Julie Miville-Dechêne, Gérard Bouchard et moi

Les seules minorités qui seront affectées par la Charte des valeurs, ce sont les minorités religieuses et pas les Québécois issus de l’immigration.

Photo: Ryan Remiorz/Presse canadienne
Photo: Ryan Remiorz/Presse canadienne

Au départ, la sortie très médiatisée de Julie Miville-Dechêne, qui accusait le gouvernement d’ingérence politique, m’a bien fait rigoler.

D’abord, parce que celle que certains disaient être muselée a en effet eu droit à une tribune médiatique de très grande ampleur. Jamais, à ma connaissance, la présidente du Conseil du statut de la femme (CSF) n’avait été autant visible dans l’espace médiatique. Dommage qu’elle n’en ait pas profité pour faire la promotion de l’avis officiel sur la laïcité du Conseil qu’elle préside, comme elle l’a déjà fait dans le passé et ce, sans nouvelle étude…

J’ai bien ri aussi lorsqu’elle a affirmé elle-même que le CSF était divisé. Cela montrait bien qu’elle ne parlait pas au nom du Conseil, mais plutôt en son seul nom. Et peut-être aussi au bénéfice du Parti libéral, à voir l’agitation frénétique de son ancienne collègue, Christine St-Pierre, celle-là même qui l’avait nommée en 2011.

J’ai éclaté de rire lorsqu’elle a souligné que l’ingérence politique dont il était question, c’était la nomination de nouveaux membres du Conseil par le gouvernement, toutes des femmes en faveur de la laïcité. Quoi? Mme Miville-Dechêne aurait voulu que le gouvernement se garde de nommer de nouvelles membres? Ou alors que la ministre nomme exprès des femmes opposées à la laïcité? Vraiment? Sans rire?

J’ai cessé de m’amuser quand j’ai lu la lettre publiée dans Le Devoir par Catherine des Rivières-Pigeon, elle-même membre du Conseil du statut de la femme. Cette lecture est obligatoire pour qui s’intéresse à cette saga et je pense en particulier aux chroniqueurs politiques qui ont sauté aux conclusions comme la misère sur le pauvre monde.

Ce qu’elle explique, c’est que la sortie intempestive de sa présidente et ses demi-vérités risquent de nuire gravement à l’institution qu’elle dirige. Et c’est dommage, car sur la question de la laïcité de l’État, nul organisme n’a rendu un avis aussi fouillé et réfléchi que le Conseil du statut de la femme. Cet avis de mars 2011 constitue une autre lecture obligatoire.

Je vous assure que je ne riais pas dimanche soir en regardant et en écoutant Gérard Bouchard à Tout le monde en parle. J’aime cet homme, le savant, l’intellectuel qui intervient dans la cité, le gentleman et le romancier, aussi. Il faut lire Mistouk, un roman d’aventure. Sa lecture n’est pas obligatoire, mais pourquoi bouder son plaisir?

J’étais triste de le voir, contenant à peine son émotion et son agressivité, prêt à sauter à la gorge de Bernard Drainville à partir d’une citation de Jean-François Lisée sortie de son contexte. On aurait dit Jean Charest brandissant la déclaration de Parizeau à la figure de Landry au débat des chefs de 2003.

Heureusement, le naturel de M. Bouchard, un gentleman comme il ne s’en fait plus, est revenu au galop et l’échange s’est poursuivi, avec âpreté, mais sur un ton empreint de civilité.

L’argument central de Gérard Bouchard pour s’opposer au projet de Charte des valeurs est d’une grande constance depuis des années: il n’y a pas matière à agir. Avant même la tenue de la commission sur les accommodements, le diagnostic était posé: cette crise avait été fabriquée de toutes pièces par des médias sensationnalistes, qui misaient sur l’insécurité identitaire des Québécois. Il fallait donc «éduquer» les Québécois.

C’est sans doute en se fondant sur cette conviction que M. Bouchard a lourdement insisté sur «l’absence d’étude», un argument sans cesse ressassé par les pourfendeurs de la Charte.

J’étais mal à l’aise, parce que M. Bouchard a lui-même présidé à de nombreuses études comme commissaire. Treize rapports de recherche en tout. Il a reçu des centaines de mémoires de citoyens et d’organisations de la société civile et de l’État. Et avec Charles Taylor, il a déposé un rapport de 310 pages.

