La dérive d’un certain féminisme

La Fédération des femmes du Québec reçoit des fonds publics pour s’occuper des questions qui touchent à l’égalité homme-femme. Son rôle n’est pas d’être un porte-parole de l’extrême gauche, dit Frédéric Bastien.

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Photo : Toma Iczkovits/Newzulu

PolitiqueComme c’est souvent le cas depuis plusieurs années, j’éprouve un malaise devant le discours de certains groupes féministes à l’occasion de la Journée internationale de la femme.

Les causes qu’ils épousent donnent l’impression qu’après avoir gagné de grandes batailles au cours des dernières décennies, une partie de celles et ceux qui disent lutter pour l’égalité homme-femme manquent désormais d’ennemis. Cette situation entraîne parfois une surenchère absurde.

Prenons l’exemple de la Fédération des femmes du Québec (FFQ). Dimanche dernier, ce groupe de pression n’a trouvé rien de mieux pour marquer le 8 mars que de défiler contre l’exploitation des sables bitumineux et le bellicisme du gouvernement fédéral. Pour la présidente de l’organisme, Alexa Conradi, il importe de dépasser le «simple droit des femmes». Les féministes doivent aussi faire preuve d’une «conscience sociale citoyenne».

Selon la FFQ, l’industrie du pétrole accroît la prostitution et la violence faite aux femmes. Bien sûr, l’exploitation de cette ressource est dommageable pour l’environnement. L’essor économique et démographique fulgurant qu’ont connu certaines régions rurales, où l’on exploite les sables bitumineux, peut également amener son lot de problèmes sociaux. Je ne vois toutefois pas en quoi ces questions relèveraient de l’égalité homme-femme.

Toujours sur le même registre, Alexa Conradi dénonce ce qu’elle décrit comme la politique militariste du gouvernement Harper. Celui-ci ne chercherait qu’à «régler les problèmes avec la militarisation et la guerre». Tout cela relèverait d’«une culture de domination», qui s’accompagne d’«une augmentation de la violence faite aux femmes».

Si la présidente de la FFQ parle ici de la participation canadienne à la mission militaire en Irak — et je vois mal de quoi d’autre il pourrait s’agir —, on est en droit de se demander en quoi l’action du gouvernement conservateur nuit aux femmes.

Le groupe armé État islamique pratique le viol, la traite des femmes et l’esclavage, pour ne nommer que quelques-unes de ses coutumes barbares. Madame Conradi pense-t-elle qu’il faut les combattre en organisant des marches pacifiques ? Ne voit-elle pas que ces fanatiques sont les premiers à commettre les pires exactions contre les femmes, et qu’il s’agit là d’une raison de lutter contre eux ?

La FFQ reçoit des fonds publics pour sa mission, laquelle consiste à s’occuper des questions qui touchent à l’égalité homme-femme. Son rôle n’est pas d’être un porte-parole de l’extrême gauche. Nous sommes ici devant un détournement de mandat.

Or, il y a certainement encore des batailles à mener.

Prenons le cas des mariages forcés. Cette pratique constitue une atteinte flagrante à l’égalité des sexes dont les femmes sont victimes.

Que dire aussi du taux élevé d’avortements quand l’échographie dévoile que le bébé à naître est une fille ? Que penser des pressions que subissent certaines musulmanes qui refusent de porter le voile ? Ce genre de situation dégénère parfois en crime d’honneur, comme ce fut le cas en Ontario pour la jeune Aqsa Parvez, il y a quelques années.

Malheureusement, on dirait que la Fédération des femmes du Québec est guidée par la rectitude politique. Elle semble craindre par-dessus tout d’être accusée de montrer du doigt les immigrants issus de pays où les femmes sont traitées en citoyennes de seconde zone.

Par conséquent, elle passe sous silence des situations qui constituent pourtant des atteintes à l’égalité homme-femme. Dans le cas du voile islamique, elle en défend même le port.

À force de critiquer tout et son contraire, peu importe son lien avec la condition féminine, la Fédération des femmes du Québec s’éloigne de sa mission. Au mieux, on cesse de la prendre au sérieux ; au pire, elle suscite une levée de boucliers. En agissant de la sorte, ses membres finissent par nuire à la cause qu’elles disent vouloir défendre.

