La pensée irréconciliable de Pierre Dubuc

Attention: billet pour les mordus seulement.

Pierre Dubuc, du SPQ libre, qui m’accusait dans un récent billet d’avancer des propositions qui conduiraient à l’assimilation du français, s’étonne que je réagisse sèchement à ses absurdes accusations.

Il tente de se justifier dans un nouveau texte, une lettre ouverte, où il me pose des questions auxquelles j’ai déjà répondues, mais, surtout, où il arrive à affirmer une chose et son contraire.

Il y a « une divergence fondamentale entre nos deux approches » écrit-il:

D’un côté, il y a une politique linguistique qui découle de la Charte de la langue française et de ses deux principes fondamentaux : le français, langue officielle et le français, langue commune. De l’autre, il y a une politique linguistique qui origine de l’arrêt Ford de 1988 de la Cour suprême du Canada qui impose le principe de la « nette prédominance du français », en prenant pour référence la Charte canadienne des droits, la Charte de Trudeau.

Ces deux approches, découlant de deux chartes aux principes antagonistes sur la question linguistique – il est bien connu que Trudeau a fait adopter sa charte pour invalider des dispositions de la Charte de la langue française – ne sont pas interchangeables. Il faut donc choisir sa Charte.

Vous le suivez ? Bon. Maintenant, lisez le paragraphe suivant. Il n’y a rien entre ce qui précède et ce qui suit.

Une politique linguistique basée sur le principe du « français, langue commune » implique, bien entendu, la prédominance du français et des exceptions pour l’anglais. C’est l’esprit et la lettre de la Loi 101.

Vous avez compris ? D’une part, il y a la trudeauiste « prédominance du français » et d’autre part, il y a la lévesquiste « prédominance du français ». La première est la mienne, assimilatrice. La seconde est la sienne, admirable. D’où, évidemment, le schisme ! C’est, écrit Dubuc, « irréconciliable » !

Il y a peut-être un problème dans l’ordre des termes. Il faut dire d’abord « français langue commune » et ensuite seulement, pour définir l’application de la politique, utiliser l’expression « prédominance du français ». On passerait ainsi le test de pureté linguistique-à-la-Dubuc.  C’est pourtant très exactement ce que j’écris dans le billet que Dubuc critique:

Car si le français doit être la langue officielle et la langue commune au Québec, elle doit clairement prédominer. C’est un mot fort, prédominer. Cependant il indique que le français n’est pas seul. Il indique aussi que notre objectif n’est pas d’oblitérer les autres langues.

Mais voici le clou de l’argumentaire. Je reprends la lettre de Dubuc au point où on l’a laissée, sans rien enlever:

Par contre, une politique linguistique fondée sur le principe de la « nette prédominance du français » n’implique pas que le français soit la langue commune. Au contraire, il sous-entend la cohabitation de deux langues, le français et l’anglais.

Pour la première phrase, on croirait lire du Robert Bourassa. Dubuc affirme une chose qui n’a pas de sens logique et la prend pour vrai. Or l’inverse est vrai. Si on fait du français la langue officielle et commune elle devient, par voie de conséquence, nettement prédominante dans un lieu où existent des minorités linguistiques. Et c’est parce que sa prédominance est en retrait depuis 20 ans qu’il y a, à mon avis, urgence à légiférer pour corriger le tir.

Sa deuxième phrase nous entraine au cœur de la contradiction de la pensée-Dubuc. La nette prédominance, écrit-il (parlant surement de la mienne, et pas de la sienne), « sous-entend la cohabitation de deux langues ».

Soit Pierre Dubuc ne sait pas que deux langues cohabitent, depuis deux siècles et demi, au Québec. Et que toute la question est de savoir laquelle sera officielle, commune et prédominante. Soit il souhaite que deux langues cessent de coexister dans le futur. Donc que l’anglais finisse par disparaître.

Je précise que René Lévesque avait mis sa démission sur la table pour protéger l’existence du système scolaire anglophone et que Camille Laurin affirmait son respect pour la minorité historique anglophone. Il la déclarait « irréductible ». Le fait est que j’ai travaillé avec Camille de 1994 à 1999, alors qu’il défendait le principe de « nette prédominance du français » dans l’affichage, contre ceux qui voulaient revenir à l’unilinguisme. Bref, pour les deux fondateurs de la politique linguistique péquiste, deux langues allaient durablement cohabiter au Québec. Mais ils allaient renverser le rapport de force et faire de la faible, la forte.

Est-ce le cas de Pierre Dubuc? Je suis bien en peine de le préciser, car il prétend être favorable au maintien d’un système scolaire intégral, de la garderie à l’université, pour la communauté anglophone (il me reproche de vouloir abolir les Cégep anglophones et m’accuse de ne pas respecter l’identité des institutions anglophones). Donc, il est favorable à la cohabitation de deux systèmes d’éducation, perpétuant l’existence de deux groupes linguistiques. Il écrit même espérer que très peu d’anglos quitteront le Québec après la souveraineté. Bien. Mais attention, il est interdit de « sous-entendre la cohabitation de deux langues ». Voilà deux positions qui, cohabitant semble-t-il dans un même cerveau, paraissent irréconciliables.

Les commentaires sont fermés.

En l’absence de législation sur la langue dans les états constitués des États-Unis d’Amérique, l’anglais a effectué sa propre loi du nombre: sa majorité s’imposa pour devenir officieuse à défaut d’officielle. Et cela a terni l’existence des peuples fondateurs de cette république: que ce soit les français d’Amérique, les néerlandais, les allemands et j’en passe.

