Jour 9 : Le blackface de Trudeau donne une nouvelle tournure à la campagne

Le premier coup de tonnerre de cette campagne a retenti mercredi soir au moment où une photo montrant Justin Trudeau le visage maquillé en noir était publiée par le magazine Time. La controverse qui sévit depuis a éclipsé quelque peu la course électorale.

Photo originale : La Presse canadienne

Le magazine Time a dévoilé mercredi soir une photo issue d’un album de fin d’année montrant Justin Trudeau avec le visage couvert d’un maquillage « brun » lors d’une soirée costumée en 2001.

D’autres images embarrassantes pour le premier ministre sortant ont surgi jeudi matin. Le réseau de télévision Global a diffusé une courte vidéo qui semble dater de l’adolescence du chef libéral. Sur la vidéo qui n’offre que des images, pas de son, on voit le jeune Trudeau qui lève les bras et ouvre la bouche.

Les images dites de blackface (visage noir) ont été à l’origine de plusieurs controverses ces dernières années, principalement aux États-Unis, où un certain nombre de politiciens bien en vue ont été forcés de présenter des excuses pour des photos semblables retrouvées dans des albums de finissants.

Photo : La Presse canadienne

Dans un premier point de presse organisé d’urgence en Nouvelle-Écosse, mercredi soir, M. Trudeau avait parlé d’une erreur à l’époque, et a dit qu’il aurait dû agir autrement. « J’aurais dû savoir, même à cet âge-là, que je n’aurais pas du faire ça, mais je l’ai fait et je m’en excuse profondément», avait-il dit. Au moment de la photo, il avait 29 ans.

Après avoir fait profil bas toute la journée, Justin Trudeau s’est adressé aux médias à Winnipeg, jeudi après-midi. Le chef libéral a déclaré qu’il n’est « jamais acceptable » de noircir sa peau, même si les images embarrassantes qui ont fait surface dans les médias datent d’il y a plusieurs années.

À plusieurs reprises, il s’est dit « profondément gêné » de son comportement et s’est dit « aveugle » à la douleur qu’il a pu causer aux personnes racisées, qui font face à de la discrimination en fonction de la couleur de leur peau.

Deux poids deux mesures pour Andrew Scheer

Le chef conservateur Andrew Scheer disait il y a quelques jours que certains de ses candidats qui ont tenu des propos racistes, homophobes ou anti-francophones dans le passé pouvaient rester à bord s’ils s’excusaient, mais ce même principe ne s’applique pas à Justin Trudeau et son « brownface ».

De passage à Saint-Hyacinthe, jeudi, M. Scheer a déclaré qu’il ne pouvait pas accepter les excuses de M. Trudeau de mercredi soir parce qu’elles étaient basées sur le « mensonge ».

Selon lui, M. Trudeau a menti à la population en disant qu’il n’avait maquillé son visage en brun ou en noir qu’à seulement deux reprises (contre au moins trois).

Le chef conservateur a lui aussi eu à s’expliquer pour des propos controversés de certains de ses candidats depuis le début de la campagne électorale. Mais il a dit que « si quelqu’un prend la responsabilité, s’excuse et réalise que peut-être il a dit des choses dans le passé et qu’aujourd’hui, en 2019, c’est inacceptable, qu’il a insulté un groupe, une communauté ou autre, je peux l’accepter ». Le chef conservateur dit qu’il ne s’est jamais déguisé de quelque façon à offenser qui que ce soit.

Andrew Scheer a par ailleurs annoncé qu’un gouvernement conservateur augmenterait le crédit d’impôt en raison de l’âge de 1000 $. Les personnes de 65 ans et plus à revenu faible ou moyen pourraient donc espérer recevoir 150 $ de plus par année et les couples, 300 $ de plus.

Jagmeet Singh croit que c’est aux Canadiens de choisir

Ce sera aux Canadiens et Canadiennes de décider si Justin Trudeau est raciste à la suite de la publication de photos et d’une vidéo le montrant en brownface et blackface, selon le chef du NPD, Jagmeet Singh.

