La 43e élection canadienne résumée en quatre graphiques

Alors que l’élection fédérale est déjà derrière nous, Philippe J Fournier analyse les résultats parti par parti. Ou comment comprendre l’ensemble des résultats en un coup d’oeil. 

La 43e élection générale canadienne est maintenant derrière nous. Avec des yeux quelque peu reposés et les résultats complets en main, nous offrons aujourd’hui quelques points d’analyse basés sur ces chiffres.

Le Parti libéral du Canada

  • Par rapport aux résultats de 2015, le Parti libéral du Canada (PLC) a perdu du terrain dans chacune des 10 provinces et dans 272 des 338 circonscriptions fédérales. Néanmoins, le vote libéral a tenu le coup où il en avait besoin : parmi les 66 circonscriptions où il a augmenté son vote par rapport à 2015, 33 sont au Québec et 30 en Ontario.
  • Bien que le PLC ait reculé par plus de 14 points dans chacune des provinces de l’Atlantique, ce recul n’a produit qu’une perte de 6 sièges pour le PLC. Ceci nous indique à quel point le support libéral avait grimpé dans ces provinces par rapport aux autres partis en 2015.

  • Encore une fois, les provinces où le vote libéral a tenu le coup par rapport à 2015 sont le Québec et l’Ontario (des baisses respectives de 1,5 et 3,3 points). Ces deux provinces combinées envoient un total de 199 députés à la Chambre des communes et, quand la prochaine session parlementaire débutera au début décembre, 114 de ces 199 députés seront de la bannière libérale.
  • Les libéraux n’ont obtenu que 14 % du vote albertain en 2019, contrairement à près de 25 % en 2015. Les quatre sièges libéraux albertains de 2015 sont passés aux mains des conservateurs. De plus, avec la défaite de Ralph Goodale à Regina, le PLC n’a plus de représentation élue en Alberta et en Saskatchewan.

Le Parti conservateur du Canada

  • De leur côté, les conservateurs ont fait progresser leur part du vote populaire dans 8 des 10 provinces (voir graphique ci-dessous). Toutefois, les deux provinces où le vote du Parti conservateur du Canada (PCC) a diminué par rapport à 2015 sont les deux plus populeuses de la Confédération : le Québec et l’Ontario.

  • Bien que le vote conservateur ait augmenté significativement au Manitoba, en Saskatchewan et en Alberta (entre 8 et 16 points), ces votes additionnels n’ont produit que des gains de sièges limités, soit deux au Manitoba, quatre en Saskatchewan et quatre en Alberta — pour un maigre total de dix sièges.
  • C’est dans la région de Toronto que le vote conservateur a reculé le plus au pays. Même si les totaux de sièges n’ont pas bougé par rapport à 2015, le PCC a reculé dans 47 des 55 circonscriptions de la région métropolitaine. Et il s’agit là de la source principale de la défaite d’Andrew Scheer et de son équipe : ils n’ont pas su augmenter leur support dans le Canada urbain.
  • Au Québec, avec les gains importants de la CAQ dans le 450 l’an dernier, le PCC avait plusieurs circonscriptions des banlieues de Montréal dans sa mire. Toutefois, non seulement les conservateurs n’ont fait élire aucun député dans la grande région de Montréal, mais la part du vote du PCC a reculé par rapport à 2015. En fait, même dans la région de Québec, où le PCC détient plusieurs châteaux forts, le vote du PCC a reculé dans chacune des circonscriptions de la région.

Le Nouveau parti démocratique

  • À première vue, certains se sentiront encouragés par les résultats de la première campagne de Jagmeet Singh. Néanmoins, et bien que le Nouveau parti démocratique (NPD) ne se soit pas effondré comme les données semblaient l’indiquer au cours de l’été, tout n’est pas rose pour le parti qui est passé de 44 sièges en 2015 à 24 sièges en 2019.
  • Le NPD a augmenté ses parts du vote dans quatre des dix provinces (bien que l’augmentation de 0,2 point en Ontario soit négligeable) et a perdu du terrain dans les six autres. Nulle part au pays le NPD n’a reculé autant qu’au Québec avec une perte de près de 15 points par rapport à 2015.

  • Au Québec, le NPD a perdu 15 des 16 circonscriptions qu’il avait remportées dans la province sous Tom Mulcair. En Ontario, le NPD est passé de 8 comtés à seulement 6. Dans les Maritimes, il a repris la circonscription de Saint-Jean Est (Terre-Neuve), sa seule circonscription à l’est de Rosemont-La Petite-Patrie.
  • Le NPD a remporté une circonscription de plus au Manitoba (où sa part du vote a le plus augmenté par rapport à 2015), mais il perdu ses trois sièges en Saskatchewan et trois de plus en Colombie-Britannique. La jeune candidate Mumilaq Qaqqaq a créé la surprise en remportant le Nunavut.

