La pente glissante de l’appel à la majorité

La controverse sur la hausse rétroactive des impôts que le gouvernement Marois veut imposer aux personnes qui gagnent plus de 130 000 $ par année ajoute une pierre à un édifice politique qui commence à être bien haut. Trop haut. Celui d’une rhétorique qui s’apparente à la loi du plus fort: la force du nombre.

Celui de la majorité contre une minorité. Une pente glissante.

On peut être pour ou contre l’abolition de la taxe santé et son remplacement par deux paliers d’imposition supplémentaires aux 3 % — environ 150 000 personnes — les mieux nantis du Québec (et des modifications aux gains en capital et aux dividendes qui touchent beaucoup plus de gens, mais comme c’est complexe, personne ne semble s’en formaliser…)

Là n’est pas la question. On peut très bien en débattre sur le fond.

Mais pour justifier l’aspect rétroactif envisagé, la porte-parole du gouvernement, Shirley Bishop, a pris soin de souligner deux fois plutôt qu’une au journaliste du Soleil, Gilbert Lavoie, que la mesure serait très populaire. Une sorte d’avertissement aux partis d’opposition.

Extrait:

Les modifications prévues aux paliers d’impôt constitueront une mesure législative et devront donc être soumises au vote des élus. Mme Bishop a dit ignorer si le gouvernement pouvait être renversé sur une telle mesure. «Il va falloir négocier avec l’opposition et on a dit qu’on allait le faire de toute façon. Ce n’est pas un vote sur un budget, mais il peut y avoir une motion de non-confiance. On est bien conscient de tout ça. Mais en même temps, je vous rappelle qu’avec notre mesure, on va favoriser cinq millions de personnes, versus une centaine de milliers de personnes qui gagnent 130 000$ et plus. Si tu votes contre, tu viens brimer cinq millions de personnes qui en ont bien besoin

La force de la majorité comme argument politique.

Ce n’est pas le seul exemple récent.

– Dans le conflit étudiant du printemps, on a entendu certains ténors du gouvernement libéral justifier la hausse des frais de scolarité par l’appui d’une majorité de Québécois envers la mesure, tandis que la minorité des étudiants ne voulaient rien savoir.

– La fermeture de la centrale nucléaire Gentilly-2 annoncée par le gouvernement Marois est certainement saluée par une majorité de Québécois, sauf dans la région directement concernée, où une minorité (dans le grand Québec) d’élus et de citoyens compte sur ces emplois pour donner un peu de tonus économique à une région durement touchée par les faillites dans les dernières années.

– La charte de la laïcité proposée par le PQ séduit certainement un grand nombre de Québécois, particulièrement hors de Montréal. Une politique qui n’est d’ailleurs pas sans inquiéter certains souverainistes, qui jugent qu’on stigmatise une minorité de nouveaux Québécois, comme l’affirme l’ancien député bloquiste Jean Dorion dans une lettre coup de poing publié samedi dernier dans Le Devoir.

Les sondages internes du PQ montrent une forte popularité pour ces mesures (identité, nucléaire et fin de la taxe santé). C’est pourquoi Pauline Marois les a annoncés en toute confiance.

Mais cela n’en fait pas un argument politique pour autant. Si une mesure est bonne, elle devrait avoir amplement d’arguments pour se justifier, sans avoir besoin d’évoquer les sondages ou la force du nombre.

La hausse des frais de scolarité, la fin du nucléaire, l’abolition de la taxe santé ou encore la charte de la laïcité sont des débats importants qui méritent des arguments de fond, pas des considérations électoralistes basées sur leur appui populaire.

L’argument de la majorité nous amène sur une pente dangereuse en politique. En fait, il ne devrait jamais exister.

C’est un piège qui guette tous les gouvernements, peu importe la couleur.

(AJOUT: Un abonné twitter me fait remarquer, avec justesse, que le gouvernement Harper utilise souvent cet argument de la majorité pour justifier certaines mesures en matière de lutte à la criminalité…)

Parfois, ce que la majorité souhaite concorde avec l’intérêt public. Parfois, non. C’est aussi simple que ça.

Surtout, avoir la majorité de son côté ne dispense pas de faire les choses dans l’ordre. Il faut se baser sur des faits, puis communiquer, expliquer, convaincre et montrer du respect pour les minorités touchées par les décisions.

Un contribuable qui gagne un salaire supérieur à 130 000 $ doit pouvoir planifier ses finances autant que celui qui touche 50 000 $ par année. L’employé d’Hydro-Québec qui va éventuellement perdre son emploi à Gentilly, ou le maire qui va perdre des revenus importants pour sa ville, ont le droit de se faire annoncer en personne la mauvaise nouvelle et se faire expliquer la suite des choses. Le gouvernement Charest aurait dû mieux communiquer pendant le conflit étudiant, plutôt que de rester assis sur la position majoritaire dans les sondages. Ainsi de suite.