* * *

À propos de Frédéric Bastien

Frédéric Bastien est professeur d’histoire au Collège Dawson et l’auteur de La Bataille de Londres : Dessous, secrets et coulisses du rapatriement constitutionnel. Il détient un doctorat en histoire et politique internationale de l’Institut des hautes études internationales de Genève.

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29 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Et si ça adonne que le libre-marché capitalisme nuit à l’égalité homme-femme? Parce que c’est ça qui arrive…

C’est faux, les hommes et les femmes sont plus riche et libre grâce au capitalisme. Les femmes peuvent aujourd’hui se démarrer des entreprise dans les domaines qu’elles aiment et faire de l’argent grâce au capitalisme.

M. Bastien, ca prend un certain front pour définir le rôle d’un groupe féministe. En fait, cela relève du paternalisme, soit une forme de machisme envers les femmes. Bref, votre article est assez ironique. De plus, je ne sais pas trop ce que vous apparentez à l’extrême gauche au Québec, mais il faudrait vous envoyer en Europe pour que vous comprenez un peu ce que «extrême» et «gauche» signifie, de préférence dans une manifestation avec des drapeaux noirs et rouges… Bref, une vision assez simpliste aussi dans cet article. Dommage qu’elle aille une tribune aussi importante que celle de l’Actualité.

La gauche et la droite se comparent difficilement entre pays. La droite canadienne serait probablement à gauche aux USA et la gauche québécoise serait probablement la droite dans des pays scandinave. D’ailleurs, le Québec a la particularité d’avoir une gauche nationaliste, ce qui est souvent l’apanage de la droite au niveau international.

Pour faire du pouce sur votre propos, vous ne devez pas trouver qu’il y a une droite québécoise si vous la comparez à la droite francaise. Nous avons la chance d’avoir une droite libérale au lieu d’une droite conservatrice, isolationniste et xénophobe. Vous n’avez que prendre le terme libéral et ce qu’il signifie en France et aux USA. Vous verrez qu’il a une signification tout autre.

Vous devriez vous passer de faire la leçon. Il n’y a pas une droite absolue comme il n’y a pas une gauche absolue. Il est absolument nécessaire de les replacer dans leur contexte national. M.Bastien n’a donc pas errer dans son propos.

« M. Bastien, ca prend un certain front pour définir le rôle d’un groupe féministe. En fait, cela relève du paternalisme, soit une forme de machisme envers les femmes. Bref, votre article est assez ironique »

Suggérez-vous que les organismes qui reçoivent des fonds publics ne devraient avoir aucun compte à rendre, ou encore n’être l’objet d’aucune critique quant au mandat pour lesquels les fonds ont été accordé?

Il suffit d’avoir lu ne serait-ce qu’un peu sur les cultures viriles et sur ceux que Rudyard Kipling appelait les « hommes encasernés » (barracked men) pour savoir qu’il s’agit de milieux au sexisme patent. De l’armée à la marine marchande, des travailleurs de la construction aux sportifs professionnels, en passant par les douchebags de gym et de discothèque, subsiste cette socioculture sexiste, homophobe et violente. Placez maintenant ces hommes-là loin des normes d’une société policée, dans des « casernes » de travailleurs miniers ou pétroliers situées aux frontières de la « wilderness » et vous obtenez quoi? Leur retour à l’état sauvage et à une virilité débridée : langage ordurier, bravades et bagarres, abus d’alcool et de drogue, culture du viol et recours aux services de prostituées, etc. Mais bon, l’important c’est qu’ils aient de la soupe chaude, n’est-ce pas Rambo Gauthier?!?

Cette culture virile a non seulement été documentée par les journalistes, les féministes et les sociologues mais aussi… par les historien(ne)s du genre. Si seulement Frédéric Bastien avait fait ses devoirs…

Je ne vois en quoi votre commentaire représente une critique des propos de M. Bastien. Il dit (en résumé simpliste) : les organisations féministes devraient plutôt militer contre les injustices faites aux femmes (« les atteintes à l’égalité homme-femme) plutôt que contre les sables bitumineux et le gouvernement Harper. Bon, rien ne les empêche les féministes de manifester contre ça également, mais l’organisation qui reçoit des fonds publics a un mandat et l’auteur dit que cette organisation dépasse le cadre du mandat confié.

