La ligne bleue, cimetière des promesses

On ne compte plus les annonces officielles, les études, les changements de cap, les reports et les relances dès qu’il est question du projet de prolongement de la ligne bleue vers l’est de Montréal. Dernière idée en lice de Robert Poëti, ministre des Transports : un train aérien.

Metro
Photo : Lee Brown/La Presse Canadienne

Le prolongement de la ligne bleue est un projet maudit. C’est un véritable cimetière de promesses électorales non tenues. Il y a toujours une urgence d’attendre quand vient le temps de faire des investissements majeurs dans le transport public à Montréal.
Politique

Cette semaine, le ministre des Transports, Robert Poëti, a écrit un nouveau chapitre dans cette désolante saga.

L’ex-policier en fume du bon. Il songe maintenant à un train aérien pour prolonger la ligne bleue vers l’est, un peu comme à Toronto.

«En surface, ça ne veut pas dire collé à terre. Est-ce qu’en surface, on peut être à 12 pieds dans les airs ? À 18 pieds ? À 20 pieds ? On est toujours en surface et on saute des intersections», a-t-il dit.

Le ministre Poëti pourrait-il retomber sur terre, à la place ? Le projet serait une catastrophe en matière d’aménagement urbain.

Le train de l’air serait rien de plus qu’une autre cicatrice de béton dans une métropole qui en compte déjà beaucoup. Il nécessiterait de coûteuses expropriations, et il défigurerait des quartiers. Qui voudrait d’un logis avec vue sur la structure aérienne ?

Ce train entraînerait plus d’inconvénients que d’avantages pour les utilisateurs du transport en commun. Le réseau du nord-est serait un bricolage de modes de transport mal reliés entre eux : métro en souterrain jusqu’à Saint-Michel, train de l’air jusqu’à Pie-IX et peut-être plus loin, service rapide par bus (SRB) sur Pie-IX…

Le conseiller de Projet Montréal dans François-Perreault, Sylvain Ouellet, n’en croit pas ses oreilles. «Aujourd’hui, c’est le train aérien. La semaine prochaine, ça va être quoi ? Le train à lévitation magnétique ? Ça sent vraiment l’improvisation», a-t-il dit.

Le ministre Poëti semble sérieux. Il a demandé à l’Agence métropolitaine de transport (AMT) de mener une étude préliminaire d’achalandage. Traduction : des fonctionnaires et des cabinets de génie conseil vont consacrer temps et argent à une nouvelle ronde de réflexion qui permettra de repousser le projet encore de 10 ans.

On ne compte plus les annonces officielles, les études, les changements de cap, les reports et les relances dès qu’il est question du projet de prolongement de la ligne bleue vers l’est.

Il y a un peu moins de deux ans, le gouvernement Marois annonçait le prolongement de la ligne bleue en souterrain, à la grande satisfaction des élus locaux de Montréal, qui ont fait de ce projet une priorité. Il était question d’un trajet de cinq kilomètres, avec cinq stations jusqu’à Anjou, au coût de 1,1 milliard de dollars.

En fouillant dans les archives, j’ai retrouvé un de mes propres textes, datant de mai 1997. L’AMT annonçait un ambitieux plan stratégique de 10 ans pour relancer le transport en commun dans la grande région de Montréal. La ligne bleue devait être prolongée jusqu’à Pie-IX, cette fois.

Le projet revient dans l’actualité depuis maintenant 36 ans… sans aucun espoir de résultat. D’une génération à l’autre, nos politiciens abandonnent les résidants du nord-est de l’île, qui ont cruellement besoin du transport en commun pour leurs déplacements.

La ligne d’autobus qui longe la rue Jean-Talon est la troisième plus achalandée du réseau. Un métro, un vrai, aurait un effet structurant pour des arrondissements qui en ont bien besoin : Montréal-Nord, Saint-Michel, Saint-Léonard et Anjou.

Mais on préfère regarder passer le train à Québec.

* * *

À propos de Brian Myles

Brian Myles est journaliste au quotidien Le Devoir, où il traite des affaires policières, municipales et judiciaires. Il a récemment été affecté à la couverture de la commission Charbonneau. Blogueur à L’actualité depuis 2012, il est également chargé de cours à l’École des médias de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). On peut le suivre sur Twitter : @brianmyles.

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«L’ex-policier en fume du bon.» On dirait bien, en effet.

«Le ministre Poëti pourrait-il retomber sur terre, à la place ?» Grosse commande que celle-là.