Je ne sais pas s’il a pris connaissance de l’avis très fouillé du Conseil du statut de la femme, mais s’il l’a fait, il sait que d’autres études ont été faites sur ces questions. Je cite Mme Rivières-Pigeon:

«Le Conseil a débattu de la laïcité en 2011 (j’étais déjà membre à cette époque) et est arrivé avec un avis sur la question à la suite de ces débats et, surtout, à la suite de la recherche qui a été effectuée pour constituer cet avis

M. Bouchard est revenu sur la question des droits dont on priverait les minorités religieuses. Mais lui-même, avec Charles Taylor, a proposé dans son rapport qu’on interdise le port de signes religieux pour les personnes en autorité, plus précisément celles ayant un pouvoir de coercition. Je pose la question : pourquoi interdire le port de signes religieux à ces personnes pour répondre à un problème qui, selon lui, n’existe même pas? Et où sont les études?

Pourquoi s’arrêter aux personnes ayant un pouvoir de coercition et pas aux autres?

Finalement, comme beaucoup d’autres personnes que j’estime par ailleurs, M. Bouchard laisse entendre que toute cette question de Charte des valeurs envoie un mauvais message aux nouveaux Québécois, un message de fermeture à l’autre. C’est l’essence-même de cette pétition intitulée «Pour un Québec inclusif.»

Du rire à la tristesse, je passe à l’indignation quand on prétend m’exclure de l’inclusion. Il y a une forme de violence sourde dans cette pensée, qui me heurte profondément. Comme si toutes ces femmes et ces hommes qui prônent la laïcité de l’État, des grands intellectuels comme Guy Rocher jusqu’au citoyen ordinaire, ceux qui ont signé ou signeront la pétition en faveur de la laïcité, étaient en faveur d’un Québec «exclusif», fermé, voire xénophobe. Comme si cette volonté des Québécois de former une nation plutôt qu’une multi-nation était en soi un crime de lèse-vertu.

C’est l’essence de l’idéologie du multiculturalisme canadien, qui comme le déclarait l’autre soir Micheline Lanctôt, chez Bazzo, représente la forme la plus perfide et insidieuse de racisme. Elle n’est pas la première à le dire et ceux qui sont déjà grimpés dans les rideaux feraient bien de retourner lire l’essai de Neil Bissoondath, Le marché aux illusions: la méprise multiculturelle. Ou de lire cet entretien qu’il accordait à L’actualité (autre lecture indispensable 😉 Extraits :

À l’origine, il ne voulait pas écrire Le Marché aux illusions. Il a réfléchi deux semaines avant d’accepter la commande de Cynthia Good, son éditrice chez Penguin: «La non-fiction ne m’a jamais attiré. Mais il fallait réfuter les arguments raciaux des réformistes, amener le débat sur le terrain de l’éthique.

Mais ce qui agace surtout les politiciens, c’est que Bissoondath partage l’analyse des souverainistes en affirmant que Pierre Trudeau a institué la politique du multiculturalisme en 1971 par pur opportunisme afin d’obtenir le vote «ethnique», tout en faisant des Québécois francophones une minorité parmi d’autres.

Le multiculturalisme à la canadienne est insidieux en ce sens que sous couvert d’ouverture, il institue des catégories de citoyens et les pousse à entrer dans un moule culturel dont beaucoup ne veulent plus.

Pourquoi faudrait-il absolument qu’une Québécoise originaire de l’Algérie soit une «québécoise algérienne»? Comment des sentiments vertueux d’ouverture ont-ils pu amener des gens pourtant sensés à enfermer des êtres humains dans une boite culturelle qu’ils ont pourtant quittée? Comment en est-on arrivé à souhaiter la constitution de ghettos culturels? Vous voulez une étude ? Allez lire un résumé de celle-ci, ici. Extrait (ma traduction):

«L’étude statistique de Wu et de ses collègues de l’Université de Victoria suggère que beaucoup de nouveaux immigrants se sentent confortés et protégés en s’installant dans des quartiers ethniques. Mais Wu a aussi découvert que ces immigrants de première génération qui s’installent dans ces enclaves ethniques sont plus enclins à déclarer qu’ils n’ont pas le sentiment d’appartenir au Canada. Les enclaves ethniques ralentissent le processus d’intégration. Étant donné cette désolante réalité, la question des enclaves ethniques n’est pas une mince affaire. D’après d’autres recherches, il y avait en 1981 seulement six enclaves ethniques au Canada. Il y en aurait aujourd’hui plus de 260

Est-ce vraiment ainsi que nous voulons bâtir une citoyenneté québécoise commune ?

