La démission des électeurs

L’élection ontarienne s’est conclue jeudi par une victoire libérale. Même minoritaire, Dalton McGuinty peut célébrer, lui qu’on donnait perdant il y a six mois. Le conservateur Tim Hudak, pour sa part, a accru ses appuis et son nombre de sièges, mais cette défaite est la sienne puisqu’il a laissé lui échapper une avance d’environ 10 points dans les sondages. Quant à la néo-démocrate Andrea Horwath, elle jubilait. Son parti a réalisé sa meilleure performance depuis les années Rae et, en plus, il détient la balance du pouvoir.

Le résultat le plus frappant de cette élection reste cependant le taux de participation qui a atteint un plancher historique pour l’Ontario : 49,2 % des 8 761 095 électeurs inscrits. Les libéraux ont obtenu  37,5 % des quelque 4 295 000 voix exprimées, ce qui veut dire cependant seulement 18,4 % des électeurs inscrits, selon Démocratie en surveillance.

Au niveau fédéral, les conservateurs de Stephen Harper ont obtenu la majorité qu’ils souhaitaient le 2 mai dernier en récoltant 39 des votes exprimés, mais l’appui de 24 % seulement des électeurs inscrits.

Et ce n’est pas parce qu’il est difficile de voter. Tous les bureaux de scrutin sont à distance de marche, ou à peu près. Le vote par anticipation se déroule maintenant sur plusieurs jours. Il est possible de voter par la poste. On vante souvent le vote électronique pour résoudre ce problème, mais ce ne serait qu’une option de plus, pas la panacée que certains prétendent pour inciter les jeunes à voter.

Les gens ne votent pas par paresse, insouciance, désintérêt ou encore dégoût pour la politique telle qu’on la connaît. Il n’y a pas de réponse toute faite. Éducation civique, changement de ton du discours politique, réforme du mode de scrutin, les propositions de remèdes ne manquent pas, mais leur effet sera limité si les idées et la vision ne sont pas au rendez-vous. Et là, la balle est dans le camp des partis.

Peu importe la raison, la démobilisation des citoyens et le fait que nos gouvernements accèdent au pouvoir avec l’appui du quart ou moins des électeurs éligibles posent des risques réels : la mainmise d’une minorité sur le système démocratique et la perte croissante de légitimité des gouvernements en place et de leurs politiques.

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Bien que je sois content que monsieur McGuinty s’en sorte plutôt bien puisque c’était mon candidat favori… Comme québécois je ne participe pas au vote… Mais j’ai le droit d’avoir mes préférences….

Je partage tout à fait votre opinion sur le faible de taux de participation. Si on ajoutait à cela les gens qui ne se donnent même plus la peine de s’inscrire sur les listes électorales, les immigrants reçus qui peuvent être au Canada depuis quelques années et qui n’ont pas de droit de vote faute d’avoir la nationalité ; il est probable qu’on s’apercevrait que la participation est encore plus faible qu’on ne le pensait.

Tout le monde a bien sûr son interprétation. Je pense toutefois que l’absence d’instruction ou d’éducation civique ne contribue pas à donner au citoyens le goût de la participation aux exercices démocratiques. Je pense que le manque ou l’absence d’engagement politique y est aussi pour quelques choses. Je pense que le rôle joué par toute sorte de politiciens (je ne songe pas que ce soit le cas de monsieur McGuinty) détourne une grande partie la population de l’intérêt publique.

Aussi, c’est un peu triste de jouer les cyniques si ce n’est que la politique devient de plus en plus perçue comme une affaire de gros sous. Alors pourquoi aller voter dès lors qu’on est capable de tirer son épingle du jeu ?

Ce qu’il faut, c’est un retour à de vraies valeurs telles que l’honnêteté, la probité et la sincérité.

Un grand nombre de citoyens ne participe plus du tout à la vie politique. Ils refusent systématiquement de s’y intéresser de quelques manières que ce soient.

Alors, qu’ils n’aillent pas voter, est une bonne chose en soi. S’ils iraient voter, ils choisiraient celui avec le plus belle coiffure, ou celle avec le décolletée le plus plongeant.

Mieux vaut avoir moins de votants, mais avoir des votants bien informés, et intéressés. Dans ces conditions, même un taux de participation de 25% me paraît acceptable. Ceux qui ne vont pas voter acceptent implicitement que d’autres choisissent à leur place.

Si on veut améliorer la participation de la population aux élections, il faudrait commencer par faire de l’éducation civique. Or, dans les écoles, malheur au professeur qui osera parler de politique à ses étudiants. Il sera rapidement accusé de propagande, et suspendu.

Les taux de participation aux élections chutent. On pourrait même dire qu’ils sont en chute libre.

À tort ou à raison les citoyens semblent avoir perdu confiance dans le système politique. Qu’offrent les gouvernements face à la situation ? Rien. Parce que dans les faits cela leur convient. Ils peuvent gouverner et de toutes façons faire ce que bon leur semble. Pourquoi s’interrogeraient-ils sur la santé de la démocratie ?

La démocratie ça n’intéresse pas les gouvernements. Seul le pouvoir les intéresse.

Et si les citoyens manifestent leur ras-le-bol en refusant de jouer le jeu de l’élection ils ne bougeront pas.

Si les citoyens manifestent leur mécontentement dans la rue, ils enverront les flics les tabasser. Ils abuseront de la force, qui dans leur esprit est la «violence légitime» de l’État et c’est tout.

Nous sommes collectivement dans une impasse c’est clair, et pour ma part je ne vois pas d’issue. Quelqu’un a-t-il des idées ?

»Si les idées et la vision » étaient au rendez-vous, comme vous dites, les gens voteraient en grand nombre. Quand on a convaincu les gens de l’importance de l’enjeu, ils exercent leur droit de vote. Ex.: 95% des Québécois ont voté au référendum de 1995.

Aussi, je suis pleinement d’accord: la balle est dans le camp des partis politiques et aussi, en partie, dans l’éducation citoyenne, à l’école notamment.

Extrait de l’Actualité du 15 octobre 2011, article « Pas dans ma cour! ». Bruce Anderson, du cabinet de relations publiques National d’Ottawa exprime ce qui suit:

« Quand on fait des sondages, on constate que 70 % de la population suit les débats publics de loin. Mais les 30 % restants, ceux qui s’y intéressent de près, ont plus de moyens qu’avant pour se faire entendre, grâce aux grands médias et aux réseaux sociaux. Plus besoin d’écrire une lettre à la main et de l’envoyer par la poste ! Leur influence est donc plus grande. Nos recherches montrent que cette tranche de 30 % de gens actifs compte pour 80 % du débat public. On dit souvent à nos clients qu’il faut être ciblé, que ça ne sert à rien de tenter de parler aux 70 % de gens qui s’intéressent peu aux débats. »

Difficile de trouver quelqu’un qui s’y connaît mieux dans ce domaine.

Dans cette optique, quand 50% des gens se déplacent pour aller voter, cela est excellent. On réalise même qu’il y a encore du potentiel à la baisse.

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