Dans l’excellent texte de ma collègue Noémi Mercier sur les dernières heures de la campagne électorale de Pauline Marois (paru il y a deux semaines dans le numéro encore en kiosque jusqu’à vendredi — «Duo ou duel?»), on comprend que la nouvelle première ministre veut être rassembleuse. Elle le dit et le répète.

Extrait:

Elle allait passer la journée à songer à son discours de victoire, me disait-elle aussi, soucieuse d’envoyer le bon message, de trouver « un ton rassurant et rassembleur, porteur de l’espoir que le Québec va aller mieux ». Cet après-midi-là, dans sa suite d’un hôtel de Montréal, elle peaufinerait deux versions de son allocution avec ses conseillers : l’une en cas de mandat majoritaire, l’autre en cas de gouvernement minoritaire. « Il faut que je sois capable de vivre avec les deux. Ce soir, quelques millions de personnes vont me regarder, il ne faut pas que je sois prise au dépourvu. Pas de tristesse. Pas de déception profonde. Je ne suis pas une femme d’amertume. J’ai pas de temps à perdre avec des affaires négatives ! Une fois que l’événement est passé, tu te dis : bon, ben, j’ai une tâche, une responsabilité. Je vais l’assumer. »

Dans ce Québec plus fragmenté que jamais, Pauline Marois gouvernera-t-elle autrement parce qu’elle est une femme ? La question court sur bien des lèvres, et les politologues disséqueront son mandat pour y déceler des indices d’un leadership « au féminin ». « Je crois qu’il y a un peu de différence, avance la principale inté­ressée. Traditionnellement, on a pris soin du monde. Et ça nous a bâties collectivement. Alors, on a une préoccupation pour la vie quotidienne. Les femmes sont très concrètes, très pragmatiques. Des études montrent qu’en affaires elles prennent moins de risques, analysent davantage avant de décider. Les gars sont peut-être plus audacieux. Moi, je crois à l’équilibre. Comme chef de gouvernement, je vais bien mesurer mes décisions. Mais comme j’ai pas mal de gars dans ma gang, ils me tireront peut-être un peu plus loin ! L’autre chose, c’est que j’aime beaucoup travailler en équipe. J’aime consulter, écouter le monde, et je suis capable de souplesse. Parce que l’important, c’est l’objectif. Tu peux te tasser à droite, te tasser à gauche. Je ne changerai pas d’avis sur le principe, mais le chemin à prendre peut être un peu différent.»

Pauline Marois est aussi bien consciente de ce nouveau Québec, divisé politiquement (32 % PQ, 31 % PLQ, 27 % CAQ, 5,7 % QS).

Autre extrait:

«Les points de vue sont moins campés en rouge ou bleu. C’est beaucoup plus morcelé qu’avant. Le tissu serré d’hier est pas mal éclaté», dit Pauline Marois.

Dans ce tissu moins serré qu’hier, il y a l’éclatement politique, l’arrivée de cultures différentes au Québec, un clivage plus important entre Montréal et le reste de la province, un développement économique à plusieurs vitesses entre les régions, une incompréhension plus grande entre les différentes strates socio-économiques…

Ce contexte impose des défis à un dirigeant qui se veut rassembleur. Pour aller au-delà des voeux pieux et de l’appel à la majorité, il faut davantage dialoguer avec chacun des groupes de la société pour expliquer ses décisions, avec respect, même si elles sont difficiles.

Pauline Marois le sait. Elle en parle. Maintenant au pouvoir, elle doit l’appliquer.

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Le secret serait de ne rien faire, absolument rien. Laisser faire, la procrastination, étudier, des comités, des remises à plus tard.

La majorité, c’est aussi le PLQ + la CAQ, donc la droite ou le centre-droit. Pas le « nous inclusif » de gauche qui a capturé la démocratie…

1- La majorité, c’est le PQ. Dans notre système parlementaire, ce sont les règles du jeu. Dire le contraire, c’est être mauvais perdant.
2- Le statut minoritaire du PQ l’obligera à aller chercher un appui minimum pour passer ses réformes. En cela, le résultat de l’élection oblige Pauline Marois à mettre de l’eau dans son vin. Quand on écoute l’opposition, ils voudraient la mettre à l’eau, c’est cela qui n’est pas démocratique, respecter aussi le choix de la population, ça veut dire pour eux aussi, sinon davantage parce qu’ils ont perdu leurs élections, de mettre de l’eau dans leur vin.
3- Personnellement, si un parti choisi de nous replonger dans des élections à court terme, il devra répondre de son refus d’obéir à la volonté de toute la population qui leur a refusé une majorité. Cela implique que les 3 grands partis sont appelés à la modération en même temps qu’ils doivent prendre acte de la majorité du PQ qui a été élu pour mettre son programme en oeuvre avec quelques nuances commandées par le fait qu’il soit minoritaire.

