La fois où Denis Coderre a croisé «Brad Pitt» au Parlement…

…et autres anecdotes d’un animal politique.

Photo © Mario Beauregard / La Presse Canadienne
Photo © Mario Beauregard / La Presse Canadienne

Denis Coderre jouit d’une « lune de miel prolongée » avec Montréal, une ville « prisonnière de sa propre corruption », à laquelle il a fait une « piqûre de bien-être », explique Martin Patriquin dans un long reportage publié dans les pages de Maclean’s et intitulé « Gusto, guts, glory-seeking : The Denis Coderre Treatment », une référence à l’entregent du maire de Montréal (qui a le don de faire sentir à ses interlocuteurs qu’il est leur meilleur ami au monde).

Voici quelques anecdotes parsemées dans le texte, qui en révèlent autant sur l’animal politique que sur le personnage.

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Défait à trois reprises dans sa tentative d’obtenir un siège à la Chambre des communes, Denis Coderre a finalement été élu en 1997 dans la circonscription de Bourassa, qu’il a représenté pendant 16 ans avant d’intégrer l’hôtel de ville de Montréal. Il n’hésite jamais à mettre de l’avant l’héritage de ses années passées à Montréal-Nord.

« Il se présente souvent comme le premier maire haïtien de Montréal, un clin d’œil à son affinité pour l’importante communauté haïtienne dans son ancienne circonscription de Bourassa. »

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S’ils sont aux deux extrêmes du spectre politique, Denis Coderre et Gilles Duceppe n’entretiennent pas moins de bonnes relations. Ils ont même su faire alliance quand il le fallait, notamment pour obtenir, en 2008, la tête de Maxime Bernier, alors ministre des Affaires étrangères. La preuve avec cette anecdote savoureuse, qui commence par un rendez-vous chez le coiffeur de l’ex-chef bloquiste.

« “Je me fais toujours couper les cheveux au même endroit à Montréal, et un jour, ma coiffeuse m’a demandé : ‘Connaissez-vous un ministre nommé Bernier ?’ Je lui réponds que oui, bien sûr. Et elle m’a raconté qu’il était venu avec une femme en minijupe, des bottes jusqu’en haut des jambes et des seins gros comme ça”, dit Duceppe, en mimant deux globes sur sa poitrine. Il s’agissait de Julie Couillard, sa petite amie de l’époque. “‘Elle m’a demandé de lui faire la même coupe que Brad Pitt’”, a dit la coiffeuse à Duceppe.
Duceppe est allé directement voir Coderre, alors porte-parole libéral du Patrimoine canadien et mégaphone parlementaire du PLC. “Je dis : ‘Denis, j’en ai une bonne pour toi. […] Faisons équipe et coinçons-le’, se souvient Duceppe. À la première apparition de Bernier au Parlement, Coderre l’a appelé “Brad Pitt” dans sa barbe.  “Mon Dieu, Bernier était fou”, dit Duceppe en riant de ce souvenir. Duceppe et Coderre n’ont pas lâché Bernier jusqu’à ce qu’il soit contraint de démissionner en mai 2008. »

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Après la défaite de Paul Martin face à Stephen Harper, en 2006, le Parti libéral du Canada (PLC), s’est retrouvé en pleine crise existentielle, à la recherche d’un sauveur. Denis Coderre avait une petite idée en tête.

« En mars 2005, Coderre a entendu, lors d’une conférence du Parti libéral, le discours d’un intellectuel canadien passé par Harvard dont le nom était Michael Ignatieff. “Il a dit qu’il avait aimé le discours car il était très arrogant”, se rappelle Ignatieff. “Que voulez-vous que je vous dise ? Nous nous sommes immédiatement entendus.” […] “Vous savez la façon qu’il a de dire ‘Tu es un win-nar !’”, dit Ignatieff. “Il pensait que j’étais un win-nar. Il croyait pouvoir faire quelque chose avec moi.” »

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Dans la course à la chefferie du PLC, Michael Ignatieff a grandement bénéficié des aptitudes organisationnelles de Denis Coderre… ainsi que de sa Ford Explorer.

