Justin Trudeau : le début de son plus gros test politique

Donnons la chance au coureur. Justin Trudeau a lancé sa campagne à la direction du Parti libéral du Canada seulement hier soir. Son discours était prévisible avec son énumération de valeurs, son expression de bons sentiments et les quelques avertissements servis aux libéraux contre leur complaisance passée. Ceux et celles qui espéraient en apprendre plus sur ses orientations sont restés sur leur faim.

Mais comme je le disais, cette campagne débute à peine et l’événement servait à donner le ton. M. Trudeau aura le temps d’exposer sa pensée. Il ne pourra toutefois remettre cela aux calendes grecques car trop de ses critiques prennent prétexte du supposé manque de profondeur de sa réflexion politique pour le disqualifier.

La vérité, cependant, est qu’on n’en sait rien. Justin Trudeau n’a pas écrit comme son père ni piloté de dossiers difficiles au Parlement. Il a multiplié les discours dans des écoles et des organismes en tout genre depuis son entrée en politique et certains qui l’ont entendu disent qu’il peut être excellent et très pertinent, mais on en entend rarement l’écho.

Ses allures de jeune premier, son charme, son sens du théâtre, son nom prennent toute la place depuis ses débuts en politique. Ils l’ont transformé en vedette instantanée du PLC. Il est sans cesse sollicité pour des levées de fonds et quand il accepte – ce qui se produit souvent, c’est le succès assuré pour l’association locale qui profite de sa visite. Il est le champion toutes catégories de son parti à ce chapitre.

Cette campagne vient de sonner la fin de la confortable discrétion qui entourait ces sorties passées. Et il a pu voir, dès hier soir en point de presse, qu’il aurait intérêt à approfondir rapidement certaines questions délicates. Sa réponse sur le rapatriement de la constitution, par exemple, relevait du simplisme.

Citant en preuve la diversité culturelle de sa circonscription et l’attachement d’une majorité de Québécois à la Charte des droits et libertés, il a dit qu’il s’agissait de «débats du passé». En fait, que pour lui, «ça [le rapatriement] fait partie de nos accomplissements pour créer un meilleur pays». Il a droit de le croire, mais ça ne résout pas le fait que le Québec n’a toujours pas ratifié cette constitution et il se trompe s’il pense que cette question ne reviendra pas le hanter.

Il faut reconnaître cependant que le coup d’envoi de sa campagne a été donné sans anicroches. Et la décision de démarrer sa tournée en Alberta, le plus gros désert libéral au pays depuis la très honnie politique énergétique de son père, dénote un brin d’audace.

Justin Trudeau doit se faire un nom, prouver qu’il n’est pas que le fils de son père. Il faudra cependant qu’il le démontre au-delà des symboles. Il partage sûrement nombre de principes et valeurs de son père, mais le monde a changé et ses solutions doivent être différentes.

Un de ses atouts est de représenter une autre génération de politiciens, ce qui donne une certaine crédibilité à son appel à l’engagement des jeunes, Des jeunes qui n’ont pas connu son père, ou si peu, mais qui ont grandi avec la Charte à laquelle la plupart sont attachés.

La dernière chose qu’il lui faut, par contre, c’est un couronnement. Son entrée en scène découragera certains aspirants, car on ne peut le nier, il part favori. Une course serait toutefois essentielle. Pour le parti et pour Trudeau. Ses idées et ses qualités de leadership doivent être mises à l’épreuve. Le plus ironique est qu’il pourrait être testé par nulle autre que l’ancienne compagne de son père, l’avocate constitutionnaliste Deborah Coyne, la seule autre candidate déclarée pour l’instant. Si on se fie au site Internet (pratiquement unilingue anglais) de cette ancienne conseillère de Clyde Wells, M. Trudeau a intérêt à être bien armé pour débattre avec elle.

Parenthèse sur la classe moyenne

C’est peut-être rentable de flatter la classe moyenne, contre qui je n’ai absolument rien puisque j’en fais partie, mais il ne faudrait pas exagérer. Dans son discours hier soir, Justin Trudeau y est revenu à plusieurs reprises. Il n’y a pas de mal à ce qu’il se préoccupe de son sort, mais quand il dit que «c’est la classe moyenne qui nous a permis de devenir le pays que nous sommes aujourd’hui», je tique.

Et je tique encore plus quand il dit que «c’est la classe moyenne – et non la classe politique – qui unit ce pays. C’est la classe moyenne qui fait de ce pays ce qu’il est».

Ce n’est pas la classe moyenne, mais tous les citoyens de ce pays qui en font ce qu’il est aujourd’hui. Tous les citoyens. Riches, pauvres et ceux de la classe moyenne. TOUS. Ça surprend d’avoir à le dire.

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Justin Trudeau est à la politique ce que René Simard est au showbiz, il danse bien mais il chante faux.

Je n’ai jamais aimé son père et en ce qui me concerne il ressemble trop à son père. Imbue de sa personne. C’est mon opinion.

C’est le début de la fin politique de Justin, qui n’est pas à la hauteur. C’est également un signe avant-coureur du déclin de l’empire libéral à Ottawa. Si Trudeau est une vedette au PLC, c’est qu’il ne reste pas grand chose de cette coquille vide.