La guerre de Rick Hillier

LE PLAN DU CANADA, C’EST LE SIEN  ! La vision claire de Hillier sur la place du Canada dans le monde a plus à l’ex-ministre de la Défense Bill Graham.


La politique militaire du Canada, énoncée en 2005, c’est un peu beaucoup Rick Hillier qui l’a écrite. « On applique maintenant ce que j’ai mis dans ma note interne en 2003 ! » dit-il fièrement. Il venait à peine de prendre la tête de l’Armée de terre, en 2003, qu’il écrivait une note au chef d’état-major de l’époque, Ray Hénault. Selon la rumeur, il demandait que tous les nouveaux investissements aillent à l’Armée de terre. La colère est immédiate.

George MacDonald, alors vice-chef d’état-major, lance une opération de paix avec les hauts gradés de la Marine et de l’Armée de l’air. Une réunion est organisée d’urgence. « L’atmosphère n’était pas très bonne, dit George MacDonald. C’est normal qu’un commandant prêche pour sa paroisse, mais c’était la première fois qu’on en voyait un dire ouvertement qu’il fallait favoriser un secteur au détriment des autres corps de l’armée. »

Qu’a dit Rick Hillier au cours de cette réunion tendue ? « Rien ! Je n’ai pas eu le temps de dire quoi que ce soit, tout le monde me montrait du doigt et criait ! » dit-il.Il réussit tout de même à s’expliquer et à calmer la grogne. « Je ne voulais pas diriger toutes les ressources vers l’Armée de terre, mais vers un nouveau rôle pour les Forces canadiennes. Un rôle où tous les secteurs allaient devoir mettre la main à la pâte. »

Deux ans plus tard, le premier ministre Paul Martin demandait à son ministre de la Défense, Bill Graham, de lui présenter une nouvelle vision des Forces canadiennes, avec à la clé de nouveaux investissements de plusieurs milliards de dollars. « Honnêtement, j’étais embarrassé par ce dossier, raconte Bill Graham. Je ne suis pas un expert des questions militaires et je cherchais un plan qui donnerait une place au Canada dans le monde. » Au même moment, Ray Hénault quitte son poste de chef d’état-major. Lorsque Bill Graham rencontre Rick Hillier, il se dit : « Sa vision était claire, il savait ce qu’il voulait et j’ai immédiatement pensé : c’est ça, c’est lui. »

Le premier ministre embrasse aussi la vision de Hillier et lui accorde le plus haut poste de l’armée canadienne. Quelques mois plus tard, le rôle que veut faire jouer le général Hillier aux Forces canadiennes se retrouve intégralement dans la nouvelle politique étrangère du Canada.

 

TROP AMÉRICAIN ?

Rick Hillier serait trop près de la vision américaine du monde, celle de la guerre au terrorisme, selon Michael Byers, professeur de géopolitique internationale à l’Université de la Colombie-Britannique. « On n’a pas cette tradition offensive ici. Le Canada est un pays qui fait des missions de paix. Hillier a tout changé en quelques années. La mission en Afghanistan est un échec et c’est lui qui doit en porter la responsabilité. »

Rick Hillier estime que ces accusations sont injustifiées. « Ma vision, c’est le Canada d’abord. Je veux que les Canadiens apportent leur expertise, leurs valeurs et leur compétence dans des endroits qui ont besoin d’eux. Est-ce que ça fait de moi un Américain ? Je ne pense pas. »

 

 

LES QUÉBÉCOIS S’ENROLENT !
La mission en Afghanistan est noble, il faut le répéter et l’expliquer, dit Rick Hillier.

Sur le bureau de Rick Hillier, à Ottawa, trône la grande photo d’un petit bonhomme, qu’il regarde avec affection plusieurs fois par jour. C’est celle de son petit-fils, Jack, trois ans. « Il me fait le salut militaire, mais avec la mauvaise main ! » rigole le grand-père.

Le petit Jack, dont la maman est québécoise, ne parle que français. Ou presque. « Il chante l’hymne national dans les deux langues ! » dit fièrement Rick Hillier.

Le chef d’état-major maîtrise suffisamment la langue de Molière pour suivre les débats sur l’Afghanistan qui déchirent le Québec depuis quelques semaines. Selon lui, les Forces canadiennes y sont bien perçues : la popularité du recrutement au Québec (en hausse de 10 %) le prouve amplement.

Il reconnaît toutefois que les Québécois sont plus sceptiques que les autres Canadiens à l’égard de la mission en Afghanistan. « Les Québécois sont mal informés sur la mission, comme beaucoup de Canadiens, dit-il. Il y a un travail d’éducation à faire. Beaucoup de gens confondent l’Irak et l’Afghanistan, alors que c’est totalement différent. Nous faisons partie d’une coalition de 37 pays. Notre mission est approuvée par l’ONU et nous sommes invités par un gouvernement afghan légitimement élu. Les Afghans ont besoin de notre aide, c’est une mission noble. Il faut le répéter et l’expliquer. »

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