La CLASSE, alliée de Jean Charest?

L’une des rares choses que craignait Jean Charest et ses stratèges au moment de lancer une campagne électorale estivale, c’est que les étudiants encore en grève décident de rentrer en classe, laissant la population (dont ils font partie) trancher le débat sur les frais de scolarité le 4 septembre, quitte à se mobiliser de nouveau en fonction des résultats.

Si la «majorité silencieuse» dont le chef libéral parle depuis le début de la campagne se rend aux urnes avec d’autres sujets que les étudiants en tête, ses chances de réélection se réduisent comme peau de chagrin.

Mais à voir les premiers votes de grève et les premières déclarations et gestes des membres de la CLASSE, Jean Charest peut pousser un soupir de soulagement. Le piège est en train de se refermer.

«La seule munition que l’on pourra donner [au PLQ], c’est de ne rien faire», a soutenu aujourd’hui Jeanne Reynolds, co-porte-parole de la CLASSE.

En fait, c’est l’inverse.

Jean Charest a beau affirmer le contraire, sa volonté de profiter du conflit étudiant est apparue clairement dès le jour 1 de la campagne. S’il ne voyait pas ce facteur comme un avantage, il n’aurait pas démarré sur les thèmes de la loi et l’ordre, de «la rue» et de la stabilité. «Depuis plusieurs mois, c’est la rue et c’est ceux qui parlent fort. Là, c’est tout le monde qui va parler», a-t-il déclaré dès le départ.

L’arrivée de Jacques Duchesneau avec la Coalition avenir Québec était en train de faire déraper son plan en ramenant le thème de la corruption au centre du débat, ce qu’il souhaite éviter.

Depuis quatre jours, il devait prier très fort pour que les étudiants les plus radicaux ne rentrent pas dans le rang, question de lui redonner l’avantage du thème. Il veut polariser le débat, faire de ces élections un référendum sur les frais de scolarité.

Jean Charest peut difficilement être perdant si le conflit étudiant remonte à la surface. Les sondages du printemps montraient que la population appuyait la hausse des frais de scolarité dans une proportion allant de 60 à 65 %. C’est le double des intentions de vote du PLQ.

À l’extérieur de Montréal, où la vaste majorité des courses électorales se trouvent, le mouvement étudiant n’a pas la cote. Les images de manifestations, d’édifices bloqués ou de violence sont très mal reçues. Pauline Marois n’a pas retiré son carré rouge pour rien.

Léo Bureau-Blouin, qui a visiblement le jugement politique le plus sûr des leaders étudiants, savait ce qu’il disait en réclamant une «trêve électorale». Les radicaux du mouvement étudiants, notamment ceux de la CLASSE, pourraient bien aider Jean Charest à se faire réélire. Dans le domaine du «contre-productif», difficile de faire mieux.

Surtout que la population sait maintenant où tous les partis se situent sur cet enjeu. Et que le conflit est assez récent pour qu’il demeure en tête au moment du vote, sans avoir besoin des manifestations et des risques de dérapages. Les grèves à venir sont donc des «grèves préventives» (puisqu’on ne sait pas le résultat des élections) qui ne mobiliseront pas davantage ceux qui croient à cette cause et qui avaient l’intention de la porter dans l’urne. S’attarder à faire sortir le vote des jeunes serait plus utile.

Pour faire passer son message, il a une différence entre une grande manifestation pacifique arc-en-ciel le 22 août (à 10 jours du scrutin), et un jeu d’affrontements quotidiens avec la police dans les rues de la métropole ou des «perturbations nationales», qui sont autant de munitions à Jean Charest.

Voici un passage de mon texte «Le poids des syndicats» publié en mai dans le magazine. La citation du président de la FTQ, Michel Arsenault, qui me racontait la mise en garde qu’il a faite aux leaders étudiants lors de la ronde de négociations avec le gouvernement, début mai, est révélatrice de la crainte qui règne chez les alliés du mouvement étudiant.

Pendant le marathon de négociations des 4 et 5 mai, les associations étudiantes et les trois syndicats occupent deux locaux adjacents de l’édifice de la Banque Nationale, boulevard René-Lévesque, à Québec. Les étudiants discutent, prennent position, puis cherchent conseil auprès des syndicats, avant de revenir à la table de négociations.

Vers 19 h, la pause-souper réunit les trois chefs syndicaux et les étudiants dans le local de ceux-ci. Michel Arsenault raconte des histoires de jeunesse : les grèves, les négociations tumultueuses, l’emprisonnement des chefs syndicaux en 1972, lors d’une crise avec le gouvernement Bourassa… C’est le silence autour de la table. « Je voulais dire aux jeunes de ne pas pousser leur luck, qu’il ne faut pas aller trop loin. Il faut savoir quand faire un compromis. Le gouvernement Bourassa a été réélu avec une majorité écrasante en octobre 1973 en jouant la carte de la loi et l’ordre ! Est-ce qu’ils veulent que ça arrive avec Charest ? »

Si Jean Charest peut difficilement pâtir d’une recrudescence du mouvement étudiant, le risque est beaucoup plus grand pour le Parti québécois et la Coalition avenir Québec.