On entend les bien-pensants d’un «Québec inclusif» nous dire que la Charte vise les femmes voilées et donc la communauté musulmane. Affirmer cela, c’est faire violence à toutes ces femmes qui ont justement fui l’intégrisme religieux et le voile pour nous rejoindre et devenir Québécoises. Québécoises, point!

Réduire les Québécois de culture ou de religion musulmane à ces intégristes qui prônent la charia au Québec, c’est grotesque. Laisser croire que parce qu’on vient d’une culture musulmane, on est nécessairement religieux, c’est réducteur.

Vous en voulez, des études? Et bien, en voici une autre. Extrait :

«Enfin, la donnée la plus surprenante du tableau 3 est sans aucun doute la très forte proportion d’immigrants musulmans (36%) qui déclare ne jamais observer de rites religieux en groupe. En fait, la proportion de réponses tombant dans la catégorie  « jamais » est plus forte chez les immigrants musulmans que chez tout autre groupe religieux, et ce, tant par comparaison avec les immigrants qu’avec les natifs

Ces Québécois qui ne pratiquent pas la religion musulmane, ces femmes qui ne portent pas le voile, ces Québécois qui souhaitent la laïcité de l’État, comment en est-on arrivé à les exclure au nom de «l’inclusion?»

Pourquoi un Québécois issu de l’immigration n’aurait pas le droit de souhaiter la neutralité de l’État, de rejeter un multiculturalisme qui veut le maintenir dans une petite case prédéfinie? Comment peut-on, à partir de si louables intentions d’ouverture, tenir des propos aussi condescendants pour soi-disant protéger des Québécois qui ne veulent être que ça et tout ça: des Québécois à part entière?

Les seules minorités qui seront affectées par la Charte des valeurs québécoises, qu’on se le dise une fois pour toutes, ce sont les minorités religieuses et pas les Québécois issus de l’immigration.

Et quand j’écris «minorités», je ne parle des origines culturelles ou des pratiquants de toutes les confessions, je parle de ces minorités intransigeantes pour lesquelles il ne saurait être question de se départir en public de leurs signes ostentatoires.

C’est un choix et la Charte ne privera strictement personne de la liberté de pratiquer sa religion ou de porter des signes religieux. Si une femme veut porter la Burqa, rien ne l’empêchera de le faire. Elle aura simplement décidé de mettre sa religion et le port de ses signes religieux au-dessus du reste, y compris une éventuelle carrière dans la fonction publique.

On entend que c’est inacceptable, que ces personnes religieuses ont le droit de travailler dans la fonction publique et qu’il ne saurait être question d’imposer des restrictions au nom de la neutralité de l’État. Balivernes.

Voici ce qu’en disait la Cour suprême, temple des ecclésiastes du multiculturalisme canadien. Tout est là:

«De nombreux éléments de preuve montrent qu‘il est fortement dans l‘intérêt de la population que l‘uniforme de la police soit libre de tout symbole qui dénote l‘allégeance de l‘agent à un groupe religieux particulier. Certaines preuves laissent croire que la condition religieuse selon laquelle les Sikhs doivent porter un turban n‘est pas aussi impérieuse qu‘on le prétend. De fait, la formule de demande qu‘un membre sikh doit signer lorsqu‘il se joint à la GRC exige que l‘agent porte une autre coiffure. Le commissaire a décidé de permettre le port du turban par des agents de la GRC parce qu‘il estimait que l‘interdiction de porter le turban constituerait de la discrimination contre les Sikhs et, de toute façon, que le port du turban traduirait l‘acceptation de la nature multiculturelle du Canada.» (GRANT contre CANADA)

Ce n’est pas au nom des libertés que le port du turban a été permis au sein de la GRC, c’est au nom d’une idéologie d’État: le multiculturalisme canadien.

Je vous laisse sur ces mots de Gérard Bouchard et Charles Taylor :

«Nous croyons nous aussi que le multiculturalisme canadien (…) n’est pas bien adapté à la réalité québécoise.»

