La COVID-19 n’est pas sexiste et ne fait pas d’âgisme

Non, les jeunes adultes ne sont pas « moins à risque » : le virus ne discrimine pas selon le sexe et ni l’âge chez les adultes au Canada.

Illustration : iStockPhoto

Plus tôt cette semaine, Statistique Canada a publié ses premières données préliminaires à propos de la propagation de la COVID-19 au Canada. Bien que StatCan n’a pas encore répertorié l’entièreté des infections rapportées de façon quotidienne par les provinces, il est possible, avec cet échantillon de plus de 3 000 cas, de constater quelques observations intéressantes sur la propagation de la COVID-19 au Canada.

1- Exception faite des moins de 20 ans, le coronavirus ne discrimine pas selon l’âge

Données : Statistique Canada

Voici une comparaison entre les groupes d’âge de la population selon les données du dernier recensement canadien (colonnes noires) et le poids de chaque groupe d’âge dans l’ensemble des infections confirmées au Canada (colonnes bleues).

Comme vous pouvez le constater, chaque tranche d’âge (outre celle des moins de 20 ans) est touchée plus ou moins proportionnellement au Canada. Par exemple : les 20 à 39 ans constituent 26 % de la population canadienne et 27 % des cas d’infections confirmés jusqu’à maintenant ; les 50 à 59 ans forment 15 % de la population canadienne et 18 % des infections.

Certes, nous remarquons au Canada et dans d’autres pays que le taux de mortalité est beaucoup plus imposant chez les citoyens plus âgés, mais il serait faux d’affirmer que les jeunes adultes ont des taux d’infections moins élevés ou qu’ils sont « moins à risque » que les personnes âgées.

Pour les adultes, le virus ne discrimine pas selon l’âge.

2- Jusqu’à maintenant, le coronavirus ne semble pas discriminer selon le sexe

Données : Statistique Canada

Toujours selon les données du recensement, les femmes forment environ 51 % de la population canadienne. Près de 48 % des cas rapportés sont des femmes, et 51 % des hommes. Cette différence est-elle statistiquement significative ?

Au premier coup d’oeil, la réponse est non. Néanmoins, au cours des prochains mois, lorsque des données plus étoffées (et nombreuses) selon le sexe et les tranches d’âge seront disponibles, nous pourrons tirer des conclusions plus définitives. Jusqu’à maintenant du moins, il semble bien que le coronavirus affecte les Canadiennes et les Canadiens de façon proportionnelle.

3- Au Canada, plus de 60 % des cas proviendraient de transmission communautaire

Nous savons que cette épidémie-devenue-pandémie est apparue dans la métropole chinoise de Wuhan. Puisque les données préliminaires de StatCan indiquent que près de 63 % des cas répertoriés au Canada n’étaient pas en lien avec un voyage à l’étranger, on peut déduire qu’une majorité de Canadiens auraient été infectés par transmission communautaire :

Données : Statistique Canada

En contraste, 37 % des infections au Canada toucheraient des personnes ayant été en contact avec un cas lié au voyage ou qui ont elles-mêmes voyagé à l’extérieur du Canada dans les 14 jours précédant l’apparition de la maladie.

Selon les données de l’Université Johns Hopkins, le Canada aurait maintenant atteint le seuil de 10 000 infections confirmées. Au moment d’écrire ces lignes, nous recensons plus de 980 000 infections sur la planète et nous devrions franchir la barre du million d’infections plus tard aujourd’hui.

Le Québec, parmi les meneurs au Canada en nombre de tests effectués par habitant, compte près de la moitié des cas confirmés au Canada. Toutefois, il est fort possible que les chiffres ailleurs au Canada soient sous-estimés, car l’Ontario, la province populeuse du Canada, se classe 10e sur 10 provinces quant au nombre de tests effectués par habitant.

Soyez prudents, chers lecteurs et lectrices. Aidez à freiner cette propagation et restez chez vous si vous le pouvez.

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Vous avez des questions sur la COVID-19 ? Consultez ce site Web du gouvernement du Québec consacré au coronavirus.

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4 commentaires
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En complément de l’article de monsieur Fournier, j’aimerais signaler les travaux effectués par l’Université de Bâle (Suisse) en corrélation avec d’autres pôles universitaires dont le projet « Nextstrain » permet la traçabilité des virus pathogènes.

Grâce au séquençage génétique (analyse génomique) il est possible de retracer le cheminement des virus puisque ceux-ci vont de mutations en mutations. Le lien suivant permet de voir le projet sur une base graphique et ludique :
https://nextstrain.org/narratives/ncov/sit-rep/fr/2020-03-05

Sous la forme arborescente notamment, il est possible de visualiser la propagation du nCoV. (Covid-19) et voir comment il se répartit (et mute) par pays et par régions.

Si les tous premiers cas de contamination ont été relevés à Wuhan (province de Hubei), nous pouvons relever que la principale souche qui a contaminé la Colombie-Britannique serait attribuable à un génome provenant de Chongqing (province du Sichuan). Une autre souche provenant d’Iran a été identifié dans cette même province.

En Ontario, c’est une souche provenant directement de Wuhan qui serait la principale source de la contamination.

Pour des métadonnées plus détaillées, on peut consulter la page suivante :
https://github.com/nextstrain/ncov/blob/master/data/metadata.tsv

Selon les données préliminaires telles que présentées par monsieur Fournier, la transmission communautaire serait effectivement un facteur premier de la propagation puisque les personnes atteintes dans les autres provinces l’auraient été par les souches identifiées en Colombie-Britannique et en Ontario.

Évidemment, tout ceci est donné à titre indicatif, puisque l’ensemble des datas n’ont pas encore été toutes compilées où que ce soit. Toutefois cela plaiderait de ce que nous savons pour l’instant, en faveur de la prévention et de contrôles fait en amont.

Si au Canada nous devons nous réjouir d’une propagation assez bien contenue pour le moment, il n’en est pas de même dans d’autres endroits. Et comme nous ne sommes pas à l’abri d’autres pandémies, il devient essentiel de savoir le plus tôt possible où commencent toutes formes d’infections.

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Cher Monsieur Drouginssky,

Merci encore d’avoir partagé et analysé des informations complémentaires de grande qualité.

Pas mal pour un « prof-âne »!

Scientifiquement vôtre

Claude COULOMBE

J’aimerais corriger certaines affirmations énoncées dans cet article. L’affirmation selon laquelle le coronavirus ne discrimine pas selon l’âge est peut-être vrai, mais l’histogramme présenté indique le contraire!

Première rectification: la distribution d’âge des personnes infectées n’est pas exacte, puisque la somme des fréquences observées ne totalise pas 100%. L’erreur provient des 5% de valeurs manquantes (âge non déclaré) pour certaines personnes infectées. Les fréquences observées sont plutôt égales à 4%, 29%, 17%, 19%, 17%, 9% et 6%, respectivement (après erreurs d’arrondi).

Pour comparer la distribution (corrigée) des catégories d’âge observée avec celle de la population canadienne, on peut utiliser un test statistique dit du khi carré (ce test est présenté dans un premier cours d’introduction à la statistique au niveau collégial). Le test donne un résultat fortement significatif: en d’autres termes, les deux distributions ne sont pas identiques. Et même si j’enlève la première tranche d’âge des 0 à 19 ans (ce qui revient à créer un biais de confirmation), le résultat demeure significatif.

Conclusion: la distribution d’âge des personnes infectées par le coronavirus dans ce groupe de 3000 personnes ne reflète pas celle de la population canadienne. Des données additionnelles pourront certainement confirmer ou infirmer cette assertion.

Deuxième rectification: bien que les pourcentages observés quant au sexe des personnes infectées ne semblent pas très différents de ceux de la population canadienne, ces pourcentages sont tout de même statistiquement différents! On peut s’en convaincre en utilisant le même type de test statistique (test du khi carré mentionné ci-haut).

Une omission flagrante à mon avis quant au sexe des personnes infectées concerne les décès. Des données préliminaires de plusieurs pays semblent montrer que les décès sont plus fréquents chez les hommes que chez les femmes, dans des proportions d’environ 60/40. Donc, affirmer que le coronavirus ne discrimine pas selon le sexe me semble à tout le moins hasardeux. Par ailleurs, sur les 14 décès déclarés en date du 29 mars dans le groupe des 3000 personnes infectées, il y a 9 hommes et 5 femmes.

Je présume que l’auteur a voulu montrer que le virus ne discriminait pas selon l’âge et le sexe afin de sensibiliser toute la population aux mesures de précaution nécessaires pour ralentir sa progression, mais les affirmations énoncées dans cet article ne sont pas supportées par les données présentées. L’enfer est pavé de bonnes intentions.

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C’est aussi faussement vrai de dire que la COVID-19 ne fait pas de discrimination quand on regarde le nombre de décès attribués à cette maladie. Loin s’en faut!

Le taux de décès des gens de moins de 50 ans ne représente que 1% du total des décès! Ce n’est pas de la « discrimantion »?

https://www.inspq.qc.ca/covid-19/donnees

Même si c’était vrai (ce qui semble faux selon l’analyse faite plus haut) pour la partie transmission, d’occulter la partie mortalité est de très mauvaise foi selon moi.

Je comprends que l’on veuille « faire assez peur pour éviter que les gens plus jeunes ne se sentent pas concernés » mais la méthode pour s’y prendre est très critiquable d’un point de vu journalistique.

Franchement, je suis déçu.