La diversité à la nouvelle Chambre des communes: bien mais peut faire mieux !

Tous les partis ne font pas les mêmes efforts pour présenter aux élections des femmes, des autochtones ou des membres des minorités visibles. 

Photo: Mario Beauregard/La Presse Canadienne
Photo: Mario Beauregard/La Presse Canadienne

PolitiqueEst-ce que la nouvelle Chambre des communes est représentative de la composition démographique du Canada dans son ensemble?

La proportion de femmes élues le 19 octobre a légèrement augmenté, passant de 24,6 % à 26,4 % des députés fédéraux. Ça demeure loin des 50,4 % qu’elles représentent au sein de la population générale.

La situation s’est améliorée dans le cas des autochtones, qui sont passés de 2,3 % à 3 % des députés fédéraux, ce qui est près de leur poids de 4 % dans la population.

Les minorités visibles sont aussi plus présentes au Parlement. Elles comptent pour 13 % des députés, comparativement à 9,1 % avant l’élection, et elles représentent 19,1 % de la population. Bref, la Chambre des communes ressemble plus que jamais au Canada d’aujourd’hui.

Mais est-ce que les partis ont fait assez pour promouvoir l’inclusion? Pour étudier cette question, il est utile de regarder la diversité des candidats qui se présentent, de même que la capacité des candidats venant de groupes sous-représentés à se faire élire.

Tous les partis ne font pas les mêmes efforts pour présenter aux élections des femmes, des autochtones ou des membres des minorités visibles. Le NPD en choisit presque trois fois plus que les conservateurs, et les libéraux, 1,7 fois davantage. Le Bloc québécois fait un peu moins bien que les conservateurs à ce chapitre.

Il faut aussi voir si tous les candidats ont la même probabilité d’être élus au sein d’un parti, peu importe leurs caractéristiques démographiques.

Pour ce faire, il faut comparer le taux de succès des candidats venant d’une catégorie sous-représentée avec celui des candidats masculins blancs. Chez les libéraux, cette comparaison révèle qu’un candidat venant d’un sous-groupe a plus de chances d’être élu qu’un homme blanc! Au NPD, la probabilité est presque identique. Chez les conservateurs et les bloquistes, la probabilité de se faire élire en tant que femme ou minorité visible est plus basse.

En règle générale, les femmes, les autochtones et les minorités visibles ont donc autant de chances de gagner qu’un homme blanc. La seule chose qui bloque leur accès à la Chambre des communes est le choix des partis de favoriser l’inclusion.

Les prochaines élections fédérales, en 2019, seraient une bonne occasion pour tous les partis d’augmenter encore plus la représentativité dans leurs rangs et de mettre leurs candidats issus de sous-groupes dans des circonscriptions potentiellement gagnantes. Il reste toujours un bout de chemin à faire avant d’atteindre une Chambre des communes composée de 50,4 % de femmes, de 4 % d’autochtones et de 19,1 % de membres de minorités visibles.

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9 commentaires
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Y’a 19% de minorités visibles au Canada??? Y’en avait pas 2% en 1960!
Ca veut dire que dans moins de 50 ans, les Blancs vont être minoritaires au Canada?

Je pense qu’une des sources du multinaturalisme (car le mot « culture » dans « multiculturalisme » est une tromperie involontaire), c’est que nos vertueux concitoyens de culture canadienne-anglais ont toujours cru, même après 1945, qu’être canadien-anglais était quelque chose d’héréditaire, de génétique, de transmis par le sang, quelque chose qu’on serait déjà à la naissance, donc quelque chose que personne ne saurait
DEVENIR. Le fait de prendre les peuples pour des races les rend inconnaissables les uns par les autres, car le délire de la race présume d’une paroi PHYSIQUE entre les peuples, héréditaire donc infranchissable, alors qu’en réalité, les peuples (« faits historiques et culturels » – Arendt ; « faits historiques et spirituels » – Croce) ne sont séparés les uns des autres que par leur ignorance mutuelle (qui elle est franchissable), vu qu’il y a une seule origine commune à tout le genre humain. Ce dont parle en réalité la citoyenne O’Laughlin avec ce comptage de faces, de trais physiques sur la base du concept de « visible minorities », c’est d’un saucissonnage RACIAL de l’humanité. Le moment est venu de sortir Hannah Arendt:

« Peu importe ce que des scientifiques chevronnés peuvent avancer : la race est, politiquement parlant, non pas le début de l’humanité mais sa fin, non pas l’origine des peuples mais leur déchéance, non pas la naissance naturelle de l’Homme mais sa mort contre nature. »

Ah, enfin seul. Réflexion faite, j’ai une petite correction à apporter à mon paragraphe ci-contre :

« Je pense qu’une des sources du multinaturalisme (car le mot « culture » dans « multiculturalisme » est une tromperie involontaire), c’est que nos vertueux concitoyens de culture canadienne-anglais ont toujours cru, même après 1945, qu’être canadien-anglais était quelque chose d’héréditaire.»

