La journée des élections, minute par minute

22 h 15 — Stephen Harper célèbre la mort du séparatisme en se couchant deux heures plus tard qu’à l’habitude. Et au diable la retenue : il ajoute du citron dans son eau chaude.

Politique9 h 30 — Les bureaux de scrutin ouvrent. Dans une file, un homme passe cette remarque à une femme derrière lui : « Avec tous les sondages qui sortent pendant la campagne, je ne comprends pas qu’on doive quand même aller voter. »

10 h 40 — Tout comme mon oncle Clément, décédé en janvier, mon vote est dans l’urne. Et, tout comme le contribuable pendant le temps des impôts, il est prêt à être dépouillé.

Parce que c’est important de voter. En tout cas, c’est ce qu’on m’a dit plein de fois sur Facebook. « Il y a des gens qui meurent dans le monde pour avoir le droit de voter », c’est le nouveau « Finis ton assiette, il y a des Africains qui n’ont rien à manger. »

Plus le taux de participation est élevé, plus la démocratie se porte bien. Parlez-en à la Corée du Nord, où tout le monde vote.

11 h 45 — Quelques dizaines de partisans d’Option nationale s’apprêtent à voter pour la CAQ. « Ben là. Son slogan c’était “ON se donne Legault”. Comment j’étais censé savoir? », expliqueront-ils en apprenant leur méprise.

Midi — Le DGEQ confirme que tous les candidats ont maintenant publié sur Twitter une photo d’eux en train de voter.

19 h 30 — La soirée électorale débute. Dans les médias, les analystes se transforment en Jojo Savard et se perdent en conjectures et en prédictions à propos des résultats à venir. Ho, bien sûr, on pourrait simplement attendre 90 minutes et avoir les vrais résultats, plutôt qu’un gros paquet de suppositions. Mais où serait le plaisir?

20 h 00 — Les bureaux de scrutin ferment. Le taux de participation est d’environ 71 %. Le citoyen se dit d’abord que c’est bien peu. Puis, il se souvient du vox pop de Guy Nantel et il se dit que ce n’est peut-être pas si pire s’il y en a qui restent chez eux.

20 h 18 — Une internaute très active sur les médias sociaux est complètement démolie de l’annonce d’un gouvernement libéral. « Je ne comprends pas, dit-elle. Tous mes amis Facebook et tout le monde que je suis sur Twitter étaient pro-Québec solidaire. On était supposé gagner. J’ai mal à mon Québec. »

20 h 30 — Dans D’Arcy-McGee (Hampstead, Côte-Saint-Luc), un jeune homme fait pleurer sa mère et se fait renier par son père après avoir annoncé qu’il n’a pas voté pour le PLQ.

20 h 42 — Radio-Canada prédit un gouvernement majoritaire libéral. Dans un salon en Abitibi, un groupe de militants péquistes simplifie les règlements de son drinking game électoral. Une seule règle : boire.

20 h 45 — François Gendron est réélu dans Abitibi-Ouest et fracasse ainsi le record de longévité à l’Assemblée nationale. Il est là depuis tellement longtemps qu’à sa première victoire, le PQ pouvait encore dire le mot « référendum » sans perdre ses élections.

20 h 48 — Gaétan Barrette est élu. Il fait ainsi la preuve que c’est l’honnêteté, le bon sens, l’intelligence et la vision qui font gagner des élections. BEN NON! S’t’une joke ! Cette année, ne pas être du PQ suffisait pour se faire élire.

20 h 55 — Sam Hamad est réélu et nous rappelle le côté universel de notre belle démocratie. N’importe qui (et j’insiste : N’IMPORTE QUI) peut se présenter en politique.

21 h 10 — Bernard Drainville réussit à faire une entrevue complète sans éclater en sanglots.

21 h 25 — La vague caquiste prévue par Legault appelle. Elle ne pourra pas venir, finalement. Elle lui souhaite une bonne soirée quand même.

21 h 40 — Les chiffres sont clairs : si le PQ n’avait pas divisé le vote dans Laurier-Dorion, il y aurait un député indépendantiste de plus à l’Assemblée nationale : Andrès Fontecilla de Québec solidaire. (Hé oui! Ça marche des deux côtés, comme raisonnement.)

22 h 03 — Le discours de Françoise David est une présentation de Vicks Vaporub.

22 h 15 — Stephen Harper célèbre la mort du séparatisme en se couchant deux heures plus tard qu’à l’habitude. Et au diable la retenue : il ajoute du citron dans son eau chaude.

22 h 35 — Québec solidaire fait élire une troisième députée : Manon Massé (du moins, au moment d’écrire ces lignes). En conservant le même rythme d’un nouveau député par scrutin, avec des élections aux quatre ans, la majorité QS est à portée de main dans 240 ans. « Ce n’est qu’un début, continuons le combat ! »

22 h 45 — C’est la défaite pour Pierre Duchesne, Léo Bureau-Blouin, Martine Desjardins, Yves-François Blanchet, Diane de Courcy et même… Pauline Marois! Un constat s’impose : Simon Durivage va avoir l’embarras du choix quand viendra le temps de remplacer Jean-Pierre Charbonneau au Club des ex.