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13 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Bonjour M. Gobeil,

Vous semblez endosser l’avis du CSF (2011).

J’aimerais savoir s’il est possible de retracer l’information du témoignage livré à la p. 71:

« En Belgique, par exemple […­], il y a des femmes qui sont payées pour porter le voile intégral. Dans la banlieue de Lyon, en France, c‘est exactement la même chose. Les femmes reçoivent de l‘argent pour défier l‘État français. »

Je trouve ça étonnant. Qui aurait l’idée de payer une femme pour porter le voile en Belgique ?

Je n’en ai pas vu de mention dans les rapports d’étapes de l’Observatoire français de la laïcité, ni sur le site de l’Observatoire des religions et de la laïcité de l’ULB.

Un petite recherche internet m’a plutôt mené au site :

http://www.hoaxbuster.com/forum/200-eu-par-mois-pour-porter-le-voile

On y remarque que la source est : « La femme de ménage (1) de la mère (2) d’un ami (3). Le tout, d’un auteur inconnu. »

J’imagine que ça a du attirer du attirer l’attention de votre regard critique et rigoureux.

Auriez-vous l’amabilité de me confirmer les sources de ces événements belges et français, SVP ?

Merci beaucoup,

S.

(0)

Tout d’abord Christine Saint a evoque avoir communique par texto avec la presidente du conseil du statut de la femme … ( alors qu’elle evoquait en conference de presse ne pas lui avoir parle ).

Au dela de jouer sur les mots …

La ministre a-t-elle toujours eu en sa possession le numero de la presidente du conseil du statut de la femme …

C’est pas bizarre de communiquer par message texte …

ca montre une proximite …

Bizarre qu’aucun journaliste reviennent la dessus

—–

Moi J’invite ceux que les nominations interesse a regarder ceci …

(1)

http://www.premier-ministre.gouv.qc.ca/actualites/communiques/details.asp?idCommunique=456

Québec, le mercredi 1er décembre 2010 – Le Conseil des ministres a procédé aux nominations suivantes à sa séance d’aujourd’hui.

Conseil du statut de la femme
Mmes Catherine des Rivières-Pigeon, Francine Ducharme et Marjolaine Étienne sont nommées de nouveau membres du Conseil du statut de la femme.

Trois nominations ?

—-

(2)

http://www.csf.gouv.qc.ca/modules/AMS/archive.php?type=&categorie=&annee=2012

Actualité | Mercredi 25 avril 2012

Nominations au Conseil

Le 18 avril dernier, le Conseil des ministres a procédé à trois nominations au Conseil du statut de la femme. Les mandats de Mme R’kia Laroui et de Mme Carole Gingras ont été reconduits. Madame Laroui est aussi nommée vice-présidente du Conseil, en remplacement de Mme Roxane Duhamel. Enfin, une nouvelle membre se joint à l’Assemblée : Mme Geneviève Baril. Le Conseil tient à remercier Mme Duhamel pour son engagement de plusieurs années comme membre et comme vice-présidente du Conseil. Le Conseil du statut de la femme est composé de dix membres, en plus de sa présidente. Les internautes sont invités à consulter leurs profils respectifs de carrière disponibles sur le site.

D’autre nomination ….

C’est pas Geneviève Baril qu’on a justement vu en entrevue dernierement a radio canada …..

—–

(3)

Communiqué | Mardi 30 août 2011

Une nouvelle présidente au Conseil du statut de la femme : Julie Miville-Dechêne

Le Conseil du statut de la femme tient à souhaiter la bienvenue à sa nouvelle présidente, Mme Julie Miville-Dechêne, qui entrera en fonction le lundi 15 août 2011. Le Conseil des ministres a procédé à la nomination de Mme Miville-Dechêne le 3 août dernier en remplacement de Mme Christiane Pelchat, nommée, par la même occasion, déléguée générale du Québec au Mexique

—-

(4)

Nomination en 2010,2011,2012 ….

Et en background …

Projet de loi 94 du gouvernement Charest ….

http://www.assnat.qc.ca/en/travaux-parlementaires/projets-loi/projet-loi-94-39-1.html

Le bill est arrive 24 Mars 2010

Derniere séance 28 septembre 2011 … avant sa mise a mort ….

Dans le fond a-t-on essaye de modifier le conseil en vue du projet de loi 94 ….