Je pense qu’un néologisme ne se justifie que lorsqu’il n’existe aucun équivalent, même approximatif, dans le vaste .éventail des termes déjà disponibles. Donc, pour dévoiler le vrai visage du prétendu « MULTICULTURALISME », plutôt que la néologie ‘MULTINATURALISME’, j’aurais dû dire : POLYGÉNISME. Voilà. La pensée raciale à la canadienne, outre le fait terrifiant qu’elle se prend pour un antiracisme, est en fait une variante du POLYGÉNISME, c’est-à-dire la croyance destructrice – martelée par l’anthropologie et l’ethnologie tout au long du 19e siècle – qu’il y aurait plusieurs origines du genre humain et non une seule.

« Bien qu’il ne stipulât pas une supériorité raciale prédestinée, le polygénisme isolait arbitrairement les peuples les uns des autres par les abysses d’une impossibilité PHYSIQUE des hommes à se comprendre et à communiquer. » (Hannah Arendet, In ‘Les origines du totalitarisme’, tome 2, chapitre 2 « La pensée raciale avant le racisme »).

Bien hâte de voir ce qu’ils feront lorsque la réalité les rattrapera…

Ça sent le « Obama » à plein nez.

Le concept de « minorité visible » signifie que l’on classifie les peuples et qu’on saucissonne l’humanité sur la base de traits PHYSIQUES (« complexion », « features », bref il ne manque plus que la physiognomonie et la craniométrie). C’est antiraciste, ça !? On peut très bien avoir une « tronche d’Asiatique » et ne pas être asiatique du tout.. On peut tout à fait être canadien-français et avoir la peau noire. On peut très bien être haïtien et avoir la peau blanche. Car comme le disait si bien le résistant antinazi Vercors dans son vigoureux « Discours aux Allemands » de 1947, ce qui caractérise l’Homme, c’est son échappée hors de la nature. C’est pour ça qu’aucun peuple n’est une race. Qu’on fasse passer pour de l’antiracisme cette lubie consistant à visser la culture dans la nature, cette mortifère sornette consistant à croire que la diversité humaine, qui est culturelle, serait en fait son contraire c’est-à-dire un fait naturel-biologique héréditaire, voilà une bien suffocante ânerie. Qu’y a-t-il de plus dangereux qu’un poison qui est pris pour un remède ?

Le cœur pourri du racisme, c’est le déterminisme biologique. Qu’on se le dise.

Oups ! Je me rends compte que contrairement à mes habitudes, je n’ai cité aucun antifasciste historique italien pour appuyer mon propos ! Voici donc Benedetto Croce, antifasciste seulement à partir de 1925 (à titre de sénateur libéral, il a même voté la confiance au gouvernement Mussolini APRÈS l’enlèvement de Matteotti, parce qu’il a bêtement cru aux promesses de normalisation du fascisme) antifasciste seulement à compter de 1925, dis-je, quand il rédige et cosigne le ‘Manifeste des intellectuels antifascistes’, Benedetto Croce par contre, avant comme après 1925, a toujours été un antiraciste de toute première force, attaquant ce mal très en amont – c’est-à-dire sur le terrain des pseudosciences biologisantes sécrétées par le positivisme – dès ses travaux de jeunesse de la fin du 19ème siècle. Comme il l’écrit rétrospectivement vers 1910, son objectif numéro un d’alors était de « combattre la tendance des sciences de la nature, pas moins forte alors qu’aujourd’hui, à intégrer l’histoire dans leurs schémas ». Car :

« La nationalité est un concept spirituel et historique, en devenir donc, et non pas un concept naturaliste et immobile comme celui de race. »

Et plus de vingt ans plus tard, dans ‘L’HISTOIRE COMME PENSÉE ET COMME ACTION’ (1938) :

« La division en races de l’humanité, sitôt qu’elle cesse d’être une simple classification et devient une réalité, est une cause de troubles pour cette humanité et, si elle en avait le pouvoir, elle la détruirait, en raison de la scission inguérissable qu’elle produit entre les peuples, qu’elle rend étrangers les uns aux autres.»

Donc, pour en revenir à notre point de départ, la notion de « minorité visible » substitue les races aux peuples en imaginant que les peuples, faits culturels et historiques, correspondent ou doivent être amenés à correspondre à des traits PHYSIQUES, à une soi-disant « complexion » et de prétendues « features », parce que dans cette pensée fourvoyée, on prend la culture pour la nature, c’est-à-dire des lanternes pour des vessies, par le truchement de toutes sortes d’euphémismes de race, comme « descent », « ancestry », « bloodlines », « lineage », « ethnic stock » et autres.