23 h 00 — Sur scène, Pierre-Karl Péladeau, Jean-François Lisée et Bernard Drainville font des discours avant l’arrivée de Pauline Marois. Une idée comme ça : on ferme les lumières, on compte jusqu’à 100 et celui qui reste quand on rallume les lumières est chef du PQ.

23 h 18 — Pauline Marois annonce qu’elle quitte ses fonctions. Dans la salle, les protestations durent exactement 1 seconde et demie.

23 h 30 — Le PLQ a obtenu 56 % des sièges grâce à 41 % des votes. Le système fonctionne.

Philippe Couillard est maintenant premier ministre du Québec. Il prouve du coup qu’il y a pire que d’être un parti sur lequel plane depuis des années de très forts soupçons de corruption : être un parti souverainiste.

La grande visibilité offerte par l’UPAC au Parti libéral les aura sans doute aidés. Comme on dit : « Parlez-en en bien, parlez-en en mal, mais parlez-en. »

23 h 35 — Partout dans le Québec, on célèbre l’arrivée d’un temps nouveau, on fête le début d’une ère où tout semble possible, on se lève pour… ha pis non. Y est trop tard. Partout dans le Québec, on s’en va se coucher. On travaille demain.

* * *

À propos de Mathieu Charlebois

Ex-journaliste Web à L’actualité, Mathieu Charlebois blogue sur la politique avec un regard humoristique depuis 2014. Il est aussi chroniqueur musique pour le magazine L’actualité depuis 2011 et co-rédacteur en chef du webmagazine culturel Ma mère était hipster, en plus d’avoir participé à de nombreux projets radio, dont Bande à part (à Radio-Canada) et Dans le champ lexical (à CIBL). On peut le suivre sur Twitter : @OursMathieu.

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Bonsoir,que Stephen Harper avoit une lettre que la NATION QUEBECOISE est une des nations fondatrices du Canada et qu’il va la reconnaitre dans la constitution canadienne.
Bonne reflexion. Ecris avec un pointeur lazer alors pas d’accent.

Merci encore Monsieur Charlebois pour vos commentaires qui me font du bien. Je suis allé me coucher à la même heure que Monsieur Harper et ce matin dès 6 am je travaille…car il ne reste que cela à faire travailler et vite passer à autre chose…je vais trouver les quatre prochaines années bien ennuyeuses sur la politique québécoise avec une commission Charbonneau qui n en finira plus. Je penses me débrancher du cable pour ne plus entendre RDI, Radio-Canada et LCN….Je reviendrai peut-être en 2080 pour le prochain référendum….lol

Citation de circonstance: Nous devenons adultes le jour où nous cessons de croire ce que l’on nous dit. -Charles Dantzig

Pourquoi s’étonner, pourquoi d’indigner? Quand ici Rambo peut devenir un héros peut importe sa manière de faire,il n’est pas étonnant que le PLQ puisse en faire autant. Il en reste toujours qui pense que le PLQ a changé mais insuffler la peur a toujours fait parti de leur stratégie.
Nous avons 4 longues années devant nous. Je n’ose pas songer à un changement positif pour la clientèle en milieu hospitalier. $$$ les cliniques privées!

Je crois vraiment que les québécois sont moins bien moins naïfs que certains peuvent le dire… Ils savent faire la part des choses et ne pas utiliser la malveillance comme arme de combat.
Madame Marois n’a qu’à se questionner sur sa façon d’avoir conduit sa campagne et de s’être entêtée à attaquer ses adversaires en s’attribuant la blancheur et l’honnêteté. À chaque question posée sur sa gouvernance et ses ratées, la réponse était toujours « c’est la faute au Parti Libéral. Elle a tout bien fait « elle » ou « mon gouvernement ».
Mais a t-elle su bien ÉCOUTER LES CITOYENS, tous les citoyens??? À n’en pas douter -ici la preuve est flagrante- NON.
Et surprenamment, les candidats PQ élus hier avaient encore cette fâcheuse habitude de nier la RÉALITÉ en répétant mot à mot que dans 4 ans ils reviendront avec leur programme d’avant l’élection… Pas de gêne! Tiens, on va vous rentrer coûte que coûte dans la tête NOS CHOIX pour les québécois… Et si les québécois -dans leur majorité- n’en voulaient pas de leurs choix!
Il y a toujours une RAISON d’une défaite et ce ne peut pas être à cause des autres. Le PQ saura t-il se questionner sur sa légitimité et surtout sur ses choix fondamentaux pour le Québec, entendons ici pour les personnes, les individus qui paient au Québec leur part de services sociaux.
J’ai confiance – bien entendu SI les autres partis ne se mettent pas systématiquement en travers du PLQ dans leurs projets de gouvernance – que nous puissions compter sur le PLQ pour quelques bons coups. Ce sont des gens de valeur après tout.