(5)

Beaucoup de nomination alors que sur le site du conseil du statut de la femme …

De 2006 a 2010 … c’est plutot tranquille ….

Actualité | Jeudi 30 novembre 2006

Nouvelle présidente au CSF : Christiane Pelchat

La ministre Théberge souligne la nomination de Me Christiane Pelchat au poste de présidente du Conseil du statut de la femme.

——

Actualité | Lundi 10 avril 2006

Présidente par intérim : Hélène Harvey

À compter de ce jour, Mme Hélène Harvey agit comme présidente par intérim du Conseil du statut de la femme, en plus d’assurer ses fonctions de directrice des bureaux régionaux. Cette nomination fait suite au départ de Mme Diane Lavallée qui s’est vu confier par le gouvernement du Québec le poste de curatrice publique. Nous souhaitons à l’une et à l’autre nos plus sincères félicitations!

Vous êtes un homme très émotif M. Gobeil. Passer du rire aux larmes si facilement est parfois signe d’épuisement professionnel. Avez-vous discuté avec le Dr. Vadeboncoeur?

Plus sérieusement, j’espère que vous abandonnerez bientôt le style «rédacteur de discours du PQ» avec ses raccourcis, ses citations hors contexte.et ses demi-vérités. Les lecteurs de L’Actualité méritent mieux que ela.

(Quelques exemples de raccourcis hors contexte:
Pourquoi citez-vous le rapport de l’IWC? Ce rapport constate que le nombre d’enclaves ethniques au Canada augmente et les difficultés d’intégration aussi, en conséquence. Or la charte des valeurs n’adresse pas ce problème.
Vous citez aussi l’étude de Paul Eird qui semble intéressante,c certes, mais qui rapporte aussi qu’il y a eu moins de 100 cas de plaintes pour motifs religieux de 2000 à 2006, dot un peu plus d’une trentaine par des musulmans, en cinq ans. Si la plupart des immigrants ne pratiquent pas de religion et que le nombre de plaintes est si bas, alors où est le problème?
Vous citez la lettre de MMe DesRivières-Pigeaon en omettant de metionner qu’elle souligne que l’avis de 2011 portait sur la laïcité et non pas sur une charte des valeurs et qu’elle est prête a considérer de nouvelles études, si le CSF en arrive à un consensus sur le sujet.)

)

Bonjour
deux choses me frappent à la lecture de votre article.
Vous dites ces minorités intransigeantes? et si ce n’était que des gens religieux qui ont la foi et désirent l’afficher.
Malheureusement, le conflit religieux semble se déplacer aussi vers une laïcité intransigeante. Il n’y a rien de plus humain que le sentiment religieux. Tant qu’on ne vous oblige pas à adopter une foi ou qu’une personne ne fait pas de prosylétisme, ne peut-on pas juste accepter qu’une personne ait des croyances et suive les principes qui dicte SA foi? Ben oui, certains musulmans ne pensent que le voile soit nécessaire selon les préceptes du corant. Mais certains catholiques aussi ne mangeaient que du poisson le vendredi et d’autres en mangeaient. Les pratiques de la foi sont plurielles et varient d’une personne à l’autre. Et non, toutes les femmes qui portent le voile ne sont pas soumises. Laissons les extrêmistes de côté, il ne s’agit pas de ça quand une éducatrice en garderie porte un voile… il s’agit d’une seule expression d’une personne qui a des croyances. on peut penser que les religions n’ont amené que du tort à l’humanité, mais vouloir imposer sa pensée n’est pas mieux. Ce qui a amené du tort à l’humanité,c ‘est justement dire aux autres quoi penser.
De plus, il va falloir arrêter de mettre le multiculturalisme a toutes les sauces. Bien sur que le rapport Bouchard-Taylor critiquait le multiculturalisme, Bouchard s’y oppose depuis des années!
Il revendique que le modèle d’intégration du Québec est particulier et n’a jamais suivi le modèle canadien du multiculturalisme. Selon lui, au Québec, l’État et les politiques de gestion de la diversité ont adopté le modèle de l’INTERCULTURALISME. On pourrait dire que ce ne sont que des mots. Mais la doctrine de l’interculturalisme que propose Bouchard reprend plusieurs points de la charte; elle reconnaît qu’il y a une Majorité qui a des droits (contrairement au multiculturalisme qui semble oublier la majorité) et que le Québec est dans une situaiton particuliere de par sa situation et ses luttes passées de colonisés. N’oublions pas que Bouchard est un souverainiste. On peut être contre l’interculturalité de Bouchard, mais arrêtons de mettre le multiculturalisme partout et réfléchissons que si un sociologue qui reconnaissant déjà la signification et la pertinence de reconnaître une majorité québécoise avec un passé catholique s’oppose à la charte, ses arguments sont peut-être plus réfléchis qu’un seul problème de naîf multiculturel-qui-sont-racistes-dans leur-tentative-de-ne-pas-l’être…

