La liberté de la presse contre les grimaces des puissants

Le journaliste ne gagnerait-il pas à se trouver un autre emploi avant que son journal ferme ou que son poste soit supprimé ?

Photo : Keith Bacongco/Flickr
Photo : Keith Bacongco/Flickr

Politique

Le 3 mai, c’est la Journée mondiale de la liberté de la presse. Parlons-en un peu, puisqu’on a le droit de le faire, nous.

Ces temps-ci, le journalisme est la patte-de-meuble-contre-laquelle-on-se-frappe-l’orteil des métiers : il est mal aimé et il est dans le chemin.

Le journaliste est mal aimé du public, qui trouve 1 000 défauts à son travail. Public a parfois raison : tous les articles ne sont pas un Pulitzer, et ce n’est pas avec un 284e vox pop sur la météo qu’on va régler le sort du monde. Mais parfois, Public est juste mécontent parce que les faits ne s’accordent pas bien avec ses opinions.

Les politiciens, eux, trouvent que le journaliste est dans le chemin. Il est là avec ses questions et son fouinage, et si on ne fait pas attention, on peut se retrouver avec une commission d’enquête sur les bras. C’est tannant. Le journaliste ne gagnerait-il pas à se trouver un autre emploi avant que son journal ferme ou que son poste soit supprimé ?

Et je ne vous parle même pas des conditions de travail, parce que, justement, crise des médias oblige, il y a de moins en moins de conditions, et de moins en moins de travail.

***

Connaissez-vous l’histoire de l’événement où aucun journaliste n’était allé ? Non ? C’est normal : aucun journaliste n’y est allé.

Les journalistes ont peut-être bien des défauts, mais on pourrait difficilement s’en passer. Et pourtant, une bonne partie de la planète est obligée de le faire. Selon l’organisation de défense des droits de l’homme Freedom House, seulement 14 % des habitants de la planète vivent dans un pays ayant une presse libre. À l’opposé, 44 % vivent dans un pays sans liberté de presse et 42 % avec une liberté partielle.

Il n’y a plus aucun correspondant international en Érythrée, et ce n’est pas seulement parce que personne ne sait où c’est. Le dernier a été expulsé en 2007.

En Corée du Nord, je serais jeté en prison avant d’avoir terminé d’écrire mon article «Kim Jong Un : une coupe de cheveux critiquée».

L’Arabie saoudite a le meilleur gouvernement au monde. C’est du moins ce qu’il vaut mieux écrire si l’on ne veut pas se retrouver devant un tribunal, comme ces sept Saoudiens accusés de cybercriminalité en octobre dernier pour avoir critiqué les autorités sur Twitter. En comparaison, la horde qui tombe sur quiconque ose critiquer PKP sur Twitter semble bien douce.

Ces trois pays sont en tête du triste palmarès des pays qui exercent la censure la plus forte. En comparaison, la liberté de presse est en assez bon état au Canada. Mais comme on dit : comparé à Guy A. Lepage, tout le monde a l’air de pouvoir gagner à La Voix.

Au Canada, les ennemis de la liberté de presse sont plus subtils qu’un séjour en prison, mais ils existent.

C’est un premier ministre qui limite de manière draconienne le nombre de questions, comme s’il avait peur qu’on entende ses réponses. (Hum… à bien y penser, c’est peut-être vraiment pour ça…)

Ce sont des scientifiques du gouvernement qu’il est si difficile d’avoir en entrevue qu’on a l’impression de parler à Bono quand on réussit à en avoir un devant nous.

Ce sont des organismes gouvernementaux qui refusent de plus en plus souvent de remettre des documents, ou qui les livrent des mois après la demande, comme s’ils confondaient le rythme de publication d’un journal et celui du Bye Bye.

Ce sont des manifestants qui mélangent caméramans et piñata, et des policiers qui parquent les journalistes des grands médias loin de l’action, pendant qu’ils arrêtent le journaliste d’un plus petit média. Par accident, bien sûr. Toujours.

Ce sont des conseils de ville qu’il est interdit de filmer, parce que le maire croit que la caméra lui ajoute 10 livres. Mais n’allez pas écrire ça dans le journal local, où il va faire retirer du journal toutes les publicités de la ville.

***

La liberté de presse, ce n’est pas qu’une histoire de journalistes.

Si on lui interdit de faire un article ou de traiter d’un sujet, le journaliste va trouver un autre sujet et un autre article à écrire. C’est son métier.

Au lieu d’un article sur la concentration de mercure dans l’eau potable, le journaliste va faire «10 photos de pandas adorables». Votre vie est-elle en danger ? On ne sait pas, mais regardez-moi ces beaux pandas.

Le perdant, quand on limite la liberté de la presse, c’est toujours le public. Parce que ce sont les secrets qui permettent d’en passer de petites vites. Parce que c’est l’obscurité qui permet aux puissants de nous faire des grimaces.

