La Colline assiégée

L’attentat de mercredi est le deuxième à cibler les services de sécurité canadiens en trois jours. Il n’y a aucune raison de croire qu’il sera le dernier. 

Photo: Adrian Wyld/La Presse Canadienne
Photo: Adrian Wyld/La Presse Canadienne

PolitiqueOn l’appelle la colline du Parlement, mais en réalité, c’est une grande pelouse en pente douce. Les adeptes de yoga s’y comptent par centaines durant les beaux après-midis d’été. Lorsque je visite d’autres capitales, surtout européennes, nos édifices parlementaires m’apparaissent par comparaison immenses et très exposés.

La sécurité a été renforcée au fil des ans. Après le 11 septembre 2001, il a fallu quelques semaines avant qu’un changement soit perceptible. Les agents de la GRC en civil se plaignaient que n’importe qui pouvait franchir les portes de l’entrée principale du parlement. Cette voie d’accès a par la suite été réservée aux seuls visiteurs enregistrés.

La porte ouest, qu’utilisent les députés pour se rendre à la Chambre des communes, a été interdite aux journalistes. Les touristes doivent faire la queue au sous-sol et se soumettre à un détecteur de métal. Une fois à l’intérieur, leurs mouvements sont fort restreints. De nombreuses zones du parlement sont réservées à ceux qui y travaillent. Les véhicules ne peuvent s’y rendre que par un seul point d’accès, à un coin de rue de là.

Mais qui pensait-on berner ainsi ? Un assaillant déterminé et lourdement armé n’avait besoin que de quelques secondes pour surgir de la rue Wellington et se rendre jusqu’à l’entrée principale. Il y a eu des précédents. En avril 1989, un autocar Greyhound avait été détourné et il avait fini sa course sur la pelouse devant le bâtiment. En 1996, une voiture avait embouti les portes de l’entrée principale. Et les événements de ce matin nous rappellent que la rue Wellington est aussi accessible que n’importe quelle autre rue du pays. Tout peut arriver.

Peu avant 10 h ce matin, je marchais dans cette rue en direction de la Colline, les écouteurs sur les oreilles. J’ai ressenti une agitation, sans comprendre ce qui se passait. Des passants, l’air angoissé, regardaient en direction du parlement. J’ai entendu un cri derrière moi et me suis retourné. Un policier tout en noir, fusil à la main, courait droit sur moi et me criait de m’écarter de son chemin. Ce que j’ai fait avec empressement.

Plus tard, j’ai compris que cette scène s’était déroulée moins de cinq minutes après que Josh Wingrove, journaliste du Globe and Mail qui couvrait le caucus hebdomadaire des conservateurs dans le parlement, eut souligné par l’intermédiaire de Twitter avoir entendu des coups de feu dans l’édifice. Quatorze voitures de police étaient déjà sur la Colline. De nouvelles voitures arrivaient de toutes les directions, tout comme d’autres collègues journalistes. Nous avons entrepris d’interviewer des témoins, avant d’être interrompus par des policiers, puis des militaires, qui élargissaient le périmètre de sécurité d’un coin de rue toutes les 30 minutes.

Les dernières informations, que mes collègues s’occupent de recueillir au moment où j’écris ces lignes, expliqueront le reste. Voilà ce que je sais du contexte. À partir du 11 septembre 2001, peut-être avant, ceux qui travaillent à Ottawa ont compris que la colline du Parlement pouvait être une cible. En 2006, la police a désamorcé un plan de qualité douteuse qui visait à prendre d’assaut le parlement et, vraisemblablement, à décapiter le premier ministre. On entend parfois dire que la sécurité du PM a été renforcée, et certains collègues en profitent pour se moquer de Stephen Harper. Selon eux, si Harper a besoin d’augmenter le nombre de policiers qui l’entourent, c’est principalement pour une question d’orgueil. Je n’ai jamais prisé cette remarque sarcastique. Nous ne savons pas ce qu’il sait.

L’attentat de mercredi est le deuxième à cibler les services de sécurité canadiens en trois jours. Il n’y a aucune raison de croire qu’il sera le dernier. Le plus étonnant est que ça ne soit pas arrivé auparavant. Pour une raison que j’ignore, après le 11 septembre, les groupes extrémistes ont semblé vouloir reproduire un attentat du type World Trade Center, avec son nombre exorbitant de victimes. Les petites opérations spontanées, comme celles qui se sont déroulées à Saint-Jean-sur-Richelieu et au centre-ville d’Ottawa, ont toujours été une possibilité, qu’on commence maintenant à exploiter.

Les événements de mercredi ne signalent pas la fin d’une époque d’innocence pour le Canada. Ce serait insulter les Canadiens que de le suggérer. Tout au long de l’intervention militaire en Afghanistan, les officiers canadiens insistaient : le conflit devait se dérouler là-bas pour éviter qu’il ne se transporte ici. Mais un pays ne peut se transformer en prison. Comme sa capitale, le Canada est un vaste territoire ouvert. Personne ne peut savoir ce qui l’attend.

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Paul Wells est chroniqueur politique au magazine Maclean’s.