Dans le cas du PQ, Pauline Marois a porté le carré rouge tout le printemps. Elle a dans ses rangs un ancien leader étudiant (aussi habile soit-il). Jean Charest va marteler son message et Pauline Marois devra passer son temps à «condamner la violence» et tenter d’expliquer sa position. Pendant ce temps, les autres annonces du PQ vont passer sous le radar.

Le PQ va tenter de canaliser le vote étudiant, mais Marois devra se méfier de Québec solidaire et d’Option nationale sur sa gauche, dont les chefs portent encore le carré rouge avec une position très claire sur le sujet.

La Coalition avenir Québec voit aussi venir cette bombe à retardement avec appréhension. Ce n’est pas pour rien que François Legault a précisé sa position sur les frais de scolarité et la Loi 78 quelques jours avant le début de la campagne. Le printemps avait marginalisé la CAQ, qui ne parvenait plus à attirer l’attention. Le risque de disparaître existe toujours. François Legault a beau avoir offert une hausse des frais de scolarité plus modérée et promis de mettre fin aux dispositions les plus controversées de la Loi 78 sur le droit de manifester, il sera peinturé dans le même coin que les libéraux, qui ont l’avantage sur ce terrain.

La seule chance de François Legault de continuer à tirer son épingle du jeu est son excellent début de campagne électorale. S’il s’impose comme une option crédible, les citoyens réfractaires au mouvement étudiant (ou fatigués) pourraient y voir une alternative aux libéraux de Jean Charest, notamment sur le plan de la loi et l’ordre. Mais le pari n’est pas gagné.

Les prochains 10 jours seront cruciaux pour la suite de la campagne.

Ajout:

La démission de Gabriel Nadeau-Dubois de son poste de co-porte-parole de la CLASSE ne change pas le haut niveau de risque politique pour la rentrée.

Les libéraux seront privés de cette figure articulée – mais très polarisante – sur laquelle ils aimaient bien casser du sucre. Mais GND n’était pas seul dans les manifestations. Il ne contrôlait rien. Le texte «Mon congrès de la CLASSE», paru dans L’actualité début mai, le démontre bien. Lui-même l’a souvent répété.

Même si tout un pan du mouvement étudiant souhaite être pragmatique durant cette campagne électorale – comme le montre les votes aux cégeps de Saint-Jérôme et Valleyfield – la lettre de démission de Gabriel Nadeau-Dubois montre bien que pour un fort segment du mouvement étudiant, il sera difficile de rester calme pendant cette campagne électorale.

Il écrit:

«Le climat d’ébullition politique et sociale que nous avons contribué à mettre en place au Québec doit impérativement se poursuivre dans les prochains mois et les prochaines années. Les critiques soulevées par la jeunesse québécoise ce printemps sont beaucoup trop profondes pour être réglées par une campagne électorale de 35 jours.»

Un accent très militant, presque révolutionnaire, qui va plus loin que la bagarre des frais de scolarité. Il y a un tiraillement  dans le mouvement étudiant entre cette position idéologique à long terme et la volonté de beaucoup d’étudiants de régler cette crise avec une entente sur les droits de scolarité.

Ce jeu de souque à la corde entre ces deux visions va dicter l’allure des prochains jours. Et d’une partie de la campagne électorale.

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Jean Charest portera toujours l’odieux d’avoir fait traîner le conflit en longeur et il devra surtout faire la démonstration qu’il peut résoudre le conflit. Compte-tenu des nombreux écarts verbaux de ses minsitres conçernant les étudiants, cela semble peut propable.À mon avis, ce conflit n’est à l’avantage de personne.

Je crois que les seules qui ne comprennent pas les enjeux sont les membres de la CLASSE… Leur stratégie démontre le peu d’envergure des dirigents.

Intéressant de constater à quel point un groupe (les étudiants) qui prétendait agir pour le bien commun deviendra, par son aveuglement ou sa posture idéologique l’instrument de la réélection d’un gouvernement corrompu qui saigne sans vergogne le Trésor public depuis des années.
Comme ils ne veulent entendre de conseils de personne, ils feront la démonstration que leur cause à eux est plus importante que le bien commun, soit la mise au rancart de ce gouvernement hostile à une gouvernance honnête et démocratique.
Ah, oui, mais j’oubliais; la gauche, quelle qu’elle soit, a toujours raison. Elle a oublié un petit détail: il faut prendre le pouvoir pour cesser de pérorer et remplacer la droite.