M. Gobeil, en conclusion vous affirmez qu’il y a un jugement de la Cour suprême du Canada qui confirme que la décision de la GRC de permettre le port du turban n’avait rien à voir avec les libertés (de religion, je présume), mais que c’était plutôt une décision prise au nom de l’idéologie du multiculturalisme canadien.

J’ai cherché dans la banque de jugements de la Cour suprême du Canada de la Collection Lexum cette décision (Grant contre Canada) et elle n’est pas là. Ce n’est donc pas vrai que le grand temple des ecclésiastes du multiculturalisme canadien était responsable de la citation que vous avez présentée comme argument final et irréfutable de votre position.

Il y a cependant une décision de la juge Reed de la division de première instance de la Cour fédérale à Calgary qui contient votre citation. Cette décision portait sur une demande d’un groupe Lethbridge RCMP Veterans’ Court Challenge Committee qui voulait contester la décision du commissaire de la GRC d’autoriser le port de symboles religieux et en particulier le turban. Selon le Magazine Maclean’s (automne 1993), il y avait un lien direct entre la campagne de financement de cette initiative et la politique anti-immigration du parti réformiste.

Dans cette décision l’enjeu n’était pas de savoir si les motifs de la décision d’autoriser le port du turban étaient constitutionnels, mais plutôt de savoir si la personne qui a pris la décision avait l’autorité de le faire. Ce n’était donc pas une décision qui a tranché entre le motif de la liberté religieuse et le multiculturalisme.

D’ailleurs dans le début de la phrase, que vous n’avez pas soulignée dans votre citation, la juge Reed affirme que « l’interdiction de porter le turban constituerait de la discrimination contre les sikhs. » Selon ma lecture, le commissaire de la GRC avait pris en considération deux facteurs dans sa décision d’autoriser le port du turban : la liberté religieuse et le multiculturalisme. Mais il s’agissait d’une décision administrative et non le jugement d’un tribunal.

Dans le débat sur le projet de Charte des valeurs du PQ, les personnes qui sont en faveur de cette initiative ont souvent tendance à accuser toutes les personnes qui s’y opposent d’adhérer au multiculturalisme anti Québec de Pierre Elliott Trudeau comme si c’était une vérité inéluctable. Je pense que c’est une erreur qui fausse le débat car il ne laisse aucune place à la discussion.

Bien que vous ayez raison sur la source de la citation de monsieur Gobeil (la décision est celle de la cour Fédérale) votre commentaire déclarant « la juge Reed affirme que « l’interdiction de porter le turban constituerait de la discrimination contre les sikhs. » » est erroné. La citation exacte est « Le commissaire a décidé de permettre le port du turban par des agents de la GRC parce qu‘il estimait que l‘interdiction de porter le turban constituerait de la discrimination contre les Sikhs ». C’est le commissaire qui « estimait … l‘interdiction de porter le turban constituerait de la discrimination » pas le juge.

L’intention de monsieur Gobeil est d’affirmer que la permission du port d’un symbole religieux dans la GRC a des objectifs de multiculturalisme et c’est ce qu’a affirmé le commissaire de la GRC.

Je suis effectivement d’avis que la juge Reed a cité le multiculturalisme comme étant un des motifs du commissaire de la GRC lorsqu’il a autorisé le port du turban. Je l’ai d’ailleurs reconnu dans mon commentaire « …le commissaire de la GRC avait pris en considération deux facteurs dans sa décision d’autoriser le port du turban : la liberté religieuse et le multiculturalisme. »

Cela étant, et sans vouloir présumer son intention, ce n’est pas l’interprétation qui se dégage du texte de monsieur Gobeil. Ce qu’il a affirmé en conclusion est: « Ce n’est pas au nom des libertés que le port du turban a été permis au sein de la GRC, c’est au nom d’une idéologie d’État: le multiculturalisme canadien. » Monsieur Gobiel n’affirme pas dans son texte que le multiculturalisme était un facteur parmi d’autres ayant motivé l’autorisation du port du turban, il a plutôt affirmé que c’était le facteur où l’explication de cette décision.

