La casserole des libéraux

Ce qu’on rapporte des propos tenus la semaine dernière par l’ex-entrepreneur Lino Zambito à la commission Charbonneau tombe bien mal pour les libéraux.

Pour les trois candidats à la chefferie du PLQ – Philippe Couillard, Pierre Moreau et Raymond Bachand – le témoignage de Zambito est un véritable tremblement de terre.

Sortis malgré tout revigorés de la dernière élection avec 50 députés et plus de 30% des voix, le réveil des libéraux ce matin fut sûrement brutal.

Ce printemps, Jean Charest et ses ministres s’étaient beaucoup moqués des casseroles sur lesquelles frappaient de nombreux citoyens en guise d’opposition à la «loi spéciale» de leur gouvernement.

Avec Zambito, les voilà traînant à nouveau leur propre casserole : celle étiquetée «corruption-copinage-financement occulte».

(La définition donnée ici de l’expression «traîner une casserole» étant particulièrement appropriée : «avoir été compromis dans une affaire douteuse. Traîner, dans sa réputation, les conséquences négatives d’un acte passé».)

Avec la commission Charbonneau – mise sur pied in extremis et en catastrophe par un Jean Charest déstabilisé par le coulage du rapport Duchesneau dans les médias -, cette «casserole» très politique risque de devenir un véritable boulet pour le PLQ et ses trois candidats à la chefferie.

Ce mercredi matin, le chef libéral par intérim Jean-Marc Fournier – nettement plus prudent et sérieux qu’à son habitude – ne semblait vraiment pas la trouver drôle.

Ni les trois candidats à la chefferie – chacun rivalisant de n’avoir rien su, rien vu et rien entendu de tel au Parti ibéral, mais obligés de montrer patte blanche quant à la manière dont chacun entendait mieux gérer les finances de leur parti…

Quel impact cette section troublante du témoignage de Lino Zambito aura sur la course à la chefferie et sur les chances du PLQ de revenir au pouvoir lors de la prochaine élection? Ce sera à suivre.

Pour le moment, la seule certitude est que l’inquiétude sera de mise dans les rangs libéraux.

Le syndrôme des commandites

La pire crainte au PLQ est qu’après l’avoir échappé belle à l’élection du 4 septembre en récoltant l’opposition officielle plutôt que le statut de troisième parti, le témoignage de Zambito soit repris éventuellement par d’autres à la commission Charbonneau.

Bref, la peur chez les libéraux du Québec est de voir leur parti attraper le syndrome des commandites de leurs cousins fédéraux – punis eux-mêmes par les électeurs depuis la commission Gomery.

C’est qu’on semble naviguer ici dans des eaux troubles passablement semblables, à quelques détails près. Du moins, en théorie.

Dans le scandale des commandites, les Canadiens ont découvert un «système» et des «stratagèmes» utilisés au Parti libéral du Canada (PLC) pour remplir, entre autres choses, les coffres du parti.

En pleine crise post-référendaire, au PLC, on avait pris prétexte d’une méga campagne d’unité nationale «commanditée» par le gouvernement libéral de Chrétien – donc, par les fonds publics -, pour distribuer de généreux contrats à une brochette de firmes de publicité «amies» du régime libéral.

En retour, ces firmes, bien entendu reconnaissantes, prenaient une partie de ces mêmes fonds publics pour garnir à leur tour les coffres du PLC. Parfois en faisant des dons déclarés, parfois de manière occulte.

En chemin, ces stratagèmes ont bien évidemment aussi servi à enrichir personnellement un certain nombre de parasites de ce système.

L’important était que l’argent provenait toujours de la même poche : celle des contribuables, lesquels n’en savaient absolument rien.

Bref, ce «système» était celui d’un détournement de fonds publics à des fins partisanes et dans certains cas, d’enrichissement personnel. En d’autres termes, les contribuables ont été volés.

Le scandale des commandites était un exemple, parmi d’autres, de ce que j’expliquais dans mon billet précédent. Soit comment, dans certaines circonstances, le pouvoir de l’argent sert à extirper l’argent du pouvoir.Le pouvoir de l’argent, lorsque le pouvoir le laisse faire, sert à acheter l’accès aux élus et aux contrats.

Et ce faisant, il place dangereusement le politique et les institutions «sous influence».