Le leader néo-démocrate, qui a été longuement questionné, jeudi à Hamilton en Ontario, s’est dit « profondément troublé », ajoutant que de jeunes Canadiens allaient voir de multiples images du premier ministre se moquant de leur réalité, et que cela est « très douloureux » pour de nombreux Canadiens. M. Singh n’a pas voulu dire comment il réagira lorsqu’il verra M. Trudeau aux débats des chefs ni s’il allait accepter de lui serrer la main.

Il craint également que ces gestes mis au jour de M. Trudeau reflètent une tendance chez lui, et a rappelé un épisode où le chef libéral avait répondu avec sarcasme à une manifestante autochtone lors d’une activité de financement, plus tôt cette année.
Il a également dit que ce sera au chef libéral de décider s’il veut l’approcher pour s’excuser, et qu’il accepterait de le rencontrer en personne pour lui dire que ce qu’il a fait n’est pas bien.

Jagmeet Singh a indiqué que toute l’histoire représente une occasion d’évaluer qui est vraiment Justin Trudeau.

Parallèlement, le chef néo-démocrate Jagmeet Singh a annoncé qu’il compte créer un régime universel d’assurance-médicaments et de soins dentaires pour les personnes non assurées dès 2020. Cette mesure fait partie de son plan pour aider les petites entreprises, qui n’ont pas toujours les moyens d’offrir une couverture à leurs employés. Le chef néo-démocrate s’est également engagé à maintenir le taux d’imposition des petites entreprises à 9 pour cent, comme c’est le cas actuellement.

« Justin Trudeau n’est pas un raciste »

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, s’est, à sa façon, porté à la défense du chef libéral.

« Justin Trudeau a tous les défauts du monde, a déclaré M. Blanchet. Ce n’est certainement pas un grand premier ministre. Il ne se qualifie peut-être même pas pour le terme compétent, mais Justin Trudeau n’est pas un raciste. »

À Québec, les politiciens de l’Assemblée nationale ont aussi offert leurs réactions à ces images.

«J’ai été déçu qu’un élu qui veut être premier ministre ait eu ce comportement-là. Mais disons qu’il s’est excusé par la suite, on peut passer à autre chose», a dit Lionel Carmant, ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux.

Le chef par intérim du Parti québécois Pascal Bérubé était aussi prêt à changer de sujet, mais pas avant de reprocher au chef libéral son «manque de jugement». Il ne le croit toutefois pas raciste. « Sa vie témoigne de la lutte contre le racisme. On peut être des adversaires politiques et reconnaître qu’il n’y a aucune raison de croire qu’il l’est », a fait remarquer M. Bérubé.

Le député libéral Frantz Benjamin partage une partie du comté du député de Papineau et, pour lui, le dossier est clos.

« Ça fait 20 ans et il s’est excusé (…) On devrait peut-être passer à autre chose parce que je le crois sincère », a-t-il dit.

Dans la même catégorie
2 commentaires
Laisser un commentaire

Une tempête dans un verre d’eau. Il est ridicule qu’une personne que tout le monde y compris ses adversaires politiques reconnaissent comme un exemple de tolérance et d’antiracisme soit amené à faire des excuses à répétitions pour s’être grimé en oriental …pour interpréter un oriental dans une pièce, il y a 20 ans de cela. Et demain quand un acteur interprétera un elfe dans une pièce de Shakespeare il faudra s’excuser auprès des esprit de la nature ?

Répondre

Certains politiciens ont du temps à perdre. Dieu merci, je ne suis pas en politique, je chiais et pissais dans ma couche jusqu’à 13 mois. En politique, on n’ à pas le droit le droit de s’amuser, ni d’être quelqu’un de « normal ». Continuez à vous amuser, M Trudeau, oubliez les gens qui ne savent pas rire. Restez une personne avec une personnalité et une joie de vivre, au diable les autres.

Répondre