Justin Trudeau et l’art de gouverner autrement

«Ma priorité est de m’assurer que le Parlement fonctionne», a-t-il dit, lui qui a été témoin depuis 2007 du peu de cas qu’en faisait M. Harper. 

PolitiqueComme l’a souvent dit l’ancien premier ministre Brian Mulroney, la plus grande force du chef libéral Justin Trudeau a toujours été de ne pas être Stephen Harper. En fait, il en est pour ainsi dire l’antithèse. Il est jeune, athlétique, charismatique, chaleureux et empathique. Il aime les gens et n’a pas peur d’aller à leur rencontre. Sa campagne en a offert la preuve, jour après jour.

Mais au-delà du style et de l’image, Justin Trudeau souhaite renouer avec une façon plus collégiale et ouverte de faire la politique. Tout au long de ce marathon électoral, il s’en est tenu à un message essentiellement positif, faisant appel à une conception idéalisée du Canada et à l’optimisme des citoyens. Ses slogans étaient clairs. Changer ensemble, disaient-ils en français. Le vrai changement, disaient-ils en anglais.

L’image que projette la politique depuis des années a pourtant nourri le cynisme et le désengagement, au point de nous faire croire qu’il est naïf ou idéaliste de penser qu’une fois au pouvoir, un premier ministre et son équipe puissent résister aux pires travers de la politique.

Mais le chef libéral n’en démord pas et seul le temps dira s’il y parviendra. En attendant, on est forcé de lui donner le bénéfice du doute. Mais à quoi cela pourrait-il ressembler?

Les premiers signaux qu’il a envoyés sont cohérents avec son désir d’effacer les mauvais plis pris depuis plusieurs années. Le premier geste qu’il a posé mardi matin a été d’aller dans le métro serrer la pince de ses électeurs pour les remercier, un geste impossible à imaginer de la part de M. Harper. M. Trudeau a expliqué qu’il voulait demeurer près des gens.

Contrairement à Stephen Harper encore, qui boudait les journalistes, M. Trudeau a renoué dès mardi après-midi avec la pratique de rencontrer la presse parlementaire sur son terrain, au Théâtre national de la presse. Il s’est plié aux règles en vigueur: un journaliste agissant comme modérateur, des tours de parole accordés sans favoritisme et le droit pour tous à une question de relance. En quittant, il a promis de répéter l’exercice.

Ce qu’il a dit au cours de cette conférence de presse était aussi révélateur. Son conseil des ministres sera connu le 4 novembre et, comme promis, les femmes et les hommes y seront également représentés. Les régions y auront tous leur voix, une première depuis longtemps pour un gouvernement libéral, M. Trudeau ayant fait une percée en Alberta et obtenu une majorité des sièges et des voix au Québec.

Avec 183 députés, il aura l’embarras du choix, surtout qu’il a pris soin de recruter plusieurs candidats de haut calibre. Et pour une raison bien simple. Il veut, a-t-il dit, des ministres capables de prendre des décisions. Bref, de mener leur barque. On est loin du contrôle absolu exercé par Stephen Harper, au point où la quasi-totalité de ses ministres n’était que ses exécutants et ses porte-voix.

Le nouveau premier ministre aborde les grands enjeux avec le même esprit. Qu’il s’agisse de la position canadienne sur les changements climatiques, la mise sur pied d’une enquête sur les femmes autochtones tuées et disparues, la coordination du travail parlementaire avec l’incontournable Sénat, son approche est la même. Consulter, dialoguer, chercher un accord avec les parties concernées. Il a d’ailleurs déjà contacté plusieurs premiers ministres provinciaux pour les inviter à l’accompagner à la conférence sur le climat à Paris en décembre.

M. Trudeau doit aussi trouver une façon de collaborer avec le Sénat à majorité conservatrice. Ayant exclu les sénateurs libéraux de son caucus, il doit miser sur l’esprit de collaboration des membres de la Chambre haute pour faire avancer ses projets de loi. Il compte rencontrer les leaders du Sénat pour en discuter.

«Ma priorité est de m’assurer que le Parlement fonctionne», a-t-il dit, lui qui a été témoin depuis 2007 du peu de cas qu’en faisait M. Harper. Le chef libéral se veut rassembleur, y compris aux Communes, «en respectant les 337 autres voix que les Canadiens ont choisies» pour les représenter. Ce qui est «une des grandes forces de notre pays et de notre système démocratique», a-t-il ajouté.

Armé d’une solide majorité, M. Trudeau héritera du pouvoir absolu dévolu au premier ministre canadien, un pouvoir dont il est facile d’abuser. Il faut seulement espérer qu’il n’aura pas raison des bonnes intentions du chef libéral car ce qu’il propose, finalement, est un retour à une gouvernance davantage en phase avec le respect des institutions et des principes démocratiques.

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5 commentaires
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Et la journaliste qui modérait cette conférence de presse, n’était-ce pas vous?

Monsieur Trudeau devra vite se pencher sur le fonctionnement du parlement. Un sénateur conservateur a déjà déclaré que son rôle n’est pas d’adopter des bills des libéraux. Il faudra donc nommer ce comité consultatif immédiatement afin de combler les vacances au Sénat le plus rapidement possible. Leurs délibérations devraient-ellez être publiques? J’espère qu’elles seront le moins politisées possible.

J’ai bien aimé cette conférence de presse. Moi aussi j’espère en voir souvent.

Félicitations pour votre victoire M. Trudeau, je souhaite que vous puissiez réussir à faire fonctionner le parlement, avec des ministres autant féminins que masculins mais souvenez-vous toujours que vous allez être personnellement responsable de chaque maudite niaiserie de tous vos 184 députés et ministres pourront faire.. N’hésitez pas de sévir au besoin, car tous les journalistes vont vous chercher de poux pour écrire un article dévastateur pour n’importe quel chef de parti, soit auprès de vous où même de connaissance passagère. Bonne chance, pour vous et votre belle famille.