La chasse aux sorcières

La Ville de Montréal et Dessau partagent des vilains défauts: une aversion pour la transparence et le journalisme d’enquête.

Ma collègue Jeanne Corriveau rapporte aujourd’hui que l’employé ayant fait des confidences anonymes à La Presse, sur l’effritement des mesures de lutte à la collusion et à la corruption à l’hôtel de ville, a été suspendu pour cinq jours.

La Ville avait lancé une véritable chasse aux sorcières pour identifier ce sonneur d’alarme, considéré comme un «opposant» au directeur général, Guy Hébert, heureusement sorti par la porte du garage en début de semaine après son putsch raté contre le chef de police, Marc Parent.

Le rôle de l’Inquisiteur en chef est revenu au Contrôleur général, Alain Bond. Des sources ont confié à La Presse que M. Bond est davantage un nettoyeur général qui cherche à identifier et punir les fonctionnaires qui osent dénoncer les dérives.

Le relationniste de la Ville, Gonzalo Nunez, a déploré «un manquement sérieux à l’obligation de loyauté et de confidentialité» de l’employé. En épluchant ses relevés téléphoniques, le nettoyeur Bond a pu établir qu’il avait critiqué publiquement son supérieur en se confiant au journal sous le couvert de l’anonymat.

M. Nunez a même menacé La Presse de représailles si le journal utilisait le terme «chasse aux sorcières» dans son reportage.

Il n’y a qu’à Montréal, une ville infiltrée par les voleurs et les fraudeurs depuis une bonne décennie, où les sonneurs d’alarme sont traqués et punis tandis que les fonctionnaires corrompus tels que Luc Leclerc, Gilles Surprenant et autres François Thériault bénéficient d’une pleine retraite.

Cette aversion pour la transparence s’est manifestée aussi cette semaine lorsque les avocats de la Ville ont demandé une ordonnance de non publication ou un huis clos sur l’audition d’un grief de Normand Chagnon devant la Commission des relations du travail (CRT). Ce fonctionnaire de la Direction des stratégies et transactions immobilières (DSTI) a été rétrogradé dans la foulée de la vente à rabais des terrains du Faubourg Contrecœur.

M. Chagnon était un proche collaborateur de Joseph Farinacci, l’un des témoins les plus droits et les plus intègres entendus jusqu’ici à la commission Charbonneau. M. Farinacci a fait tout ce qui était en son pouvoir pour empêcher la vente des terrains à l’entrepreneur Paolo Catania, aujourd’hui accusé de fraude dans cette affaire avec sept coaccusés, dont l’ex président du comité exécutif, Frank Zampino.

À l’évidence, la Ville a des choses à cacher. Elle veut empêcher que M. Chagnon vide son sac en public à la CRT comme Joseph Farinacci l’a fait à la commission Charbonneau.

Quand vient le temps de museler les journalistes, il n’y a pas de différence entre les organismes publics et les entreprises privées.

Dessau, le numéro 3 du génie conseil au Canada a nié avec véhémence que ses cadres participaient au financement illégal des partis politiques… jusqu’à ce que le vice-président, Rosaire Sauriol, passe aux aveux à la commission Charbonneau.

En recourant à un stratagème de fausse facturation, Dessau a remis la rondelette somme de deux millions de dollars, en argent comptant, aux partis politiques. La firme a aussi acheté pour près d’un million de dollars de billets pour les cocktails de financement du Parti libéral du Québec (PLQ) et du Parti québécois (PQ).

Quand Dessau été montrée du doigt par les journalistes d’enquête pour le financement illégal des partis, en 2009 et 2010, le président et chef de la direction, Jean-Pierre Sauriol s’est lamenté dans les pages idées des quotidiens montréalais des «insinuations injustes» à l’encontre de son entreprise. «Jamais au grand jamais avons-nous cherché à enfreindre quelque loi ou voulu manquer à quelque règle que ce soit», écrivait-t-il noir sur blanc. Peu de gens chez Dessau étaient au courant du financement illicite des partis, a expliqué Rosaire Sauriol lors de son témoignage. Il y avait lui, et son grand frère Jean-Pierre.

Même si les frères Sauriol avaient les quatre mains dans les poches des contribuables montréalais, avec la complicité de Frank Zampino, ils ne se gênaient pour intimider les journalistes, comme le rappelle Alain Gravel sur son blogue.

Au printemps 2010, les avocats de Dessau avaient menacé de poursuivre Radio-Canada, qui s’apprêtait à diffuser un reportage sur le financement illégal des partis par les firmes de génie conseil. Dessau avait prévenu la société d’État qu’elle la tiendrait responsable des torts et des dommages causés à son image et à sa réputation.

Voilà une noble cause. Si les Sauriol tiennent tant à l’image et à la réputation de Dessau, ils devraient songer à se poursuivre eux-mêmes.

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