Il n’y a rien d’incohérent entre militer contres ces atteintes et ce qui se produit dans les micro-société dont vous parlez. À moins que vous suggérez qu’il soit légitime de militer pour l’élimination de ces micro-sociétés? Et ce, peu importe d’où provient le financement?

Vous avez bien raison monsieur Bastien, il semble bien que la Fédération des femmes du Québec ait perdu de vu la raison de leur existence.

Peut-on raisonnablement penser qu’elle tente de survivre financièrement et, que les subventions sont plus alléchantes que la cause? Plaire au pouvoir politique jusqu’en devenir un outil.

Peut-on encore espérer un éveil avant que l’on trouve normal que les hommes et les femmes n’aient pas droit à la même place?

Écoutez bien, les féministes, Monsieur Bastien vous demande de vous occuper de vos oignons: l’égalité homme-femme. La politique, les grandes questions sociales, l’environnement sont des questions sérieuses, qui doivent être traitées entre hommes, au sein des institutions appropriées, dominées par vous savez qui.

Idée pour ramener l’équilibre budgétaire au Québec: couper toutes les subventions à la FFQ!

Excellente suggestion. En ces temps où l’austérité agite toutes les lèvres, il importe de rationaliser le gaspillage des deniers publics. Couper les fonds à ces idéologues inutiles représenterait un pas dans la direction dictée par la raison.

Pour commencer, qualifier les groupes féministes «…l’extrême gauche…» ne fait pas très sérieux.

Ceci étant dit, je pense que le reste du texte se tient.

Personnellement, je suis passé de quelqu’un qui avait une écoute pour les groupes féministes, à quelqu’un qui en avait un peu excédé d’en entendre constamment parlé à quelqu’un à qui les groupes féministes me tombent un peu sur les nerfs.

Ce n’est pas que je rejette leur discours. J’ai beau ne pas être d’accord sur tout, j’essaie de ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Mais il y a plusieurs choses qui m’embêtent dont une qui, comme Frédéric le dit, qui est de constater qu’il leur manque un peu d’ennemis.

En effet, on a un peu l’impression que leur discours n’a pas suffisamment évolué. J’en ai discuté avec quelques femmes plutôt de gauche et je suis resté surpris (ou non) de constater qu’elles pensaient la même chose. Elles ne se retrouvent pas dans le vieux discours.

Il y a un double discours. Et je déteste les doubles standards. J’ai déjà vu une discussion (plutôt prise de bec) dans un forum qui résume bien la situation :
– Ben là, vous nous dites que si les femmes ont un problème ou qu’elles sont sous-représentées, c’est à cause de la méchante société machiste et paternaliste, que si les femmes réussissent, là c’est uniquement grâce à elles, mais que si les hommes ont un problème quelconque, c’est de leur faute?
– Vous avez enfin compris.

Je ne vois vraiment pas pourquoi il faudrait avoir une oreille attentive avec des gens qui refusent le dialogue ou, carrément, qui considèrent qu’il faut prendre ce qu’elles disent comme paroles d’évangile alors que c’est à sens unique.

Parlant des mines, j’ai déjà taquiné une femme qui travaillait pour un organisme qui travaillait pour les femmes dans une optique d’égalité (je la félicite en passant). Je lui ai demandé ce qui était fait pour qu’il y ait une meilleure représentativité des femmes dans les mines du tiers-monde (où les conditions de travaille sont abominables)? Elle n’a pas aimé ma question. Je n’ai pas insisté car le but n’était pas qu’elle se sente mal de faire ce qu’elle faisait.

Soyons honnêtes, on parle de l’égalité pour les femmes ici. Le reste ne compte pas.

Vous avez bien fait de ne pas insisté, commencer un débat en utilisant un sophisme démontre un manque de volonté à avoir une vraie discussion.

Quel sophisme? Ma question était tendencieuse mais pertinente. C’est d’ailleurs un des points que je critique dans mon texte. Ce n’est pas l’égalité mais l’égalité des femmes. Nuance. Il est tout à leur honneur que les femmes défendent leurs droits. Mais il ne faut pas confondre revendication d’égalité avec lobying…

« Pour commencer, qualifier les groupes féministes «…l’extrême gauche…» ne fait pas très sérieux. » (sic)

1994 – 2001 FRANÇOISE DAVID Présidente de la FFQ.

Case closed.

