La grande séduction conservatrice

Si l’Ontario ne craque pas pour les conservateurs aux prochaines élections fédérales, Stephen Harper va se réveiller dans l’opposition au lendemain du scrutin.

En chute libre au Québec, le premier ministre est de plus en plus condamné à espérer que le Bloc québécois freine la montée des libéraux dans l’électorat québécois. De son côté, depuis l’automne dernier, il s’est lancé dans une vaste opération de séduction en Ontario.

À son retour au pouvoir, Stephen Harper a concentré les principaux portefeuilles économiques entre les mains de ses ténors ontariens.

Jim Flaherty aux Finances, Tony Clement à l’Industrie, John Baird aux Infrastructures ont été ministres à Queen’s Park. Le chef du cabinet de Harper, Guy Giorno, a occupé les mêmes fonctions pour le premier ministre Mike Harris à la fin des années 1990.

Deux des rares femmes à occuper des postes de premier plan au sein du cabinet fédéral, Diane Finley, aux Ressources humaines et Développement des compétences, et Lisa Raitt, aux Richesses naturelles, sont des députées ontariennes.

Cette prise en main des leviers de commande économiques du pays par l’aile ontarienne d’un gouvernement fédéral est sans précédent. Même à l’époque où Jean Chrétien faisait élire une centaine de députés en Ontario, l’influence de cette province au sein du gouvernement était plus diluée, notamment par la présence de ministres et de conseillers québécois susceptibles de faire contrepoids.

Dans le cabinet actuel de Stephen Harper, même les ministres albertains jouent des rôles de soutien par rapport à leurs collègues ontariens.

Au fil des mois, la forte présence ontarienne dans les postes économiques névralgiques du cabinet Harper s’est assortie d’une étourdissante valse des milliards. Depuis le début de l’année, le gouvernement fédéral a investi massivement dans un plan de sauvetage de l’industrie automobile, multiplié les annonces de projets liés aux infrastructures dans les grandes villes de l’Ontario, allongé des milliards pour aider Queen’s Park à faire une transition sans douleur à une taxe de vente harmonisée avec la TPS.

Selon le Conference Board, les transferts fédéraux destinés à l’Ontario augmenteront de 15,7 % cette année et de 20 % de plus l’an prochain. La province a également commencé à recevoir des paiements de péréquation pour la première fois de son histoire.

Jusqu’à présent, les résultats, sur le plan politique, ne sont pas à la hauteur de l’effort consenti. Les conservateurs sont encore dans la course pour ce qui est des intentions de vote en Ontario, mais ils s’épuisent à faire du surplace.

Au scrutin d’octobre, le Parti conservateur avait remporté 39 % des suffrages en Ontario, sa meilleure performance depuis les années Mulroney. C’est un pourcentage qu’il n’a réussi ni à faire augmenter ni à maintenir au fil des coups de sonde des derniers mois, mais qui demeure encore à portée de main, dans les limites de la marge d’erreur de la plu part des sondages.

Pour l’essentiel, les Ontariens qui ont voté conservateur en octobre n’ont pas déchanté ou, en tout cas, pas en grand nombre. Par contre, Stephen Harper a peut-être déjà fait le plein de votes ontariens à la faveur de la performance du mal-aimé Stéphane Dion aux dernières élections.

Depuis l’arrivée de Michael Ignatieff à la tête du PLC, on assiste, en Ontario, à un déplacement de votes du NPD vers le PLC. Sans siphonner les appuis de Harper, les libéraux s’y sont taillé une avance de 5 à 10 points sur les conservateurs.

Un sondage Harris-Decima réalisé au début mai faisait état d’un manque à gagner des conservateurs de 17 points par rapport aux libéraux auprès de l’électorat féminin urbain et semi-urbain. Ces chiffres semblent indiquer que les Soccer Moms, sobriquet donné par les stratèges politiques à l’influent sous-groupe des mères de famille de banlieue, pourraient faire perdre l’Ontario et le pouvoir à Stephen Harper.

C’est une frange de l’électorat qui occupe souvent des emplois précaires, en deuxième ou en troisième ligne par rapport au secteur manufacturier. Ce n’est pas par hasard qu’il s’agit de la clientèle que visait Michael Ignatieff quand il a joint sa voix à celles du NPD et du Bloc québécois pour exiger que le seuil d’admissibilité à l’assurance-emploi soit revu à la baisse. C’est également la clientèle que le chef libéral courtise quand il parle de sa conjointe, Zsuzsanna Zsohar, dans chaque discours, ou qu’il se fait photographier entouré de ses députées ontariennes.

Les femmes sont à peine mieux représentées que les Québécois au sein du gouvernement Harper, ce qui pourrait lui coûter cher au prochain scrutin.

Dans la même catégorie
Boutique Voir & L'actualité

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie