La culture contre le Bonga-Bonga

Un événement particulier s’est déroulé, en Italie, le 12 mars dernier, jour de 150e anniversaire de la création de l’Italie.

À l’Opéra de Rome, ce soir-là, on joue Nabucco, de Verdi, opéra emblématique de la liberté italienne. Après la finale, le « Va Pensiero » chanté par le choeur des esclaves, il se passe ceci:

[Après que les appels pour un « bis » du « Va Pensiero » se soient tus, on entend dans le public : « Longue vie à l’Italie !« ]

Le chef d’orchestre Riccardo Muti : Oui, je suis d’accord avec ça, « Longue vie à l’Italie » mais… [applaudissements]

Muti
 : Je n’ai plus 30 ans et j’ai vécu ma vie, mais en tant qu’Italien qui a beaucoup parcouru le monde, j’ai honte de ce qui se passe dans mon pays. Donc j’acquiesce à votre demande de bis pour le « Va Pensiero » à nouveau. Ce n’est pas seulement pour la joie patriotique que je ressens, mais parce que ce soir, alors que je dirigeais le Choeur qui chantait « O mon pays, beau et perdu« , j’ai pensé que si nous continuons ainsi, nous allons tuer la culture sur laquelle l’histoire de l’Italie est bâtie. Auquel cas, nous, notre patrie, serait vraiment « belle et perdue« .

[Applaudissements à tout rompre, y compris des artistes sur scène]

Muti
 : Depuis que règne par ici un « climat italien », moi, Muti, je me suis tu depuis de trop longues années. Je voudrais maintenant… nous devrions donner du sens à ce chant ; comme nous sommes dans notre Maison, le théatre de la capitale, et avec un Choeur qui a chanté magnifiquement, et qui est accompagné magnifiquement, si vous le voulez bien, je vous propose de vous joindre à nous pour chanter tous ensemble.

C’est alors qu’il invita le public à chanter avec le Chœur des esclaves. « J’ai vu des groupes de gens se lever. Tout l’opéra de Rome s’est levé. Et le Chœur s’est lui aussi levé. Ce fut un moment magique dans l’opéra. »

« Ce soir-là fut non seulement une représentation du Nabucco, mais également une déclaration du théâtre de la capitale à l’attention des politiciens. »

https://www.youtube.com/watch?v=7vQ_uQsITko&feature=player_embedded#at=105

(Merci à l’alertinternaute Daniel C. pour ce signalement.)

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L’homme est capable du meilleur et du pire. Comment expliquer la présence d’un bouffon comme Berlusconi à la tête d’une nation si grande et si fragile à la fois ?

Les dirigeants rétrogrades sont élus par des populations fragilisées par les conditions socio-économiques précaires et par la peur cultivée par des opportunistes. Ça, on le sait.

Ce qui est formidable, c’est de réaliser que la beauté triomphe toujours ultimement et que la culture impose une élévation de l’esprit que n’arrivent jamais à assassiner les rapetisseurs de têtes.

Très beau moment émouvant, même les dames du chœur…pleurent.

Merci pour nous diriger cette vidéo.

ouaaah ! Una lacrima sul viso. Et en plus, il paraît que Berlusconi était dans la salle.

La voix humaine est l’instrument le plus puissant, le plus chargé de sens et d’émotions. Quand on sait chanter, évidemment. Et la musique de Verdi est la plus belle à mes oreilles, celle qui atteint mon cœur avec le plus de puissance. Verdi a composé va pensiero et Nabucco peu de temps après le décès de sa femme, qui n’avait que 26 ans, et de leurs deux enfants, morts à l’âge de 1 et 2 ans. Il y a beaucoup de mélancolie personnelle dans cette musique. C’est reconnu comme un chant patriotique, mais la musique parle au cœur de l’homme qui est dévasté par la vie, par tout ce qui se passe autour de lui.

Verdi s’est en fait beaucoup inspiré de la littérature française. Nabucco est basé sur une pièce du théâtre français. Il s’inspire aussi de Victor Hugo, dont la pièce Le Roi s’amuse devient le grand chef-d’œuvre verdien Rigoletto. Verdi est venu près d’abandonner Rigoletto plusieurs fois, suite aux menaces de censure. L’histoire n’est pas ouvertement politique, mais il dû travailler néanmoins en secret sur cet opéra.

Quand j’ai la rage au cœur contre l’injustice des hommes, c’est ce passage de Rigoletto que j’aime écouter, cette condamnation de la classe dirigeante, de race damnée d’assassins, prête à tout pour de l’argent :

http://www.youtube.com/watch?v=a5SvjjWK2qQ

Ce grand appel à la liberté qu’est le Va Pensiero est toujours des plus émouvant. Mais ici, chanté par le choeur et les spectateurs après l’invitation de Muti qui s’insurge poliment contre la bassesse des dirigeants de l’Italie, il nous touche profondément.

Si j’avais été dans la salle, je n’aurais pu chanter une seule ligne tellement j’aurais pleuré. Même devant mon ordinateur, c’est ce que j’ai fait.

Merci pour cette poignante vidéo.

Merci!Merci!Jean-François Lisée pour ce beau cadeau de PÂques, qui tout en chantant, m’a fait aussi pleuré de joies . Que tous les chefs d’orchestre se tiennent debout comme l’a fait Riccardo Muti, et nous aurons un pays peuplé de gens responsables et fièrs d’être des bâtisseurs et non des destructeurs de nos valeurs fondamentales, de justice et de paix.L’art sera toujours un outil de pacification.

Quel moment! J’adore ce chant qui vient toujours chercher en moi des émotions vives, comme à bien d’autres. Mais ici, je ne crois pas avoir jamais entendu, ni vu, rien de si grandiose. Surtout précédé par les paroles douces, posées, d’un chef d’orchestre. Un vrai chef, lui.

Oui, j’ai eu les yeux mouillés aussi. Il y a toujours du bon dans le genre humain. En fait, il y a surtout de ça. Mais une poignée ne pensent qu’à eux, là-bas, comme ici. À quand des dirigeants qui dirigent pour le bien-être des gens?

Merci