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TOUS les drapeaux dans TOUTES les provinces Canadiennes devraient être en berne pendant 24 heures et TOUS les parlements de notre Fédération devraient entonner en chœur dans leurs enceintes respectives notre bel hymne national composé par des Québécois: Ô Canada!

D’accord, allons-y avec le deuxième couplet:

Sous l’oeil de Dieu, près du fleuve géant
Le Canadien grandit en espérant
Il est né d’une race fière
Béni fut son berceau
Le ciel a marqué sa carrière
Dans ce monde nouveau
Toujours guidé par sa lumière
Il gardera l’honneur de son drapeau (bis)

Comment ce fais t’il qu’un individu puisse entre au parlement aussi facilement avec toute la securite qui l’entoure ??

Surtout qu’ils savait deja ce qui ce passait avec le garde tue au monument

Il y a eu environ 10 minutes entre les 2 attentats. Ca n’a pas ete une surprise pour la securite !!!!!!!!!!
Que c’est t’il passe ?????????? Ou etait la securite ?????????
Si moi je me presentait sur la colline avec une arme visible, comme c’etait le cas, je ne crois pas que j’irais tres loin !!!!!!!!!!!!! Je crois qu’il y a encore beaucoup a faire pour la securite du parlement.

Le gars de la rue es arrete just a regarder la batisse du parlement.

Le teroriste peux se permettre d’entre par la grande porte et l’attention est porte vers lui apres que le dommage est fais.

BONNE JOURNEE

Bizarrement le Service de Renseignements Criminels Canadiens connaissait ce type, même que son identité leur a été révélé par les Renseignments Américains . Malgré les informations qu’ils détiennent ils ne croient pas nécessaire de rencontrer ce gars et le faire voir par un spécialiste qui analyserait son état psychologique. Une détention préventive et une vérification de son état mental peut être que ça aurait été utile.

C’est bizarre, vous avez dû manquer les nouvelles, car c’est exactement ce qu’ils ont souhaités faire dans le cas Martin Couture-Rouleau : plusieurs rencontres avec sa famille, des spécialistes, même son Iman pour le « déprogrammer » et cela n’a pas fonctionné. Quand à la détention préventive, c’est plate, mais au Canada (et en plus au Québec) on ne met plus les gens en prison quand ils commettent des crimes graves alors imaginer les mettre en prison quand ils n’ont pas encore commis de crime…

On ne peut se mettre à l’abri de tous les cinglés du monde, dont le Canada abrite sa part. Ces minus gouvernés par la haine, la passion ou des croyances dignes du Moyen-Âge ont seulement besoin d’une cause pour passer à l’acte. Autrefois, c’était l’anarchisme et de pauvres têtes fêlées se sacrifiaient en tenant à la main un écrit de Bakounine. Aujourd’hui, c’est autre chose. Les attentats par des fanatiques ne datent pas d’hier.

Le Canada n’est pas un pays innocent, loin de là. Il a son histoire de colonialisme et a ses propres démons, comme tous les autres pays. Mais quand un gouvernement élu avec moins de 40% des électeurs décide de déclarer la guerre, alors on peut s’attendre à ce genre d’incidents car ça prend 2 parties pour faire une guerre. Ce qui est le plus triste cependant c’est que le gouvernement Harper profite de cette tragédie pour restreindre les libertés civiles et augmenter les pouvoirs de la police et des services de sécurité comme le SCRC. S’il y a eu laxisme sur la sécurité au Parlement c’est une chose qui peut se remédier facilement mais de là à changer les lois il y a un pas qui ne devrait pas être franchi.

On sait maintenant que très probablement cette tragédie est le fait d’une seule personne, très probablement dans un délire mystique alimenté par la propagande de l’ÉI et agissant de sa propre initiative, comme l’auteur de l’assassinat de St-Jean-sur-Richelieu. Ces gens veulent semer la terreur mais surtout répandre à travers le monde leur idéologie fasciste, théocratique où le fanatisme religieux gouverne. Or, en tombant dans le piège de la restriction des libertés civiles, le Canada glisse dangereusement vers ce genre de gouvernance où tout est un prétexte pour restreindre les droits humains.

Je crois qu’il était loin d’être nécessaire d’aller en guerre dans un pays loin d’ici, où l’instabilité politique fait partie de la réalité quotidienne et où seuls des dictateurs sanguinaires (Bachar, Saddam) pouvaient garder le couvert sur une marmite inter-ethnique et inter-religieuse bouillonnante. Ce sont des conflits régionaux qui ne se gèrent que par les gens impliqués, dans cette région, et pas par les puissances étrangères: elles y étaient comme puissances coloniales et le résultat est la situation que l’on retrouve aujourd’hui. En bombardant l’EI on bombarde aussi les populations civiles qu’on appelle les dommages collatéraux pour éviter de dire les vraies choses… Le Canada n’a pas à être la police du monde.

En terminant, je désire offrir mes plus sincères condoléances aux familles des deux victimes de ces tueurs fanatiques. Ils étaient au mauvais endroit au mauvais moment et leur mort n’a aucun sens. Les auteurs de ces crimes ne sont pas des combattants ennemis mais de simples criminels, des assassins qui ont eu le sort qu’ils méritaient.