La MMA au bord du gouffre

La nouvelle était prévisible: la Montreal, Maine&Atlantic Railway (MMA) s’est placée sous la protection des tribunaux pour éviter les saisies de ses nombreux créanciers. Les victimes directes et indirectes de la tragédie de Lac-Mégantic devront compter sur Québec et la justice pour obtenir réparation.

La Cour supérieure a autorisé aujourd’hui la MMA à se placer sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies. Le transporteur maudit n’est pas encore en faillite, mais il est insolvable. À elle seule, la décontamination pourrait coûter jusqu’à 200 millions de dollars. Avec ses avoirs au Canada de 18 millions (et de 50 à 100 millions aux États-Unis), la MMA n’a pas les reins assez solides pour affronter les lendemains de la tragédie du 6 juillet.

Le juge Martin Castonguay a accepté la requête de la MMA «dans l’intérêt des sinistrés de Lac-Mégantic». Il a vilipendé la compagnie au passage pour son comportement «lamentable» depuis le déraillement qui a fait 47 victimes.

La décision est accueillie avec satisfaction par le gouvernement Marois puisqu’elle permet à l’État d’obtenir un statut de créancier garanti. Ce faisant, Québec pourra récupérer le maximum des frais encourus. La décision de la Cour supérieure permet également au gouvernement de combler le vide laissé par la MMA, qui ne s’occupait plus du nettoyage du centre-ville, en dépit des deux mises en demeure expédiées par la ville. Quelques heures après la décision de la Cour, Québec et la Ville de Lac-Mégantic ont mandaté la firme Pomerleau pour compléter ce nécessaire travail de nettoyage.

La Cour supérieure et le gouvernement Marois ont tous deux indiqué qu’ils plaçaient les sinistrés au sommet de leur liste de priorités. C’est en soi une bonne nouvelle bien que nous sommes encore loin d’une fin heureuse (si l’on peut parler ainsi) pour les sinistrés de Lac-Mégantic. Le juge Castonguay appréhende d’ailleurs «un chaos juridique» qui se répandra des deux côtés de la frontière.

La MMA a toujours l’intention d’indemniser les victimes, tel que l’a confirmé son avocat, Denis Saint-Onge. Un juge agira désormais comme arbitre afin de coordonner les demandes. Il faudra que la Cour trouve un chef d’orchestre ferme, déterminé et pragmatique pour réconcilier les attentes d’une population qui réclame justice et les moyens d’une compagnie au bord du gouffre.

Plus que jamais, la médiation apparaît comme la seule issue possible pour les sinistrés.

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