Autant le Gouvernement Trudeau s’est servi de la GRC pour commettre des gestes illégaux lors de la crise d’octobre 70, autant il est fort probable que le Gouvernement Charest soit à la source des fauteurs de troubles qui s’immiscent dans les contestations étudiantes. A voir à qui le crime rapporte et, après tout, Charest est loin d’être un enfant de choeur.

C’est clair que les interventions de Jean Charest sur le sujet sont paternalistes à outrance et ne visent qu’à provoquer les étudiants. Souvenez-vous de son discours inaugural de campagne électorale où il disait que dans sa famille de cinq enfants; chacun devait faire sa part et rapporter son assiette vide à la cuisine et patati et patata…

La Classe veut la réélection de Charest. Elle ne croit pas au processus démocratique et elle veut provoquer des changements de société. La réélection de PLQ est le meilleur moyen pour que la marmitte saute.

Bon! déjà en commençant ça m’donne pas l’goût de vous lire plusss « La seule chose que craignait Jean Charest… » Vous êtes dans sa tête, êtes-vous branché directement sur ses pensées? êtes-vous devin? pour ainsi AFFIRMER que Jean Charest craint…en plus « LA SEULE CHOSE » Mais qu’est-ce que c’est que ces élucubrations? et tout le reste qui suit votre raisonnement ne peut que qu »induire en erreur les lecteurs. Vraiment VOS AMALGAMES et vos suppositions me font l’effet d’un suppositoire…

Au lieu d’enquêter sur des histoires surréalistes comme celle voulant que le PM aurait interrompu une enquête policière, Radio-Canada devait enquêter pour voir si le PLQ n’a pas placé des agiteurs au sein de la Classe pour faire le plus de grabuge possible.

Avez-vous écouté Lapierre à soir? Partout en province où il va, les gens lui parlent des manifs à Montréal et pensent voter Charest.
Comme ces jeunes ne sont pas des idiots, je me dis qu’il y a quelqu’un qui tire les ficelles quelque part

Et si, à la place de dire que Charest est troooooppp intelligent et que son plan fonctionne à la perfection, vous disiez que l’on encore la preuve que celui-ci est incapable de régler quoi que ce soit ?

Vous êtes peut-être vous aussi, sans le vouloir, un complice de son hypothétique plan.

Pour moi , la classe n’est que des jeunes insatisfaits , avec beaucoup de roitelets et sans aucune connaissance du passé .
Car , ils sont en train de répéter les grandes erreur du passé .

Ils profitent , d’un peuple déresponsabilisé et attend que autres neutralisent ces rêveurs .

Car il est anormal , de foute le bordel sans oppositoins comme maintenant .

Je peux affirmer , qu’ils ont tout le chemin ouvert , de faire ce qu’ils veulent presque .

Et , ils incorporent ou ramassent , tout les insatisfaits du systeme ou de la société présente .

Juste a regarder les participants a leurs manifestations , qui n’on pas de rapport avec eux , ainsi , que les tappeux de chaudrons , qui suivent la parade , sans savoir ce qu’ils font vraiment ou sans savoir , ce que leurs participations peut causer comme rebonds .

Oubliez , l’augmentation des frais de scolarité , rien a voir avec leurs demandes . Mais , il faut ce demander quelles demandes .Pas très très clair et vraiment embrouillé , comme pas possible .

D’accord avec l’ensemble de votre analyse. J’ajouterai cependant que la ré-élection de Jean Charest ne dérange pas les leaders de la Classé; ils-elles (pour se conformer à leur laborieuse obsession féministe) sont à l’aise dans les situations de confrontation. Ils-elles le souhaitent presque. Ils-elles se croient dépositaire du salut prolétaire. Ils-elles n’ont rien à cirer du problème constitutionnel, ni de celui du déclin du français à Montréal. Ce sont des jusqu’au-boutistes qui ne se réalisent que dans l’affrontement avec l’autorité; quelle qu’elle soit. Ils-elles affirment être contre l’anarchie mais font tout pour l’installer en se drapant de grands principes égalitaires. Ils-elles se targuent de démocratie-directe mais ne se formalisent pas de se contenter d’une infime participation à leurs votes de grève.

Ils-elles ne vivent pas sur la même planète que l’ensemble de la population et vont peut-être permettre un autre 4 ans de corruption, de cynisme et de dilapidation des richesses nationales. Un règlement de la crise comme le propose le PQ serait une défaite pour eux-elles.

Bon-bonne soir-soirée.

Monsieur Castonguay,

Je trouve votre analyse éloquente et cependant peu convaincante. La CLASSE est formée de jeunes un peu plus politisés que la majorité si ce n’est que leurs préoccupations sont les mêmes que tous les jeunes, tout comme les jeunes ont les mêmes préoccupations que la plupart des membres de la population.

