La Floride et le Midwest, les clés de la réélection de Trump

Aux États-Unis, les sondages du dernier mois placent Joe Biden en avance dans quatre États clés. À six mois des élections, notre expert revisite les sondages de 2016… qui n’étaient pas si loin de la cible finalement. 

Crédit : L'actualité

Cette chronique s’adresse aux (nombreux) amateurs de poker… et aux (encore plus nombreux) amateurs de sondages.

Imaginez une main de poker Texas Hold’em. Vous tenez un 10 et un as. En guise de flop, le croupier dévoile les trois cartes suivantes : trois, six et valet. Vous n’avez donc rien, n’est-ce pas ? Éternel optimiste, vous vous dites : « J’avais déjà le 10 et l’as, puis maintenant le valet. Si les deux prochaines cartes sont une reine et un roi, j’aurai la quinte (straight) ! » Quelles sont vos probabilités d’obtenir ces cartes ?

Quand le croupier dévoilera la carte suivante, celle-ci devra être soit un roi ou une reine : donc une des huit cartes (quatre reines et quatre rois) sur les 47 autres, ce qui équivaut à une probabilité de 17 %. Maintenant, supposons que vous obtenez le roi sur le turn, la dernière carte (la river) doit être une reine, alors vous devez obtenir une des quatre reines sur les 46 autres cartes — une probabilité d’un peu moins de 9 %.

Les probabilités que ces deux événements surviennent en séquence ne seraient que d’un maigre 1,5 %.

Cette probabilité est faible, car les deux événements ne sont aucunement corrélés. En effet, les événements sont indépendants : si le turn est bel et bien un roi, cela n’augmente en rien les chances d’obtenir une reine sur la river (outre le fait qu’il y a maintenant une carte inconnue de moins).

En 2016, de nombreux observateurs politiques ont sous-estimé les probabilités de victoire de Donald Trump lors de l’élection présidentielle américaine, car ils n’avaient — par erreur ou par biais cognitif — pas pris en considération l’importante corrélation du mouvement du vote entre chacun des États clés qui pouvaient mener à la victoire. Un coup d’œil aux sondages par État et aux cartes des projections a mené plusieurs à affirmer que Trump devait gagner à la fois la Floride, la Caroline du Nord, la Pennsylvanie et presque l’entièreté du Midwest pour l’emporter, alors que les sondages montraient des courses serrées dans presque tous ces États. Quelles étaient les chances que Trump les remporte tous ?

À la fin de la campagne de 2016, la moyenne des sondages de la Floride montrait Trump et Clinton à égalité statistique ; Trump a remporté le Sunshine State par une marge d’un point. En Caroline du Nord, Trump détenait une avance moyenne d’un point et a remporté l’État par 3,6 points. En Pennsylvanie, Clinton détenait une maigre avance de deux points en moyenne, mais Trump fut le vainqueur par une marge de 0,7 point. Tous ces États étaient considérés des pivots (swing states) et, avec du recul, dans aucun de ces États pouvons-nous dire que les sondages ont réellement eu tort hors des marges d’erreur. Toutefois, ils sont tous tombés du même côté.

Dans le Midwest américain, les écarts entre les sondages et les résultats ont été plus prononcés : au Michigan, Clinton menait les sondages par quatre points, mais Trump s’est faufilé avec une minime marge de 0,3 point. Dans le Wisconsin, les sondages ont réellement eu tort : Clinton menait par six points en moyenne, mais Trump l’a emporté par 0,7 point.

Voilà donc pourquoi plusieurs ont faussement cru qu’une victoire de Trump était quasi impossible : en omettant le Wisconsin de l’équation, si l’on supposait que chacun des États ci-dessus était un pivot à 50-50 et que les résultats de chaque État étaient complètement indépendants, les chances que Trump les remporte tous auraient été d’environ 6 %… mais il n’en est rien, car les résultats d’un État à l’autre sont fortement corrélés. Si, par exemple, un petit pour cent des électeurs avec des profils démographiques similaires en Caroline du Nord et au Michigan devaient se tourner vers le même camp, cela ne changerait pas de façon significative les sondages de ces États, mais cela pourrait avoir un effet décisif au décompte des grands électeurs.

En effet, la victoire de Trump n’était pas le scénario le plus probable selon les chiffres disponibles, mais sa victoire n’était pas non plus comparable à remporter une main de poker en obtenant une quinte improbable sur le turn et la river. Ses chances de victoire ressemblaient plutôt à celle du Canadien de Montréal, saison 2019-2020, qui joue contre les Capitals de Washington un vendredi soir de novembre au Capital One Arena… et l’emporte 5 à 2.