En fait, pour s’amuser à berner ces obnubilés biomorphiques, on pourrait orchestrer, sur une belle photo de famille, une fausse diversité à la québécoise, une sorte de stunt, d’attrape. Il suffirait de réunir des gens qui ont été adoptés à la naissance et élevés, ici ou là, au Québec par des gens de culture canadienne-française : par exemple un type à la peau noire, un autre à la peau blanche, une troisième aux « traits asiatiques ». Alors sur la photo, ça SEMBLE de la diversité, mais en réalité, ce n’est pas de la diversité du tout, car tout le monde (chaque fois dans une version différente il va de soi, car comme dit Hannah Arendt « il y a autant de façons d’être juif qu’il y a de Juifs ») tout le monde est de la même culture, à savoir canadienne-française. Le grand jack « noir » a été adopté à la naissance et élevé dans le Bas-du-Fleuve, la dame aux « traits asiatiques » ne parle aucune langue d’Asie car elle a beau ressembler à la vénérable star japonaise Shima Iwashita, sa première langue est le joual avant même le français et le contexte social où elle a grandi est celui, disons, de Montréal-Nord. Quant au type à la peau « blanche », surprise ! Ses parents étaient africains mais il est sorti albinos. Et lui aussi, bien sûr, est encore un canadien-français, élevé dans une relativement correcte famille canadienne-française et fréquentant une école francophone depuis toujours. Alors cette petite photo de famille où les gens ont une PIGMENTATION différente, il n’y a pas, en réalité, la moindre diversité CULTURELLE : sauf, à la rigueur, de légères différences de mœurs ou de mentalités entre le Bas-du-Fleuve et Montréal-Nord…

On ne peut pas savoir de quelle culture est une personne en voyant sa photo.

Aucun peuple n’est visible car aucun peuple n’est une race. Regrouper les gens par faciès, par traits PHYSIQUES, et former des catégories abstraites en fonction de ces lubies biomorphiques, revient à renverser l’Homme – cet être « non naturel par excellence », comme disait si bien Hannah Arendt – la tête en bas, gueule dans la boue. En un mot, le concept de « minorité visible » est un concept raciste, mais continuellement martelé par des gens qui se prennent, avec une absolue certitude, pour la statue de l’antiracisme guidant le monde.

Correction à mon premier message : « Discours aux Allemands » par Vercors date de 1949, pas 1947. Sorry for that..Un important Résistant français invité à s’adresser à des étudiants en Allemagne en 1949, ça devait être pas pire. Je me demande quelle atmosphère pouvait régner dans la salle. Enfin bref, ce discours fait partie du recueil d’essais ‘PLUS OU MOINS HOMME’, par Vercors, trouvable en français au Québec. Le thème de l’échappée hors de la nature, qui est au centre de son ‘Discours aux Allemands’, se trouve aussi, davantage développé et expliqué, dans le fulgurant essai ‘La sédition humaine’, toujours dans le même bouquin.

Les minorités « visibles » en tant que concept est dépassé et ne correspond pas à la réalité multiculturelle du pays. Par exemple quelle serait la différence entre un Libanais musulman et un Français catholique qui serait « visible » alors que la culture et l’identité sont très différentes. Même chose pour plusieurs personnes d’ascendance autochtone alors que souvent cette ascendance n’est pas « visible » mais existe bien quand même et est très forte – leur vision du monde est très différente de celle des gens de culture européenne (quoique en vivant côte à côte il y a souvent un certain métissage culturel). Par ailleurs, malgré leur petit nombre, les peuples autochtone devraient être représentés en tant que peuples au Parlement – ça découle directement de leurs droits fondamentaux de se gouverner eux-mêmes.

Il y a un mélange regrettable dans les propos du citoyen Pierre. Voici l’échantillon sur lequel j’ai travaillé. C’est moi qui souligne certains mots en me servant des majuscules.

«Même chose pour plusieurs personnes d’ASCENDANCE autochtone. Alors que souvent, cette ASCENDANCE n’est pas « visible » mais existe bien quand même et est très forte – leur vision du monde est très différente de celle des gens de CULTURE européenne (quoique en vivant côte à côte il y a souvent un certain métissage culturel).»