On monte de plusieurs crans

Pour ce qui est du PLQ, le témoignage de Zambito – lequel s’inscrit dans la lignée des révélations faites au cours des dernières années par plusieurs enquêtes journalistiques -, on monte de plusieurs crans.

Le point de chute du «système» est similaire : remplir les coffres d’un parti politique à même des fonds publics destinés à un tout autre usage en favorisant l’obtention de contrats aux entrepreneurs qui se montrent généreux en reconnaissance.

Dans le programme fédéral des commandites, l’argent public détourné était supposé aller à de la «publicité» pro-Canada.

Dans ce cas-ci, on parle d’argent public destiné à des contrats de construction et d’infrastructures.

Une fois les contrats «répartis» par collusion entre un petit groupe de gros entrepreneurs fort gâtés, les allégations veulent qu’en «reconnaissance» pour ces plantureux contrats, ces mêmes entrepreneurs, firmes de génie-conseil, etc.., aient pris une partie de cet argent public pour le détourner au profit du PLQ.

Soit en organisant des levées de fonds, soit en usant de prête-noms (les dons de compagnies aux partis sont interdits), soit dans des enveloppes brunes, soit toutes ces méthodes à la fois.

Des entrepreneurs ajoutent aussi des «cadeaux» à ce processus élaboré de «développement des affaires» – pour reprendre l’expression pittoresque de Lino Zambito. Des cadeaux, qui à des élus, qui à des fonctionnaires, qui à des inspecteurs, qui à des leaders syndicaux, etc.. Une forme de «politesse» du ventre, quoi.

On ne reviendra pas sur le yacht de Tony Accurso, mais on ne l’oubliera pas non plus.

Lino Zambito, quant à lui, fait remonter la filière de la «reconnaissance» jusqu’à Nathalie Normandeau, alors ministre des Affaires municipales et une fidèle de Jean Charest avec laquelle l’entrepreneur très entreprenant semblait entretenir des rapports extrêmement amicaux.

Ce qui, on en conviendra, commence à toucher de très, très près au sommet de la pyramide du pouvoir (1).

De toute évidence, M. Zambito, pour reprendre ses propres termes, «investissait» beaucoup dans ce rapport privilégié.

Enfin, pour couronner le tout dans ce «système», on ajoute l’infiltration de la mafia qui, à son tour, prend son «pizzo» sous la forme d’une «taxe» de 2 à 3% que lui payent les entrepreneurs à même, vous l’aurez deviné, des fonds publics sous forme d’«extras» dans leurs contrats.

Considérant les sommes impressionnantes en jeu depuis quelques années vu la multitude de contrats municipaux et provinciaux de construction et d’infrastructures, ce «système» décrit par Zambito, s’il s’avère, constituerait probablement le plus grand détournement de fonds publics de l’histoire moderne du Québec.

On comprend que le sujet est sérieux. Très sérieux.

Or, la commission Charbonneau ne fait que commencer. Et son mandat lui permettra de couvrir les quinze dernières années.

Ce qui, aux termes de ses travaux, devrait aussi fournir une base de comparaison intéressante entre les deux principaux partis quant à leurs modus operandi respectifs.

***

 

(1) Par communiqué de presse, Mme Normandeau s’est dissociée des «allégations» de Lino Zambito en ces termes :

«Je tiens à réaffirmer que j’ai toujours fait mon travail avec rigueur tout en étant consciente de l’importance d’honorer la confiance des citoyens. Aujourd’hui, je ne laisserai personne remettre en question mon intégrité.»

Madame Normandeau ne fera pas d’autres commentaires sur le sujet.

 

 

 

 

Laisser un commentaire

Sous Duplessis la contribution » volontaire » était de dix %. Tous ceux qui faisaient affaire avec le gouvernement, même les fonctionnaires qui désiraient obtenir une promotion, devaient contribuer à la caisse du parti.

Aujourd’hui, c’est 2.5 % pour le pizzo, et c’est 100 000 $ pour aider un ministre. Les fonctionnaires étant maintenant hors d’atteinte.

Une formule réduisant le besoin de liquide pour une élection aiderait grandement à améliorer la question. Il existe plusieurs solutions. Maintenant, les politiciens voudront-ils adopter la meilleur?