Il existe au Québec un noyau assez conséquents de citoyennes et citoyens de tous âges qui sont plutôt favorisés par la vie, car ils collent au système québécois et savent en retirer tous les avantages. On comprend que ces personnes préfèrent un parti qui les conforte dans leurs positions.

De ce fait cette frange de la population votera contre vents et marées pour le parti dans lequel elle s’identifie le plus, peu importe que la loi et l’ordre prime, peu importe que ce parti soit corrompu ou ne le soit pas, peu importe qu’ils y ait des étudiants insatisfaits ou bien pas.

Beaucoup de gens d’ailleurs au Québec n’aiment viscéralement pas les étudiants, car beaucoup de personnes hélas n’ont pas même atteint le niveau du secondaire 5, ce qui ne les empêchent pas de percevoir quelquefois parmi les plus gros revenus de la Province.

Ces personnes sont contre le changement, car le changement aurait pour effet qu’elles devraient se remettre en question. Si demain les Universités et les Cégeps devaient se vider, si le décrochage scolaire devait s’accroître alors qu’il est déjà critique. Il n’est pas à douter que le Québec sombrerait rapidement dans les affres de la dépression, si bien que les années noires suivant la crise de 1929 deviendraient en un rien de temps purement anecdotiques. À ce moment là la loi et l’ordre deviendra : la répression et l’ordre, elle touchera tout le monde incluant celles et ceux qui se croient encore en la minute présente appartenir au noyau de celles et ceux qui sont intouchables.

Je ne pense pas que Jean Charest cherche à profiter de l’agitation étudiante pour forcer sa réélection.

M. Castonguay a tout à fait raison. Nonobstant l’opinion qu’on peut avoir sur le sujet, il est clair que toute forme de turbulence d’ici aux élections, sera à l’avantage du gouvernement sortant. Tous les chroniqueurs politiques, observateurs et mêmes les alliés syndicaux des étudiants partagent ce point de vue. L’attitude de étudiants s’apparente au syndrome du gars qui fait parti d’un défilé et à qui on fait remarquer qu’il n’est pas synchronisé avec le reste du défilé et qui répond: « Non ce n’est pas moi qui n’est pas synchronisé, ce sont les 200 autres qui ne sont pas synchronisés avec moi. » La reprise du grabuge est souhaitée et inespérée pour les libéraux et il serait étonnant que les leaders étudiants ignorent cela. L’enflure du conflit étudiant a créé des personnalités publiques instantanées. Les médias ont donné une importance démesurée à ces nouvelles célébrités. Le règlement du conflit étudiant risquerait de les retourner dans l’anonymat. Et si au fonds, les libéraux et les leaders étudiants étaient des alliés objectifs. Les libéraux ont besoin d’un bouc émissaire pour se faire réélire; certains leaders étudiants ont besoin d’une cause pour exister médiatiquement.

Que Charest et ses corrompus entre ou pas cela ne changera rien à la victoire des étudiants car il poursuivront Charest jour et nuit élu ou pas.
MICHEL

Très intéressante description des enjeux entourant cette question des frais de scolarité et de la place du conflit étudiant.

Reste à voir comment la CLASSE réagira. Tout est là.

Tout d’un coup que la stratégie l’emporte sur le nécessaire combat? Tout d’un coup que la prochaine manifestation du 22 soit emprunte de pacisfisme, et que la grogne s’exprime par la douceur, un peu comme à l’époque de Gandhi..Tous enrober d’une grande écharpe rouge luisant.

La Classe est une organisation de gauche qui prend ses voeux pour la réalité en oubliant que les deux tiers des jeunes sont conformistes en ajoutant ceux qui ne vont pas à l’université comme les étudiants universitaires plus conservateurs majoritaires par exemple que l’on trouvent à l’Université Laval et moindrement à l’université de Montréal comparativement pour l’Uquam.

La Classe est bien davantage à gauche que QS, un moment, un tel déni du pragmatisme, un tel manque de recul par rapport à l’humanité qui tel -fait l’ange fait la bête- est sidérant.

Que les professeurs de l’Uquam, de l’université de Montréal invitent les membres de la Classe pour une rencontre ce qui se passe est insensé.

Seule la trêve peut battre les libéraux.

Les étudiants des CEGEP s’inclinent devant la volonté de notre Premier Ministre, Monsieur Jean Charest et la CLASSE est en pleine débandade.

La réalité finit toujours par rattrapper la gauche. Suffit de faire en sorte de limiter les dommages qu’ils peuvent faire pendant leur joug.

On peut se demander, de quelle planète viennent les grèvistes étudiants; il semble que le seul but dans la vie soit la confrontation et l’affrontement: les études; c’est bien secondaire.

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