Dans la même catégorie
6 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Excellent article M.Charlebois, travailler où vous voudrez mais continuer d’écrire et critiquer.

Je suis d’ accord avec vous ; la liberté de presse c’ est primordial aujourd’hui! Avec les médias sociaux nous avons une kirielle d’ apprentis journalistes , mais en contre-partie nous avons aussi beaucoup de gens qui se disent journalistes et qui ont une carte de presse mais qui publient des torchons sans véritables recherches! Nous avons aussi des journalistes qui leurs jupons dépassent trop souvent dans l’appréciation des faits!

Nous avons aussi des journalistes mous qui se contentent de faire du copier coller et ne posent pas trop de questions de peur de froisser! Nous avons aussi des journalistes très complaisant qui parlent toujours du m^me côté de la bouche et qui n’ ont peu ou très peu de crédibilité!

M.Charlebois lorsque vous vous parlez du Canada , des manifesteux anarchistes, des autorités municipale régionales et que vous vous plaignez de l, accessibilité aux infos; alors je ne suis pas d’ accord du tout de votre incapacité a faire de la nouvelle fraîche et transparente! Dans un pays libre comme le Canada si aujourd’hui un journaliste se sent lésé dans ses droits a l’ information par le système; il est tout simplement pas a sa place!! Il n’a pas la graine de haut parleur des faits et de crieur public qui dénonce l’ illogisme! Exemple patent: Le cas de PKP qui va devenir d’ ici 2 semaines le chef ( sauveur ) du parti Québecois et par le fait même le chef de l’opposition officielle a l’ assemblée nationale! Dans les faits , ce personnage possède 40% des médias d’ une province et s’ il est élu premier ministre ; son seul but est de séparer le Québec du pays le Canada!

Je n’ ai pas vu et ou entendu beaucoup de journalistes de la presse écrite ,médias en faire un cas de conscience! Ce que j’ ai plustôt vu c’ est presque l’entière équipe de Radio Canada médias parlé contre les conservateurs et Stephen Harper!

Pour ce qui est de la comparaison des journalistes canadiens par rapport aux journalistes dans le monde en général, c’est vraiment le paradis terreste pour eux!

Il y a aussi la qualité du journalisme qui est en déclin. Avec le sensationnalisme aujourd’hui nécessaire pour attirer les clics et vendre de la publicité, on parle plus de Charlotte que de ce qui se passe au Népal ou de la réalité des familles d’ici.

Et peut-on reprocher les étudiants, voyant des journalistes arriver avec leur narratif écrit d’avance, d’être exaspérés de venir pêcher l’image ou la citation qui leur permettra étayer leur opinion ou celle de leur employeur, pour jeter tout le reste de l’information dans l’oubli.

Comme vous l’avez bien précisé, lorsque les médias n’en parlent pas, ça n,existe pas. Et cela est une lutte bien réelle aussi pour les activistes qui sont aujourd’hui obligés de casser des fenêtres ou de se balader seins nus pour qu’on se préoccupe d’eux. Et la règle qui dit qu’un parti ne peut pas participer à un débat dans les médias s’il n’a pas au moins un élu… alors que le parti a besoin de cette visibilité pour réussir à atteindre cet objectif.

Certes il y a pire ailleurs, certes nous ne sommes pas tant à plaindre, mais nous avons ici beaucoup de chemin à faire avant que nos médias puissent légitimement clamer qu’ils servent la « démocratie ».

Vous avez raison ! Je ne suis pas journaliste et malgré tout je me suis gardé une petite gêne sur le travail journalistique moderne au Québec!! C’ est bien beau les ENQUÊTES commanditées qui donnent de la motivation ! On sait tous que la manipulation des médias est institutionnalisée depuis longtemps mais le professionnaliste intégral d’ un journalisme en prend pour son rhume! Le dossier de l’ UQUAM par exemple aurait dû être enquêté depuis longtemps avant de se faire taper dessus!

La liberté de presse est actuellement bafouée au Québec où le tyran PKP fait régner la terreur dans le monde journalistique.

On est en mesure de constater les effets pernicieux de cette relation incestueuse entre le nouveau messie du Parti Québécor et le journalisme à tous les jours dans plusieurs journaux et postes de télé et radio.

C’est comme si la liberté de presse était retenue dans un carcan.

Seuls les journalistes n’appartenant pas à l’Empire de PKP/Julie peuvent avoir un semblant d’objectivité et encore… Ils sont eux également intimidés par ces personnages carnassiers et revanchards car il existe une possibilité qu’ils doivent dans le futur trouver un emploi à l’intérieur de l’Empire.

Le monde journalistique québécois est beaucoup trop petit.

Comme les politiciens, on a les journalistes qu’on mérite… Et le journaliste a également l’odieux d’être le messager de nouvelles qui dérangent, comme dans « ne tirez pas sur le messager svp ! » – or on tire de plus en plus sur le messager, signe peut-être qu’on confond de plus en plus le contenant et le contenu, le message et le messager…