Si «cette ascendance n’est pas visible», c’est que justement ce n’est pas du tout une affaire d’ascendance. Il n’y a jamais rien eu d’héréditaire : il s’agit au contraire d’un fait culturel et historique, c’est-à-dire de quelque chose qui commence à nouveau avec l’arrivée de chaque nouvelle vie humaine dans le monde. La seule ascendance qui soit est, comme l’appelait fort justement Charles Darwin (qui, le Ciel ou la Fortuna soit loués, fut monogéniste dans un contexte, celui de la fin du 19e siècle, où prédominait le polygénisme) ce que Darwin appelait fort justement « THE DESCENT OF MAN », l’ascendance de l’Homme. Si « leur vision du monde est très différente », c’est parce que devenir mohawk, devenir cri, devenir algonquin, etc (quelque chose que personne n’est déjà à la naissance) implique un processus de civilisation, où les mentalités, les mœurs, les fameuses « valeurs », etc, sont façonnés par la vie historique, par la vie culturelle, par la vie spirituelle, par la vie sociale – bref, comme l’appelait si magnifiquement Hannah Arendt, « la vie au sens non biologique du terme ». Le fait d’être d’une Première nation, comme le fait d’être canadien-français, comme le fait d’être juif, comme le fait d’être congolais en général ou katangais en particulier, est un fait de civilisation: c’est-à-dire le contraire d’un fait racial. Peuple ou nationalité est le contraire de race parce que culture est le contraire de nature.

Plus on prend la notion de racisme en son sens le plus strict – donc aussi en sons sens le plus cauchemardesque, le plus mortifère – plus on sera d’accord avec cette observation du penseur Emmanuel Levinas dans un article tragiquement prémonitoire de 1934:

« Le racisme ne s’oppose pas seulement à tel ou tel point particulier de la culture chrétienne et libérale. Ce n’est pas tel ou tel dogme de démocratie, de parlementarisme, de régime dictatorial ou de politique religieuse qui est en cause. C’est l’humanité même de l’Homme. »

Et si pour le cas qui nous occupe, celui de nos concitoyens des Premières nations, on remonte en amont, à la racine du racisme, on trouvera toujours l’Indian Act de 1876, où le fait d’être autochtone est défini par le SANG.

Et voici ce que ça donne aujourd’hui, en aval. Voici deux points de vue rigoureusement contraires, par deux citoyens du territoire de Kahnawake dans le contexte du déchirant débat sur les expulsions de résidents non mohawks… ou considérés comme tels. Cela vient d’un article de ‘RUE 89’ daté du 17 avril 2010.

Vous pouvez choisir:

Ou bien Michael Delisle, alors Grand chef du Conseil de bande, favorable aux expulsions: «Nous sommes Mohawks par le sang. On ne devient pas Mohawk.»

Ou bien Tracey Deer, éditrice du journal ‘Eastern Door’ et opposée aux expulsions: «Ce sont les valeurs que l’on partage qui font de nous une communauté. Notre histoire, notre culture, notre langage. Pas notre sang.».

C’est transmis par le sang, dit l’un. Ce n’est pas transmis par le sang, dit l’autre.

Tels sont les termes du débat dont dépend « l’humanité même de l’Homme.»

Le peuple mohawk, comme n’importe quel peuple, n’est pas du tout une « race mohawk » : donc il s’agit d’un fait de civilisation acquis du vivant de chaque individu et non d’un fait héréditaire qu’on serait déjà à la naissance. Aucun bébé naissant, le jour de sa naissance, n’est déjà mohawk : il est, au contraire, sur le point de commencer à le DEVENIR. Être amérindien c’est l’être devenu. Il n’existe pas de « sang indien », pas plus qu’il n’y a de « sang juif » ou de « sang allemand ». Et dès que la génétique des populations, discipline fort utile au plan médical, prétend par arrogance ou par négligence se transformer en génétique des peuples, dès lors la justification pseudoscientifique du délire de la race est de retour.

Et précision, ici : ce n’est pas que les races n’existent pas, même si c’est presque ça. C’est bien pire que si elles n’existaient pas : c’est plutôt que la notion de race, applicable à la diversité animale, ÉTAIT pertinente quand nous n’étions pas encore l’Homme, quand nous étions encore « un morceau de nature parmi d’autres », pour reprendre l’excellent et précis vocabulaire du résistant Vercors dans son réquisitoire antinazi. Bref, ça nous correspondait quand nous marchions à quatre pattes, comme Victor l’enfant sauvage de l’Aveyron. Mais depuis que nous marchons debout, ça ne colle plus. Et c’est ce que comprenait parfaitement Hannah Arendt dans son chapitre conclusif sur le nazisme dans les ‘ORIGINES DU TOTALITARISME’: (1948) :

«C’est cette horreur qui est à la source des généralisations nihilistes et de l’assez grande plausibilité de leurs affirmations selon lesquelles, par essence, les hommes sont tous pareillement des bêtes. En réalité, l’expérience des camps de concentration montre bien que des êtres humains peuvent être transformés en des spécimens de l’animal humain et que la «nature» de l’homme n’est humaine que dans la mesure où elle ouvre à l’homme la possibilité de devenir quelque chose de non-naturel par excellence, à savoir un homme.»