Le Parti vert du Canada

  • Les attentes envers le Parti vert du Canada (PVC) étaient certes élevées au printemps dernier lorsque des sondages mesuraient les appuis aux verts en forte hausse — jusqu’à une égalité statistique avec le NPD dans certains cas. Les attentes étaient-elles trop élevées ? Peut-être. Néanmoins, les appuis au Parti vert ont tout de même grimpé dans chacune des dix provinces canadiennes (voir figure ci-dessous).

  • La hausse des verts est particulièrement forte dans les trois provinces maritimes : le PVC a grimpé de 15 points à l’Île-du-Prince-Édouard, douze points au Nouveau-Brunswick et 7,6 points en Nouvelle-Écosse. Toutefois, bien que les partis verts provinciaux de cette région détiennent 11 sièges, le Parti vert fédéral n’a récolté qu’un siège lors de l’élection (Fredericton).

Le Parti populaire Canada

  • Non seulement Maxime Bernier n’a-t-il pu se faire élire sous sa nouvelle bannière en Beauce, mais un seul de ses 314 autres candidats d’un océan à l’autre n’aura réussi à dépasser le seuil de 5 % des suffrages. D’ailleurs, parmi les 315 candidats du Parti populaire du Canada (PPC), 297 ont terminé derniers dans leurs circonscriptions respectives parmi les six principaux partis.
  • Au Québec, le PPC a présenté des candidats dans 77 des 78 circonscriptions. Au total, 75 des 77 candidats ont terminé bon derniers (les exceptions sont Beauce et Lévis-Lotbinière). Même dans chacune des circonscriptions l’ouest de l’île de Montréal, les candidats du Bloc Québécois ont obtenu plus de votes que les candidats du PPC. Oui, vous avez bien lu : le Bloc Québécois a battu le PPC dans le West Island.
  • Sans une présence à la Chambre des Communes et avec une récolte de moins de 2 % au pays (soit moins de 300 000 votes), le PPC pourra-t-il survivre jusqu’à la prochaine élection générale? Il s’agit certes d’une exception historique plutôt que d’une tendance, mais un parti populiste de droite avait récolté presque autant de votes lors de l’élection de 1988 et n’avait remporté aucun siège. Puis, en 1993, ce même parti balayait l’Ouest canadien et remportait 52 sièges. C’était le Parti réformiste de Preston Manning…
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3 commentaires
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— Note technique : Il y a une petite « coquille » dans le texte concernant le NPD : « (…) le parti qui est passé de 44 sièges en 2015 à 24 sièges en 2015 », c’est évidemment de « 2019 » dont il était question.

Félicitations encore pour les analyses et les données que monsieur Fournier nous a donné tout au long de cette campagne. Tout cela nous aide à mieux comprendre la complexité de la réalité politique canadienne tout comme ses incidences sur la représentativité (dans les parlements), laquelle ne reflète pas toujours pleinement la sensibilité des citoyens, ni réellement les courants qui animent la Confédération.

Ainsi par exemple, le PPC représente certainement un courant dans le cadre politique canadien, cependant le système encore très bipolarisé, bipolarisation particulièrement marquée cette année, ne permet pas aux gens de s’exprimer pleinement suivant leurs convictions.

Je songe que les politiciens de toutes obédiences devraient s’inspirer de ces données pour, lors de prochaines élections, apporter moins de « blablablas » et plus pour tous des solutions. Quant-aux petits partis, je conçois qu’ils devraient possiblement échafauder des stratégies communes, s’ils entendent « un jour » exercer un mandat de gouvernement.

Quoiqu’il en soit, ne vivons-nous pas ici dans le meilleur plus grand pays au monde ? Une sorte de Paradis avant la lettre pour toutes les classes moyennes au sens large du terme….

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Les gens ont été idiots et pensaient voter « stratégique «  pour se débarrasser de Trudeau. Ils se disaient on votera ppc la prochaine fois, pour le moment il faut se débarrasser de Trudeau. C’était con et ils ont porté un dur coup au seul parti honnête qui peut encore sauver notre pays.
Les gens qui ont voté PPC l’ont fait avec enthousiasme. Les gens qui ont voté stratégique ont voté pour un parti qu’ils n’aimaient pas en pensant se débarrasser de Trudeau. Ils n’ont pas compris comment la démocratie fonctionne.

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