Alors, mettez en pratique votre théorie et ignorez-moi SVP!

Ça vous permettra de discuter entre seuls convertis.

I rest my case.

Les féministes doivent se solidariser avec les autres groupes de la société, mais sans faire de compromis avec les droits et la dignité des femmes. Une alternative existe par rapport à la Fédération des femmes du Québec qui a perdu de vu l’intérêt premier des femmes. Cette alternative s’appelle PDF Québec ( Pour les droits des femmes du Québec). Il est né en novembre 2013 afin de remettre la lutte pour les droits des femmes à la tête de l’agenda politique du féminisme. PDF Québec est un groupe mixte, non-partisan et laïque.

Excellent article qui semble avoir choqué ces militantes d’extrême-gauche dans les commentaires! Il pourrait être intéressant d’explorer le déplacement des groupes de pression vers cette gauche militante. La cause féministe (ou environnementale) n’a pourtant pas d’ a priori de gauche ou de droite. On cherche ici à être militant de gauche et d’ensuite d’y trouver des ramifications féministes. Par exemple, on est contre l’austérité, trouvons des conséquences négatives sur les femmes. On être contre Harper, trouvons une ramification féministe même en faisant fi que le militarisme actuel sert souvent à attaquer ce qu’il a de pire coté droits des femmes. On n’est plus militante féministe mais militante de gauche et ensuite féministe. C’est triste et cela explique le détachement de plus en plus marqué des jeunes femmes envers le féminisme.

Quand on n’est pas capable de vendre son produit (l’indépendance), qu’est-ce qu’on fait?
On dénigre tout simplement l’alternative (le Canada).

Félicitation pour votre article monsieur Bastien. En tant que femme, je ressens souvent un malaise le 8 mars, en constatant qu’on réclame tant de choses en mon nom. Heureusement, il y a eu l’article de Fatima Houda Pepin et le vôtre pour redonner un sens à cette journée.

Ça fait longtemps que je ne me reconnais pas dans l’agenda de la FFQ. Au lieu de dénoncer « la militarisation et la guerre », j’aurais souhaité que la FFQ se solidarise avec les femmes et fillettes yézédies réduites en esclavage, vendues aux enchères comme du bétail, violées, tuées. Et avec les femmes kurdes qui prennent les armes et défendent avec un courage incroyable leur terre et leur patrie.
Que dit la FFQ des cas des petites filles au Québec qui sont forcées de porter le voile? Rien. C’est une honte.

Deux causes nobles, fondamentales et essentielles, soit le féminisme et l’antiracisme, ont été noyautées depuis les années 80 par des groupes qui s’emploient à les faire dérailler. Probablement en manque d’actions radicales à l’époque, des militant(e)s se sont fabriqué de toutes pièces une mini-révolution théorique en y introduisant une pensée postmoderniste et anti-occidentale. Le résultat est que les discours comme les actions sont devenu confus.

Aujourd’hui, tout tourne autour de personnalités charismatiques (Conradi est une) ne supportant pas la contradiction (on l’a vu quand des militantes de longue date de la FFQ ont voulu parler de laïcité et qu’elles se sont fait tasser sans ménagement, sous de fausses accusations…). Quant aux militant(e)s qui restent, c’est la rage aux dents qu’ils/elles tirent à gauche et à droite sans être capable de développer une pensée cohérente, autre que d’affubler leurs contradicteurs d’attaques ad hominem enrobées de «buzz words» appris dans les «feminist studies» et autres «cultural studies». «Mansplaining!», «Paternaliste!», «Essentialiste!», etc. Non pas que ces concepts soient vides de sens, mais il sont le plus normalement lancés par automatisme à quiconque ôse critiquer; et surtout s’il s’agit d’un homme blanc. (On en voit de très beaux exemples, sans surprise, dans les commentaires ici.)

Quel gâchis.

Le problème avec les féministes, c’est que leur idéologie n’est élaborée que sur du mensong eet de la manipulation. Il s’agit d’une forme contemporaine de marxisme culturel où la lutte des sexes est substituée à la lutte des classes.

Bravo M. Bastien. Je suis tout à fait d’accord avec vous et salue votre audace et votre courage.

Rien qu’à voir le nombre exagéré de ces maisons d’hébergement qui reçoivent des millions de nos dollars pour être vide et se justifier avec un vieux discours féministe usée…