Kony 2012: 2ème partie

Mars 2012. L’ONG américaine Invisible Children réalisait une vidéo de 29.59 mn intitulée Kony 2012,  qui  a fait le buzz sur internet. Cette production, la plus virale de l’histoire du net, parce que vue par des millions de personnes en l’espace de quelques jours, a abordé comme sujet, les exactions du chef rebelle ougandais Joseph Kony de la Lord’s Resistance Army (LRA) en Afrique centrale. En fait, Invisible Children souhaitait rendre Joseph Kony populaire pour maintenir la pression sur la communauté internationale et des décideurs politiques clés, afin que ce chef de guerre soit arrêté avant la fin de l’année 2012. En dépit de cet objectif compréhensible, la vidéo souleva la controverse. Certains analystes déplorèrent de faciles raccourcis factuels. À l’exemple de Dinaw Mengestu, écrivain américain d’origine éthiopienne installé aux États-Unis.

Passée la vague de tumultes, Invisible Children et Jason Russell, son Chief Creative Director, reviennent à la charge avec Move, une nouvelle vidéo de 31.30 mn. Cette fois-ci, la production, lancée le 7 octobre sur le site internet de l’ONG, puis le 25 octobre sur Youtube, est passée quelque peu inaperçue, en comparaison à Kony 2012. Se voulant mesurée et conforme à la situation historique de la position actuelle de la LRA en Afrique centrale, la vidéo Move revient sur le tsunami médiatique suscité par Kony 2012 et la crise psychologique qu’elle a provoquée sur son auteur, Jason Russell, ce diplômé en cinéma de l’Université de Californie. Elle exprime également l’incompréhension d’une certaine opinion qui a cloué au pilori l’ONG. C’est certain, il y a un côté émotionnel dans cette nouvelle production qui est comme un appel à plus de compréhension, voire de compassion par rapport à la dépression vécue par Jason Russell et les frustrations de tous ceux qui étaient impliqués dans Kony 2012.  Par ailleurs, la nouvelle vidéo fait replonger dans la guerre d’usure entretenue par Joseph Kony depuis plus d’une vingtaine d’année. Les images des victimes et des enfants soldats de la LRA viennent comme pour rappeler les véritables enjeux mis en lumière  par les documentaires.

Ainsi, loin de se laisser intimider par la levée de boucliers qu’avait suscité Kony 2012, Invisible Children prend un nouveau rendez-vous le 17 novembre prochain, au lendemain de la présidentielle américaine, pour une série d’activités à Washington D.C., notamment un sommet (assez singulier) sur la LRA, suivie d’une marche dans les alentours de la Maison Blanche. Il s’agit de poursuivre la mobilisation pour la capture de Joseph Kony et de bousculer les sentiers classiques du plaidoyer dans le contexte des crises humanitaires.

Tandis que la traque militaire entreprise aussi bien par l’Union africaine et les États Unis contre la LRA, se poursuit, Invisible Children a réussi à créer autour du tristement célèbre chef de guerre ougandais, un objet marketing qui pousse à suivre l’ONG à chacune de ses apparitions publiques. Cela a fini par créer une saga politico-militaire et médiatique. Les développements de la situation dans la jungle d’Afrique centrale sont suivis avec intérêt dans les chancelleries, les médias et les milieux spécialisés. Ainsi en est-il de la capture récente d’un des lieutenants de Joseph Kony, Ceasar Accelam, en mai dernier, deux mois après la diffusion de Kony 2012. Cette arrestation qui n’aurait pas fait la une de la presse internationale, est devenue un vrai évènement et fut couvert par les plus grands médias. Si la capture de Joseph Kony n’est sans doute qu’une question de temps, on ne peut cependant pas manquer de s’interroger sur la prochaine cible d’Invisible Children et sa stratégie de survie, après une focalisation exclusive sur le tristement célèbre rebelle ougandais. Va-t-elle cibler un autre chef de guerre? Si oui, à qui reviendra cet « honneur »?

Adam Salami
Chercheur en résidence, Observatoire sur les missions de paix et opérations humanitaires

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