-t-il dit mercredi matin alors qu’il faisait campagne dans la région de Toronto.

À 12 jours du scrutin, le chef libéral dit qu’il ne tient rien pour acquis. Mais lorsqu’on lui soulève des scénarios de gouvernement libéral minoritaire et d’un Yves-François Blanchet et ses bloquistes qui détiendraient la balance du pouvoir, il n’y voit pas de raison de s’inquiéter pour l’unité du pays.

« Les Canadiens ne me parlent pas d’unité nationale. Les Canadiens ne sont pas inquiets au sujet de l’unité nationale et ne devraient pas l’être, non plus », a-t-il répondu en anglais au journaliste qui soulevait ledit scénario.

Mercredi matin, Justin Trudeau a fixé une date pour l’une de ses promesses électorales. « La première chose qu’on fera en tant que gouvernement, c’est de baisser encore une fois les impôts des Canadiens et en plus d’accorder une baisse d’impôts à ceux qui en ont le plus besoin, un gouvernement libéral réélu réduira vos factures de cellulaires de 25 pour cent d’ici deux ans », a-t-il déclaré.

Scheer veut plus de contrôle sur l’immigration

Le chef conservateur a choisi le chemin Roxham comme décor pour promettre à Québec « de recevoir avec intérêt » ses demandes d’un plus grand contrôle sur la sélection des nouveaux arrivants sur son territoire.

« J’appuie (…) la volonté du premier ministre (François) Legault d’exercer plus d’autonomie dans la sélection et les conditions d’accueil de ceux et celles qui veulent immigrer au Québec », a déclaré Andrew Scheer, mercredi matin, à quelques pas de la frontière américaine.

« Je vais donc recevoir avec intérêt les demandes de modifications de l’accord Canada-Québec sur l’immigration », a-t-il promis, sans parler explicitement du test de connaissance des valeurs que veut imposer le gouvernement Legault, ni du désir du gouvernement caquiste de contrôler le nombre de réfugiés et le nombre d’immigrants qui viennent rejoindre leurs familles.

M. Scheer s’est engagé, s’il est élu, à embaucher 250 officiers de plus pour patrouiller à la frontière. Et sans en préciser le nombre, il a dit qu’il déploierait à la frontière, « vers les points chauds des migrants illégaux », des juges de la Commission de l’immigration et du statut de réfugié.

Le chef conservateur a également promis de renégocier avec les États-Unis l’entente des tiers pays sûrs et, si la négociation n’aboutit pas comme il le désire, d’imposer le principe de cette entente sur toute la frontière canado-américaine.

Blanchet veut se soustraire au multiculturalisme

Le chef bloquiste s’est engagé à recycler un autre ancien projet de loi pour soustraire le Québec à l’application de la Loi sur le multiculturalisme canadien afin de laisser l’Assemblée nationale choisir son propre modèle d’intégration des nouveaux arrivants.

La dernière tentative du Bloc en ce sens remonte à 2018. Seuls les députés bloquistes et trois néo-démocrates _ Pierre Nantel, Christine Moore et Robert Aubin _ avaient voté en faveur. Le projet de loi avait finalement été mort et enterré.
M. Blanchet, qui disait la veille en avoir assez de parler de laïcité, a l’intention de ramener le sujet du multiculturalisme à l’avant-plan lors du dernier débat en français jeudi soir.

Jagmeet Singh ne soutiendra pas les conservateurs

Présent au congrès à Montréal du plus grand syndicat du Canada, le SCFP, le chef néo-démocrate Jagmeet Singh a complètement évité le Bloc québécois dans son allocution.

Le chef du Nouveau Parti démocratique a pourtant longuement attaqué Justin Trudeau, puis aussi les conservateurs d’Andrew Scheer et même les verts d’Elizabeth May. Mais pas un seul mot sur le Bloc québécois dans sa longue allocution, mercredi, devant les quelque 2300 congressistes du Syndicat canadien de la fonction publique réunis à Montréal.

Par ailleurs, M. Singh a assuré qu’il ne soutiendrait d’aucune façon un éventuel gouvernement conservateur minoritaire. « Si les électeurs canadiens élisent un gouvernement minoritaire, je veux mettre une chose au clair avec vous: contrairement à madame (Elizabeth) May (chef du Parti vert), qui est prête à soutenir les conservateurs, je vous assure que je ne soutiendrai pas un gouvernement conservateur, d’aucune façon », s’est-il exclamé, avant d’être interrompu par les applaudissements.

Les verts promettent de protéger la culture québécoise

Si les Québécois votent vert, et si son parti obtient la balance du pouvoir, elle s’en servira pour obtenir des résultats pour leur culture, a promis Elizabeth May.

Le Parti vert a ainsi affirmé qu’il ne s’aplatira pas devant les pressions des géants du web. Il compte imposer leurs revenus et les forcer à récolter la TPS – « sans attendre ». Les verts parlent aussi d’augmenter la représentation du Québec et des francophones hors Québec dans les conseils d’administration des institutions culturelles fédérales, comme le Conseil des arts et l’Office national du film.

Le parti donnerait entre autres un droit d’intervention au Québec sur toutes les ententes qui touchent la culture québécoise.

Mme May a également souligné que son parti augmenterait le financement de Radio-Canada à hauteur de la somme par habitant remise à la BBC, le diffuseur d’État au Royaume-Uni. Car les francophones hors Québec méritent des services de nouvelles de qualité, a-t-elle notamment fait valoir, sur l’esplanade de la Place des arts à Montréal.