M » Gobeil, cela me fait du bien de vous lire. Malheureusement que ce soit à la radio de Radio Canada ou L’Actualité, les blogueurs et les invités sont désespérément contre la charte des valeurs québécoises. Je suis une immigrante, une « ethnique » mais je ne veux pas être enfermée dans un ghetto. Je n’ai pas quitté mon pays d’origine pour vivre à l’intérieur d’une communauté et finalement j’ai préféré la solitude. Je n’avais pas envie de retrouver ici ce que j’avais fui en immigrant. J’ai recommandé de lire le livre de Bissoondath, un « ethnique » lui aussi. Il n’y a rien de plus absurde que le multiculturalisme. Pour moi, ce sont ces partisans qui sont racistes. J’ai déjà mentionné dans un commentaire le « multiculturalisme » anglais que j’ai expérimenté à Londres en 1956. Ce sont les racistes, les xénophobes qui casent les immigrants dans le ghetto de leur communauté. Les Anglais le faisaient même pour ceux qui étaient venu étudier leur langue. Nous avions école, bibliothèque, club. Le British Council s’occupait bien de nous. Mais nous n’avions aucun contact avec les Anglais. J’ai même pensé que je ferais mieux d’aller apprendre l’anglais en Italie ou en Espagne. Peut-être que je pourrais rencontrer ainsi les Anglais ou les Américains venus apprendre l’italien ou l’espagnol! Les ghettos n’ont pu qu’augmenter avec l’afflue d' »etniques » en Grande Bretagne, tous leurs anciens colonisés à la peau sombre. Il semble que les intellectuels et les politiciens ont choisi d’ignorer l’islamisation insidieuse au Canada et au Québec. Haïti est déjà envahi de synagogues.Tout va bien, disent-ils. Ils attendent sans doute qu’il soit trop tard. Je ne comprends vraiment rien à leur comportement. Le même aveuglement que lors de la montée du nazisme.Nadine Magloire

Ah! La voilà la Bête, l’Hydre aux communautés menaçantes! Tout est dit. Le multiculturalisme introduit par la porte d’en arrière, semble-il, des immigrants imprégnés de religions » intransigeantes « .
Le multiculturaliste, comme l’interculturaliste, comme tout occidental héritier des Lumières, croient à la liberté individuelle et à la tolérance. Ce qui nous menace, ce ne sont ni les femmes voilées, ni les barbus, ni les porteurs de kippa, mais l’intégrisme de ces prêtres qui veulent contrôler la pensée ou la conduite des fidèles tout en faisant la guerre aux les mécréants, à moins d’une conversion.
Ces prêtres peuvent être catholiques (pas d’avortement, pas de femmes, pas de capotes), évangélistes (créationnisme et autres balivernes), islamiques (état théocratique, homosexuels au pilori), juifs-orthodoxes (les femmes en arrière de l’autobus!)…
Mais ils peuvent aussi, vous en conviendrez, être nationalistes (des valeurs communes obligatoires), ou laïcs (tout le monde pareil! comme en France – pas de Bretons ni de Corses, surtout pas de minorités – juste des citoyens incolores inodores et insipides, qui peuvent être discriminés mais cela, on ne le saura jamais, faute de statistiques).
Ce n’est pas aux femmes voilées qu’il faut s’en prendre, ni aux kippas, mais bien aux « religions » constituées qui prêchent, par leurs officiants, l’enfermement, le dégoût de soi, le mépris de la raison et la peur de l’autre.
L’individu est libre de penser, et il possède plusieurs identités (Amartya Sen – Identité et violence). Laissons-le tranquille. Se sachant d’identités plurielles, il n’aura pas de haine pour l’autre. La femme voilée peut être musulmane à sa manière et québécoise comme elle l’entend.

Le voile est le symbole de la soumission de la femme. Le musulman, lui, n’a pas à se couvrir la tête.N’avez-vous jamais vu ces femmes lourdement couvertes en pleine canicule tandis que le mari a les bras nu? C’est de l’égalité ça?Nadine Magloire