Après la publication des résultats et conclusions de l’enquête il sera révélateur d’observer les élus qui favoriseront la mise en place des recommandations.

Passer de la parole aux actes n’est pas chose
facile en politique. Cela prend du courage, de l’honnêteté.

On verra…

M. Serge Gingras croit que les fonctionnaires sont maintenant hors d’atteinte dans le système de la corruption. Je n’en crois rien. Évidemment, les mesures de contrôle sont plus présentes aujourd’hui qu’à l’époque de Duplessis. Mais je crois qu’il serait extrêmement difficile de s’adonner à la corruption sans qu’il y ait, à tous les niveaux, des personnes qui se ferment les yeux. Donc,plus il y a de corruption plus il doit y avoir des personnes qui ferment les yeux.

Mais j’ai posé la question et je la repose encore une fois. Pourquoi le gouvernement Marois semble-t-il si timide à s’imposer dans des municipalités comme Montréal, Mascouche et Laval? Pourquoi ne promulgue-t-il pas des lois extrêmement sévères qui lui permettraient d’intervenir avec force et vitesse quand trop de fumée apparait ?

je serais très surpris si le PQ n’était pas lui aussi éclaboussé, mais sans doute beaucoup moins que le PLQ, par les révélations à venir à la commission Charbonneau. J’espère que Mme Marois sera alors capable de prendre les mesures nécessaires pour leur faire face.

Si, comme je le crois elle faisait preuve d’une très grande autorité même envers son propre parti, elle pourrait vraisemblablement s’assurer la réélection avec cette fois-ci une réelle majorité. Mais il faut que le présent gouvernement puisse tenir le coup jusque là !

«Les élections n’effacent pas les problèmes.»
[Jean-Pierre Raffarin]

Chère Josée Legault,
Encore une fois vous nous aurez MAGISTRALEMENT fait saisir toute la malhonnêteté,la pourriture de ces deux vieux partis soit disant »libéral » qui font absolument TOUT pour pour nous garder dans une fédération monarchique »canadian ».Mais quand est-ce que la majorité québécoise va comprendre le vrai sens du mot LIBERTÉ et se décider à appuyer un vrai parti d’union nationale qui prône une vraie liberté pour le Québec, peu importe qu’on soit de droite ou de gauche ? En ces années difficiles de budget pour le Québec, le gouvernement actuel, même minoritaire, ne devrait-il pas convaincre les québécois de l’extrême urgence de
de REPATRIER nos impôts d’Ottawa et leur PROUVER qu’on pourrait mieux administrer nos finances NOUS MÊME plutôt que de quémander, comme le fait le gouvernement minoritaire actuel, ET COURRIR AINSI,PAR SA MOLLESTE, À une cuisante défaite électorale. À bonne entendeur,SALUT!
P.S.Madame Legault,s.v.p. demander donc, dans un prochain billet,pourquoi le prochain aspirant chef du PLQ ne reprendrait-il pas le vrai sens du slogan de Jean Lesage » MAÎTRE CHEZ-NOUS »
merci

Je vous fais une petite prédiction : la commission Charbonneau aura le même effet pour les libéraux provinciaux, sinon pire, que le scandale des commandites pour les libéraux fédéraux. Ce qui mettra un terme à l’existence de ce parti tant au niveau fédéral que provincial. Désolé « mini-rePET » !

D’Ailleurs, le PLQ est déjà reparti sur un autre nom… ! Et oui, ce parti se nomme : La CAQ. Le même programme, la même clientèle (les riches), même « aplatventrisme » devant Ottawa et les mêmes politiciens! Mais par contre, sans le complexe d’afficher leur étiquette résolument de droite comme l’avait le parti libéral.

Et éventuellement, ils trouveront sûrement le moyen de contourner la future nouvelle loi sur le financement politique. Monsieur Legault est tellement pressé de prendre le pouvoir, « ça peut même pas »! Jamais ce petit monsieur restera quatre années sur les banquettes de l’opposition!

En plus d’enseigner l’histoire à nos enfants (y compris celle de la lutte contre la corruption qui existe depuis fort longtemps), il faudrait aussi instituer des cours d’éthique pour tous, dans tous les domaines. Nous serons bientôt à court de personnes intègres!