Vous dites : « Mais cela n’en fait pas un argument politique pour autant. Si une mesure est bonne, elle devrait avoir amplement d’arguments pour se justifier, sans avoir besoin d’évoquer les sondages ou la force du nombre. »

Est-ce une interprétation que vous faites des propos d’une attachée de presse que vous extrapolez à tous les membres du nouveau gouvernement ou la réalité ?

La démocratie est en principe là pour protéger les minorités, mais on peut parler d’une minorité en terme de nombre mais aussi en terme de pouvoir; certaines décisions d’un Gouv peuvent être fortement influencées par le lobbying de groupes minoritaires très puissants, dans ces cas là c’est la responsabilité du gouvernement de protéger les intérêts de la majorité (monsieur et madame tout le monde) qui n’a aucun moyen d’influencer ces décisions. À mon sens c’est ce que fait le Gouv Marois, le fait que quelqu’un rouspète suite à certaines de ses décisions n’empêche pas qu’elle soit les meilleures, les plus équitables, les plus équilibrées.

Il y a une expression pour cela

La dictature de la majorité

Un gouvernement qui gouverne en s’appuyant cette base est populiste et démagogique.

Y a-t-il un mot pour décrire une mode de décision basé sur ce qui est apparemment une bonne chose mais qui s’avère en être une mauvaise à long terme? Disons que le mot stupidité correspond à cette définition. Je crois qu’au Québec, nous avons un don pour prendre des décisions stupides.

Je doute parfois que la démocratie, le vote populaire, soit la façon de prendre les meilleures décisions.

On ne fait pas d’omelette sans casser des oeufs.
La fermeture de Gentilly est un choix de société malgré l’opinion de ces travailleurs qui préfèrent sans doute un gros chèque de paye, accompagné d’un diagnostic de cancer!

Il est certain que je partage la décision gouvernementale de transférer
cette taxe au 2% ou 3% de la population, les mieux nantis. De plus, en matière
budgétaire, il est normal d’appliquer des mesures rétroactives au prononcé
du budget. Je reconnais qu’en l’absence d’un énoncé budgétaire, la manière
de l’annoncer n’a pas été très heureuse. Toutefois, je ne comprends pas
qu’un parti de gauche comme Québec Solidaire s’ est opposé à la rétroaction.
Il n’est pas facile pour ce gouvernement d’opérer un virage en étant
minoritaire devant une opposition majoritaire(PLQ et CAQ) qui défend davantage le
néo-libéralisme.
Enfin ,j’invite à lire cet article:
« Taxe santé versus nouveaux paliers d’imposition »
26 septembre 2012 Jean-Simon Carrier
L’auteur est enseignant au secondaire à St-Hyacinthe
http://www.lautjournal.info/default.aspx?page=3&NewsId=4021

Taxé les plus nanties entraineront le départ de la province de ceux-ci qui payent déjà beaucoup en passant. Ce qui arrivera après leur départ ce seront tous les citoyens de la classe moyenne qui verront leurs impôts augmenter pour compenser ce manque à gagner. N’oubliez pas que nous sommes toujours les plus taxés en amérique du Nord.

Il faut revenir un peu au réalisme et au pragmtsime ici. Le PQ a une base solide d’électeurs. Pour être majoritaire à la prochaine élection, il doit récolter 3-4 % plus de votes. Le genre de mesures qui sont mises de l’avant depuis leur arrivée au pouvoir étaient dans leur programme alors ils l’appliquent pour montrer ce qu’ils feraient s’ils étaient majoritaires. Du même coup, ils jouent sur leur gauche : parce que c’est là qu’ils pourraient bien aller chercher les 3-4 % qu’il leur manque.

Quand à la question spécifique de la hausse des impôts, je pense que la dimension rétroactive sert surtout de position de négociation. En demandant la rétrocation, le PQ risque de pouvoir trouver un terrain d’entente avec un autre parti pour une hausse non-rétroactive. Dans une telle situation, le PQ aurait exactement ce qu’il voulait (une hausse d’impôts) et l’autre parti pourrait sortir en disant qu’il a obtenu un compromis.

Dernière chose sur ce point : aucun parti n’est assez fou pour renverser le gouvernement parce qu’il compte compenser une baisse de taxe à 5 millions de contribuables, laquelle serait compensée par une hausse d’impôts pour 95 000 autres. Renverser le gouvernement sur une telle position serait du suicide politique. De plus, le PLQ et la CAQ sortent de la dernière campagne avec une grosse dette, et le PLQ se cherche un nouveau chef. Je ne vois donc pas comment une telle mesure pourrait avoir pour résultat de renverser le gouvernement.