« “Mes souvenirs les plus marquants de Denis sont ceux de nos périples dans son VUS avec la musique à plein volume. Je me souviens qu’il est le genre de gars qui courtise un leader. Il savait que j’aimais Johnny Cash, donc il y avait du Johnny Cash. Il me parlait et jetait un œil à son Blackberry tout en conduisant dans des ruelles vraiment obscures au Québec”, se rappelle Ignatieff. “Nous allions dans ces incroyables restaurants italiens dans les coins plus sombres de Laval pour rencontrer des énormes gars qui faisaient six pieds de large et six pieds de haut. Il les connaissait tous par leur nom : Lucco et Rocco, etc. Il avait des réseaux fantastiques”. »

Les deux hommes sont brouillés depuis des années. Dans le reportage, Michael Ignatieff y va d’un aveu :

« “Je vous le dis, si j’avais eu Denis dans son SUV pour aller et venir sur les routes secondaires du Québec en 2010, nous aurions gagné quelques sièges de plus.” »

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Lino Zambito connaît Denis Coderre depuis 1991, alors qu’ils étaient tous deux membres des Jeunes libéraux.

« “Il n’a pas changé d’une miette. Cette année-là, il avait mené une ovation lors du congrès libéral, au Saddledome de Calgary [lorsque Jean Chrétien est devenu chef]. Quand Chrétien a été élu, Denis et moi l’avons aidé à se hisser sur le bar. Les gens disent qu’il joue un rôle, mais c’est sa vraie personnalité.” »

Ils ont gardé une relation amicale depuis l’époque. Lino Zambito, qui a témoigné devant la commission Charbonneau, a par ailleurs expliqué à Martin Patriquin que la décision de Denis Coderre de nommer un inspecteur général à la Ville de Montréal a porté ses fruits.

« “De ce que j’entends et ce que je sais, il y a une concurrence saine pour les conduites d’eau et les égouts. Pareil dans le domaine de l’asphalte. Mais on m’a dit que les trottoirs sont toujours sous contrôle. Il n’y a pas de marché libre pour les trottoirs.” »

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Denis Coderre a fait ses débuts en politique à l’âge de 17 ans… en travaillant pour le camp du Oui lors de la campagne référendaire de 1980.

« Coderre l’a fait par révérence à l’égard de Réné Lévesque et par affinité avec Jacques-Yvan Morin, le député péquiste qui représentait le même quartier où, 17 ans plus tard, Coderre sera élu député fédéral sous la bannière libérale. “René Lévesque était avant tout un démocrate; il était un homme de terrain qui aidait les gens à comprendre les enjeux politiques”, explique Coderre. “Je n’étais pas séparatiste, mais je suis quelqu’un qui est fier de son identité et cela se reflète dans mon travail.” »

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La ferveur nationaliste de Coderre n’a pas fait long feu.

« “J’ai découvert Ottawa”, dit-il en référence à son année d’études universitaires passée là-bas. “J’ai parlé avec des gens d’autres provinces.” C’est à cette époque, en 1985, que Coderre a mis sur pied la «Coalition Coderre», un regroupement d’étudiants qui l’aidera à se faire élire président des Jeunes libéraux du Canada, section Québec. »

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La plus grande réussite de Denis Coderre à titre de secrétaire d’État au Sport amateur a été d’avoir convaincu l’Agence mondiale antidopage (AMA) de déménager son siège social de Lausanne à Montréal, en 2002. Dick Pound, ancien vice-président du Comité international olympique, se souvient de son bagout.

« “Denis a joué sur le fait que les ressources étaient concentrées en Europe. Il a dit qu’on devait remettre le ‘M’ dans AMA – c’est à dire l’aspect mondial, pas juste la Suisse. Il était très efficace pour trouver des appuis au gouvernement. Ce ne serait jamais arrivé sans Denis.” »
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2 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Il y aussi son traficotage avec les musulmans que tu sembles avoir oublié tant que je crois bien qu`il est musulman lui-même selon ce que j`ai entendu en ces souhaits faits pour le ramadan lors de sa campagne électorale pour la marie.

Enfin un Bernier cloné à la Brad Pitt…et un Beauceron en plus!
Intéressant ce billet de Vincent Destouches…en espérant qu’il ne fera pas long feu…Voir le Larousse ou le Petit Robert.

Amicales salutations!