Kevin Page, Jim Flaherty et le respect de notre intelligence

Le directeur parlementaire du budget Kevin Page en a assez. Plus de 60 ministères n’ont pas respecté l’échéance qui leur avait fixée pour lui remettre les données qu’il leur avait demandées. Depuis le printemps, M. Page veut avoir des détails sur les dernières compressions budgétaires afin de s’assurer de la réalisation des économies promises. En vain.

Une vingtaine de ministères l’ignorent depuis le début alors que les autres qui ne lui avaient pas encore répondu, malgré un engagement récent de collaborer, ne l’avaient toujours pas fait vendredi. M. Page se tournera donc, comme prévu, vers les tribunaux pour tenter de les mettre au pas et ainsi lui permettre de faire son travail, qui est d’offrir des analyses financières indépendantes aux députés. (Voici deux textes qui résument la chose, le premier en français, très bref, et un plus approfondi, en anglais.)

La réaction du ministre fédéral des Finances, Jim Flaherty, n’a pas tardé. Elle a pris la forme de deux arguments qui, tous deux, font affront à notre intelligence.

Argument #1: le mandat du directeur parlementaire du budget (DPB) est d’examiner les dépenses, pas l’absence de dépenses.

Le DPB a pour mandat d’offrir aux députés l’information nécessaire pour se prononcer sur la gestion financière du gouvernement. Comment ces derniers peuvent-ils juger de la crédibilité du plan gouvernemental s’ils ignorent les moyens pris pour le mettre en œuvre? La réalisation du plan budgétaire de M. Flaherty repose sur des milliards en économies que les ministères devront réaliser d’ici trois ans. Il est seulement normal que les députés veuillent savoir comment ces ministères y arriveront. Et s’ils peuvent y arriver. Quant aux citoyens, ils ont le droit de savoir ce qu’on veut couper et, dans bien des cas, leur enlever.

Argument #2 : tout est dans le budget.

Si tel est le cas, pourquoi résister à ce point? Pourquoi nous répète-t-on depuis des mois que rien de peut être dévoilé avant que les employés soient informés du sort qui leur est réservé? Pourquoi apprend-on par accident la fermeture de laboratoires et de centres de recherche? Un budget offre le portrait général du plan gouvernemental, il n’en donne pas tous les détails.

M. Flaherty a une haute opinion de l’exhaustivité de son budget puisqu’il répète le même argument pour défendre ses projets de loi omnibus. Ils ne cachent aucune surprise, dit-il, tout étant dit dans son budget. Comme s’il n’y avait pas de différence entre une déclaration d’intention résumée en quelques lignes et une collection de dispositions législatives détaillées. Il nous prend vraiment pour des imbéciles.

Cette énième collision entre le DPB et le gouvernement n’est qu’une illustration de plus de la difficulté qu’ont les conservateurs à accepter les contraintes de notre démocratie parlementaire. Ils n’aiment pas que les projets de loi soient débattus et étudiés, que les députés posent des questions, que les ministres aient à rendre des comptes ou que des fonctionnaires indépendants du Parlement les surveillent de trop près.

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Pour vous faire une idée encore plus précise des défaillances de notre régime parlementaire et du carcan dans lequel est pris le système, lisez les récentes chroniques d’Andrew Coyne et de Michael Den Tandt (Postmedia, The Gazette).

Il nous faut quelqu’un qui est capable de penser « out-of-the-box », de nous motiver et de nous faire participer à la réforme requise. Il n’y a présentement qu’une seule telle personne : Justin Trudeau.