« Le ministre Poëti semble sérieux.» Bof! Tous les politiciens -enfin presque tous- semblent sérieux….jusqu’à ce qu’ils changent d’idée. Et là, ce qui ne fait pas sérieux, c’est le chapelet d’explications validant le changement de cap. Mais les météorologues et les économistes sont pas mal bons dans les explications a posteriori. Il n’aura qu’à s’en inspirer. 🙂

Monsieur Myles. Vous savez autant que moi qu’un transport sous terrain coûte de cinq à dix fois plus qu’en surface (voire sous forme de métro sur élevé). Il serait selon moi responsable de le terminer à l’intersection Pie IX afin de le joindre à la ligne rapide qui transporte des milliers de passagers par jour sur une artère qui traverse l’Ile du nord au sud.

En ce qui a trait au transport Est-ouest. Il y a le train de l’Est dont le parcours débute à Mascouche pour se rendre au Centre ville de Montréal avec plusieurs arrêts tout le long du parcours à l’Est de Pie-IX. Le service n’est que pour les heures de pointe mais des autobus à voies dédiées pourraient s’établir sur Henri-Bourassa et Jean-Talon jusqu’au réseau du boulevard Pie-IX.

Notez que l’immense aire des raffineries et parc industriel monstrueux situé à l’Est de l’autoroute 25 n’a pas besoin de métro mais les résidents côté sud de l’Ile ont déjà la ligne verte qui les desserts.

S.V.P. ne tombez pas dans le pas dans ma cours et les innombrables coûts sur élevés (the sky is the limit) pour un Métro souterrain afin de parcourir un trajet pour rejoindre le bout Est de l’Ile de Montréal où la population est minime et où il y a un arrêt du train de l’Est.

Selon cette véritable parodie, il faudrait enlever tous les poteaux d’Hydro qui servent aussi à la téléphonie et à la câblodistribution parce que les gens ne veulent pas en voir mais veulent tous avoir le service Internet et bien entendu vivre sous le confort de l’électricité. Pas de poteaux pas d’électricité ni d’internet et câble.

A ce point, je vais faire circuler une pétition pour que l’on enlève les poteaux car je n’aime pas cela sous prétexte que Hydro et les compagnies de téléphone peuvent enfouir les câbles. Oui mais à quel prix. Cette mode d’enfouir les câbles dans les nouveaux quartiers résidentiels coûte une véritable fortune, mais ça… on n’en parle jamais que lorsque les personnes crient au meurtre en voyant leur compte de taxe foncière et les locataires leurs taux de loyer augmenter à vue d’oeil.

Le transport en commun à Montréal est aussi dispendieux qu’à Toronto mais Toronto n’est pas déficitaire. De plus il comporte une desserte trois fois plus importante. Disons que Toronto ne s’est pas embarqué dans un réseau entièrement souterrain ce qui l’a fait économiser plus de 2.6$ milliards depuis 30 ans. Son service de trains de banlieues est inégalé au Canada et Vancouver vient en deuxième place tout comme Toronto vient en deuxième place après San Francisco en Amérique du nord.

San Francisco offre aux personnes âgées un tarif de 25 cent, ils payaient que 10 cent en 1980 pour un système de deux Métro dont l’un (BART) entièrement automatisé depuis 1967, la même année que le Métro de Montréal fut en service (octobre 66). Le deuxième (Muni) est un système de tramway qui est sous terre dans le centre ville et à l’extérieur pour le reste des parcours. Les deux systèmes ont le même parcours en dessous du centre ville pour plusieurs stations afin de pouvoir de faire une correspondance entre les deux.

Bon pour brailler au Québec mais jamais content de payer pour des caprices.

Je vivais à Montréal-Nord il y a près de 40 ans. Il y avait toute une région que le métro ne rejoignait pas. Il ne la rejoint toujours pas. Il est vrai que la ligne bleue est un cimetière de promesses électorales. C’est bien vu. Les usagers de Montréal-Nord, de Rivière-des-Prairies, de Saint-Léonard et d’Anjou sont drôlement patients.

Il n’est pas justifié de construire un métro quand la densité de logements à l’hectare est faible. Voilà pourquoi, ce serait un projet inutilement coûteux à construire et à opérer. Seule une station de métro à Pie-IX et Jean-Talon manque à la ligne bleue. À l’est de Pie-IX, il faut des autobus rapides qui n’arrêtent pas à tous les coins de rue ou un tramway ou un tram-train. Même chose à Laval au royaume du bungalow.

Formons un nouveau comité, où la gauche proposera un TGV de courte piste, le centre un autobus électrique en voie surbaissée, et la droite un tram-tramway fabriqué par Bombardier et une série fournisseurs québécois judicieusement choisis. On pourra par la suite instituer une commission d’enquête sur le déroulement, non pas de travaux, mais de la mise en place des modes de collaboration.

Je ne suis pas un éminent urbaniste, mais personnellement, je ne voit pas l’obligation d’une ligne de Métro passé Pie-IX. Je pense qu’il y a des chose beaucoup plus urgente a faire comme investissement à Montréal