France: la gauche cherche son sauveur

L’élu à la primaire de la gauche des 22 et 29 janvier aura tout un mandat: empêcher la France de virer à droite (avec Fillon) ou à l’extrême droite (avec Marine Le Pen). Grosse commande.

Le président de la France, François Hollande. (Photo: AP/François Mori/La Presse Canadienne)
Le président de la France, François Hollande. (Photo: AP/François Mori/La Presse Canadienne)

En France, il ne faut pas confondre BAPBAP et BAP. Le premier sigle est celui d’une bière artisanale à la mode, Brassée à Paris, bue à Paris ; le second, celui du rassemblement de la gauche, la Belle alliance populaire.

Cette dernière organise la primaire qui désignera, les 22 et 29 janvier, le candidat de la gauche au premier tour de l’élection présidentielle, en avril prochain.

L’heureux élu aura pour mission de garder le pouvoir après un quinquennat des plus décevants sous François Hollande.

Le Parti socialiste (PS) souffre de la déception, voire de l’agacement suscité par le président, qui a annoncé, début décembre, qu’il ne briguerait pas un second mandat. Il n’avait aucune chance d’être réélu, selon toutes les enquêtes d’opinion menées au cours des deux dernières années.

Aucun autre ténor socialiste, selon ces mêmes sondages, ne devrait figurer au second tour de la présidentielle (le 7 mai 2017), où s’affronteront vraisemblablement François Fillon, candidat des Républicains (droite), et Marine Le Pen, candidate du Front national (extrême droite).

Même dans son camp, beaucoup reprochent à François Hollande d’avoir échoué à résorber le chômage (qui tourne autour de 10 %) — un engagement de campagne qu’il a rappelé tout au cours de son mandat — et d’avoir fait preuve d’une « mollesse » qui aurait porté atteinte à la fonction présidentielle.

1. Jean-Luc Bennahmias (Photo: J. Saget/AFP/Getty Images). 2. Benoît Hamon (Photo: A. Morrisard/IP3/Getty). 3. Sylvia Pinel (Photo: J. Saget/AFP/Getty Images). 4. François de Rugy (Photo: M. Medina/AFP/Getty).
Dans l’ordre: Jean-Luc Bennahmias, Benoît Hamon, Sylvia Pinel et François de Rugy. (Photos: J. Saget/AFP/Getty Images ; A. Morrisard/IP3/Getty ; J. Saget/AFP/Getty Images ; M. Medina/AFP/Getty)

Bien des Français se font une haute idée de la « magistrature suprême ». Surtout ceux qui ont connu et apprécié le président socialiste François Mitterrand, un homme discret et hautain, au pouvoir de 1981 à 1995.

La dernière fois que la gauche a organisé une primaire ouverte à tous les citoyens, en 2011, 2,8 millions d’électeurs se sont déplacés. Cette fois-ci, la participation pourrait fléchir, vu l’impopularité du PS, qui a perdu, de septembre 2009 à avril 2016, la moitié de ses adhérents (de 203 000 à 111 450).

« On ne sera pas dans les mêmes chiffres qu’en 2011 », prédit le député socialiste Sébastien Pietrasanta. Mais impossible de prévoir combien de Français débourseront un euro pour voter dans l’un des quelque 7 500 bureaux de scrutin. D’autant plus que des électeurs de droite s’inviteront sûrement au vote, comme des électeurs de gauche l’ont fait, en novembre, à la primaire de la droite (pour soutenir, dans bien des cas, le maire de Bordeaux, Alain Juppé, ce qui n’a pas empêché l’ex-premier ministre François Fillon de l’emporter).

5. Arnaud Montebourg (Photo: B. Guay/AFP/Getty). 6. Vincent Peillon (Photo: Thibault Camus/AFP/PC). 7. Manuel Valls (Photo: EPA/G. Fischer/La Presse Canadienne).
Dans l’ordre: Arnaud Montebourg, Vincent Peillon et Manuel Valls. (Photos: B. Guay/AFP/Getty ; Thibault Camus/AFP/PC ; EPA/G. Fischer/La Presse Canadienne)

L’impopularité du PS n’empêchera pas Henri Battner, un militant parisien de 83 ans, de voter à la primaire — question de valeurs. « Je suis socialiste, dit-il. Je ne peux pas faire autrement. Je trouve qu’il y a trop de différence entre ceux qui n’ont rien à bouffer et ceux qui ne font qu’accumuler. Ils pensent peut-être qu’ils vont pouvoir emporter leur argent dans leur cercueil ! »

Comme tous les participants à la primaire, il devra choisir entre les sept candidats, six hommes et une seule femme. Tant pis si l’article premier de la Constitution prévoit, depuis 2008, « l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux »…

Les candidats participeront à trois débats télévisés ; un quatrième réunira les deux finalistes entre les deux tours. Mais Henri Battner s’est déjà fait une tête, même s’il ne veut pas révéler pour qui il votera.

Manuel Valls, le premier ministre qui a démissionné pour faire campagne, part favori — bien qu’il soit autoritaire aux yeux de 87 % (!) des Français, selon un sondage ViaVoice-Libération, un quotidien de gauche.