En fait, il est étonnant de retourner à ces chiffres quatre ans plus tard et de constater que la plupart des sondages n’étaient pas si loin de la cible. Outre les sondages par État mentionnés plus haut, les sondages nationaux déclaraient Clinton en avance par une moyenne de 3 à 4 points. Or, Clinton a remporté le suffrage par une marge de 2,1 points — bien à l’intérieur d’une marge d’erreur raisonnable.

À quoi ressemble le portrait préliminaire pour 2020 ? Voici tous les sondages nationaux du dernier mois mesurant le face-à-face Biden-Trump :
À six mois du scrutin, nous pouvons affirmer que Joe Biden détient probablement une avance nationale de 3 à 6 points sur Donald Trump. Toutefois, le portrait par État n’est pas aussi favorable pour le candidat démocrate.

Considérez la carte suivante :
Les sondages du dernier mois placent Joe Biden en avance dans les États clés de la Floride, de la Pennsylvanie, du Michigan et du Wisconsin. Cependant, aucune de ces avances ne peut être qualifiée de « bonne avance », alors l’incertitude demeure (et est sans aucun doute alimentée par la surprise de 2016). La Caroline du Nord et l’Ohio, historiquement des États chaudement contestés lors des élections présidentielles, penchent toujours du côté de Trump.

Voici le décompte actuel des États solides, probables, enclins et pivots pour chacun des deux partis :
Surveillez en particulier les États sur la ligne des pivots : en 2016, Trump les avait tous remportés, sauf le Nevada et le New Hampshire.

Avec les données présentement disponibles, Biden est modestement favori pour l’emporter :

Ces probabilités ressemblent à celles d’un simple lancer de dé : un à quatre, Biden l’emporte ; cinq et six, Trump est réélu. Alors l’incertitude demeure.

Nous suivrons les sondages américains au cours des prochains mois et jusqu’au jour du vote le 3 novembre prochain. Les projections de chaque État sont publiées et mises à jour régulièrement sur la page américaine de Qc125.

Vous avez aimé cet article ? Pendant cette crise, L’actualité propose gratuitement tous ses contenus pour informer le plus grand nombre. Plus que jamais, il est important de nous soutenir en vous abonnant (cliquez ici). Merci !

Vous avez des questions sur la COVID-19 ? Consultez ce site Web du gouvernement du Québec consacré au coronavirus.

Vous avez des symptômes associés à la maladie ? Appelez au 1 877 644-4545 ou consultez un professionnel de la santé.

Dans la même catégorie
2 commentaires
Laisser un commentaire

Excellente démonstration de Philippe J. Fournier sur les chances de chacun des candidats de l’emporter lors de ces élections.

Un des éléments à observer sera selon moi le taux de participation. Les États-Unis sont des pays démocratiques un de ceux dont historiquement le taux est un des plus bas, aux alentours de 55% en moyenne. Il faut remonter à l’élection de John F. Kennedy pour relever une participation de presque 63%.

Dans le contexte actuel sanitaire que nous savons, je serais curieux de savoir combien de personnes vont se prévaloir de leur droit de vote.

Je conjecture que ce sont les électeurs les plus motivés en faveur d’un candidat plutôt qu’un autre qui se déplaceront en plus grand nombre. Considérant cette possibilité, la mesure des intentions de vote pourrait être plus aléatoire car toutes les intentions ne se confirmeront pas automatiquement en nombre de votes. Ainsi un petit nombre d’électeurs enthousiasmés pourraient ou sauraient faire la différence dans quelques États.

Reste à savoir lequel des candidats profiteraient le mieux de la distribution. Quoiqu’il en soit je serais surpris que de Biden ou de Trump l’un ou l’autre sorte une « royale flush » sur l’ensemble des États. Une « couleur » peut-être… si les électeurs afro-américains se mobilisent pour Joe.

Répondre

Vous oubliez de préciser que la manière dont Trump s’occupera de la crise du Coronavirus aura une forte influence sur les resultat du vote.
Et si il gère bien cela, il sera réélu.
A l’inverse, Biden sera élu si les américains
dans leurs majorité considère que Trump est responsable des conséquences desastreuse que le covid19 aura aux usa.
Deuxièmement, il n’est pas nécessaire d’obtenir une majorité d’élécteurs au niveau nationale pour etre élu.
Biden peut avoir 30 millions de voix d’avance sur Trump, si Trump le dépasse ne serait ce que de 100 voix dans les etats clés, il sera réélu.