C’est drôle, durant les manifestations cet été, on accusait le gouvernement libéral de ne pas être légitime parce qu’il n’avait qu’une minorité des voix, bien qu’il ait reçu une majorité des sièges…

Et que pensez-vous du rapatriement de la Constitution Canadienne qui a été imposée au Québec par la majorité anglophone?

Hier-soir, bien installé devant ma télé en écoutant les nouvelles à RDI, on montrait un bas salarié qui a trimé dur toute sa vie et qui malgré toutes les misères du monde a fait l’achat d’un vieux triplex en espérant le rénover pour se faire une retraite acceptable pour la fin de ses jours. Sauf que si le méchant P.Q. allait de l’avant avec sa hausse d’impôt pour les riches qui gagnent plus de 130,000$/an, le pauvre diable risque de manger des croutes à la place.
Ici Martine Biron de Radio-Canada.

Les pauvres ont pas d’argent.
Les pauvres sont malades tout le temps.
Les pauvres savent pas s’organiser, sont toujours cassés.
http://www.jukebo.fr/plume-latraver

C’est curieux que les plus nantis cries plus fort que les moins bien nantis.Peut être parce qu’il y a plusieurs journalistes dans cette catégorie et qu’ils ont les médias pour se plaindre et que les moins nantis n’ont pas autant de tribune pour pleurer.
Les bien nantis pleure la perte de leurs surplus tandis que les moins bien nantis pleure sur leur nécéssaire.

@Paul,je vous fais remarquer que 70% de la population n’ont pas votés pour le P.L.Q et que 73%n’ont pas votés pour la caq,alors vous pouvez caqueter tant que vous voulez c’est quand même le P.Q qui a gagné.Ils sont minoritaire mais en quand même une majorité sur les autres partis.

Le moins qu,on puisse encore dire,c,est que la dernière élection n,a rien réglé ,le départ canon de mme marois risque de déraper !
Je crois que la majorité des québecois doute de plus en plus des chances de réussites des politiques actuelles autant que celles du gouvernement précédent!
J,ai constaté parmi mon entourage une prudence et une crainte pour le futur ,je dirais une insécurité grandissante!
Je crois que si le gouvernement ne fait rien pour contrer ce mécontentement ,Il pourrait se retrouver dans une situation précaire!

Les deux partis d’opposition disent qu’ils vont voter contre la hausse d’impôt et lancer le Québec en élection subito presto…
De la pure science-fiction, les libéraux n’ont pas de chef et les caquistes ont vidé leur tirelire électorale, sans compter que les québécois détestent aller voter, surtout en hiver.
A croire qu’ils font un concours pour savoir qui pisse le plus loin.

Pourrait-on , pour une fois , accorder de l’importance à la majorité de la population au lieu de l’acorder toute aux riches, lesquels, on sait sont peu nmbreux, mais détiennent toutes les ficelles pour manipuler les gouvernemnts , obtenir des subventions, rouler le peuple, profiter de tous les trous dans les lois des impôts, profiter des abris fiscaux, et j’en passe.
Est-il si mauvais que dans une démocratie ou l’on opère avec un système capitaliste ou les acteurs sont loin d’avoir les mêmes opportunités, que le gouvernement fasse un partage de l’avoir collectif? Quand on sait que les banquiers et le système capitaliste , avec son vocabulaire inventé incompréhensible pour le commun des mortels a plongé le monde dans la misère,ne ppurrait-on pas avoir une certaine considération pour les gens qui travaillent à l’intérieur de ce système mais sont injustment rémunérés par rapport à ceux qui se sont hissés au sommet de la pyramide?
Il faut du courage à Pauline Marois pour oser tenter d’ébranler les colonnes du temple du neo-libéralisme de Jean Charest et des libéraux qui conduit la population à la pauvreté en nous écrasant de taxes au profit des mieux nantis.Il est temps d’opposer l’humain à l’argent dans le choix des décisions et que l’humain l’emporte.

Que 2 semaines de pouvoir et les Québécois sont déjà en mesure de constater toute la félonie et l’hypocrisie qui caractérisera ce gouvernement Marois en culottes courtes, incompétent et qui ne sait pas où il s’en va.

On s’ennuie presque de Jean Charest!!!

@ Ben (# 14):

Ce gouvernement n’a aucune légitimité morale de gouverner!

Il est minoritaire et il tente de nous enfoncer dans la gorge des politiques qui ne faisaient pas partie de son programme: augmentations d’impôts RÉTROACTIVES par exemple.

Il fait de la petite politique de bas étage et n’a rien à foutre des intérêts supérieurs du Québec.

Vite, que Gilles Couillard vienne à la rescousse de notre pauvre province qui vit écrasée sous la botte péquiste.