Ce n’est pas forcément un défaut. « Sa rigidité en ce qui concerne le terrorisme est appréciée par les personnes plus âgées, moins, je crois, chez les jeunes », explique Henri Battner, qui habite à quelques minutes du Bataclan, la salle de spectacle où 130 personnes ont été tuées dans un attentat en 2015.

La campagne promet d’être fertile en rebondissements. Des candidats, qui étaient ministres il y a quelques semaines encore, ont vite commencé à rétropédaler sur des sujets controversés. Manuel Valls, par exemple, entend supprimer l’article 49.3 (l’équivalent, à l’Assemblée nationale du Québec, du bâillon). En tant que premier ministre, il a pourtant utilisé cette procédure à six reprises, ce qui lui a été beaucoup reproché dans son camp.

LAT19_GAUCHE_FRANCE_tableauLes sept candidats à la primaire ne sont pas tous issus des rangs du Parti socialiste. Certains viennent de petites formations, comme le Parti radical de gauche, le Front démocrate ou le Parti écologiste.

Il ne faut pas confondre ce dernier avec Europe Écologie – Les Verts, qui ne participe pas à la primaire. Car même s’il est question d’une « Belle alliance populaire », son maître d’œuvre, le PS, n’a pas su attirer de candidats situés sur sa gauche (comme le Parti communiste français ou les Insoumis, de Jean-Luc Mélenchon).

Sur sa droite non plus. Emmanuel Macron, ministre de l’Économie sous François Hollande, entend être le candidat du mouvement qu’il vient de fonder, En marche !, au premier tour de la présidentielle. Cet ancien banquier d’affaires, qui se dit de droite et de gauche, défendra des thèses centristes.

Le PS est lui-même traversé par de multiples courants. Car il y a des socialistes de « droite » comme il y a des socialistes de « gauche », ce qui n’est pas anodin pour bon nombre de participants à la primaire. « Je ne vais pas voter “socialiste”, dit l’un d’eux. Je vais voter pour un mec de gauche. » En l’occurrence : Benoît Hamon.

Manuel Valls est considéré comme à droite de Vincent Peillon, ex-ministre de l’Éducation, qui est lui-même à droite de Benoît Hamon, un autre ex-ministre de l’Éducation… Les candidats, même lorsqu’ils siégeaient au Conseil des ministres, ne faisaient pas grand secret de leurs divergences politiques.

Leurs débats donnent l’impression que le PS est déchiré entre son aile droite (les « sociaux libéraux »), ses centristes et son aile gauche (les « frondeurs ») — même lorsqu’il est au pouvoir. Ce qui étonne les étrangers habitués à une plus grande solidarité ministérielle.

« Les Québécois ont raison de regarder la politique française et de penser que nous sommes devenus fous ! dit le député Sébastien Pietrasanta. Les débats, c’est bien, mais il faut aussi avoir de la discipline [de parti]. »

La BAP ne peut faire oublier la diversité de la « famille » socialiste. Un peu à l’image de la BAPBAP. Une bière tantôt blonde, tantôt rousse, tantôt noire.


À lire aussi:

Votez animal!


Dans la même catégorie
3 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Être à gauche avait du sens et de la consistance voici encore trente ou quarante ans. Le président Mitterrand parlait de « peuple de gauche », la gauche formait un peuple, une entité à part entière ; unie elle formait un tout indestructible.

Qu’en est-il désormais aujourd’hui ?

Le parti socialiste a toujours été un parti de courants. Il y avait des divergences, des partis à l’intérieur du parti. Sa grande force pourtant était de réaliser des synthèses. Définir une orientation commune et des objectifs communs.

C’est par cette capacité d’unir que la gauche socialiste était capable d’édifier des ponts avec les autres formations politiques.

Il faudra au vainqueur de cette primaire, non seulement réaliser l’unité des socialistes, mais encore convaincre les électeurs d’autres formations de gauche que désormais il est possible de gouverner autrement.

Cruellement pour la gauche socialiste, un outsider comme Emmanuel Macron pourrait être le mieux placé pour réaliser l’unité. C’est en tout cas, celui qui actuellement à gauche et au centre réuni le plus d’opinions positives à un moment où François Fillon voit ses opinions favorables s’émousser.

Entre s’orienter dans toutes sortes de dérives mesquines et choisir le meilleur parti pour la France, il faut parfois trouver un sens politique neuf pour mieux s’unir dans un « juste milieu ». C’était en tout cas, une idée suffisamment forte à laquelle semblait s’être attaché le bon vieux Benjamin Franklin.

Un sens auquel pourrait aussi d’ailleurs s’intéresser le nouveau président des États-Unis cela dit ; soit dit en passant 🙂

La gauche, en France comme presque partout ailleurs dans le monde est en pleine déroute.

Les gens de partout dans le monde commencent à comprendre dans quel capharnaüm financier et social les ont menés les gauchistes inconscients.

C’est le début de la fin de la gogoche. BRAVO!!!