Dans cette approche continentale, l’anglais est loin d’être menacée. Même si la législation standardisait l’emploi du français dans ses institutions, j’aurais peine à croire qu’on parvienne à effacer une vitalité minimale de l’anglais.

J’en ai pour preuve argumentaire la nouvelle montée de l’espagnol aux États-Unis. Sans aide étatique, des commerces et même des institutions se sont accommodée à cette réalité sociologique ce qui a consterné les partisans conservateurs qui veulent voter des lois pour protéger leur héritage linguistique!

M. Lisée,

Il y a une expression en anglais (scusez la) qui dit: « Don’t feed the troll. » Pensez-y. 🙂

« J’espère que ça se soigne. »

C’est là où vous m’avez perdu. Vous êtes généralement au dessus de la mêlé mais là, vous vous faites prendre par le jeu des critiques.

Si cela n’avait été de votre dernière phrase, on vous suivait. Mais en attaquant ainsi, votre réponse devient déplacée et un tantinet revancharde.

Ce qui ce soigne Monsieur, c’est notre façon de nous aborder, d’échanger, et d’enrichir nos visions respectives.

Cela étant dit, M. Dubuc aurait aussi intérêt à apprendre à critiquer et échanger selon les règles de l’art, c’est à dire avec écoute, respect, et ouverture d’esprit.

La langue.

Sujet important de la pensée nationaliste. Principalement dû au fait qu’elle est liée de manière directe à l’identité d’une nation.

Le noeud du problème se trouve dans le fait d’établir le juste niveau accordé à l’anglais ( et à la communauté anglophone), dans le présent, ainsi que dans un Québec souverain.

Certains passages de la pensée de Pierre Dubuc semblent se rapprocher des hypothèses « rinistes », et de celles d’André d’Allemagne en particulier.

Ce domaine était une des principales causes de conflits entre le R.I.N et le M.S.A de Lévesque.

Camille Laurin, le psychanalyste, lors des premières moutures de la loi 101, semblait vouloir pasticher un peu l’esprit « riniste » ( de décolonisation totale) et marquer les esprits, tout en sachant que son projet de loi aurait à être adouci.

Quel est le niveau souhaitable? Un Québec aussi français que l’Ontario est anglais? Ou un équilibre 85%-15%?

Raphaël Erkoréka,
Débardeur,
Port de Montréal.

Plutôt qu’une pensée irréconciliable entre vous et Pierre Dubuc, je vois plutôt quelqu’un qui veut discuter avec vous du sexe des anges.

Vous me permettrez donc de soumettre à votre analyse une vision différente de la pensée qui aurait pu guider les Trudeau/Lévesque, à l’époque.

René Lévesque, c’est bien connu, était un journaliste qui connaissait une brillante carrière. Amené en politique par la force du hasard, il avait établi clairement sa politique en matière linguistique.

P.E Trudeau, à l’inverse, n’était connu, que je me souvienne, qu’en son milieu d’intellectuels et surtout, pour ses positions anti duplessistes et anti tout ce qui peut attirer l’attention des médias.

Fils de parents riches, toujours à la recherche d’un moyen de faire sa marque, sans aucune idée de la façon d’y parvenir, l’arrivée de René Lévesque en politique a été l’opportunité de sa vie.

Il me semble bien, M. Lisée, qu’avant Trudeau, le rapatriement de la Constitution n’était pas du tout à l’agenda de l’Ontario, coeur du pays.

Une Charte des droits n’existait pas en Angleterre, notre modèle de démocratie, et la Charte américaine avait été rédigée pour établir les règles qui devaient guider la démocratie d’une après-guerre entre le Nord et le Sud. Rien de pareil au Canada. Les conquis étaient bien soumis.

Alors, pourquoi tout ce branle-bas constitutionnel? René Lévesque avait déjà sa Charte des droits qui ne dérangeait en rien les lois fédérales. Alors, il fallait quelque chose de vendeur au Canada anglais: la Charte de la langue française.

Pour un opportuniste, l’occasion était belle de pouvoir enfin élaborer une politique fédérale qui serait vendable à L’Ontario.

Résultats: M. Trudeau a réussi à créer un cadre juridique qui fournirait aux constitutionnalistes, du travail pour des générations à venir.

En boni, il faisait presque table rase de plus d’un siècle de jurisprudence au Canada.

La vrai question, M. Lisée, après 30 ans d’usage: où sont les avantages que ces changements constitutionnels ont apporté à notre quête d’une plus grande justice sociale pour les Canadiens? Que ce soit en terme linguistique ou autre.

Salutations cordiales.

On ne peut se payer le luxe que deux de nos intellectuels nationalistes ne soient en accord pour une politique linguistique cohérente, efficace et politiquement applicable.

Prenez un verre avec Dubuc et entendez-vous avec lui.

La cohabitation entre la langue anglaise et la langue française au Québec est une fatalité avec laquelle tous les québécois doivent composer dans le contexte Nord-Américain. Mais pas dans le reste du Canada, ce pays de bilinguisme de pacotille.

Tous ces « nationaleux » et ayatollah de la langue qui ont un complexe d’infériorité à l’égard de ceux qui parlent la langue de Shakespeare et qui voudraient la voir disparaître se bercent d’illusion.

Ceci dit, la prédominance de la langue de Molière dans l’espace public au Québec est non seulement une nécessité, mais une question de survit dans le contexte d’un pays unidirectionnellement bilingue où le plus simple d’esprit uniligue anglais peut aspirer aux plus hautes fonctions de l’État et que le plus brillant uniligue francophone, quant à lui, peine à se qualifier pour un emploi de subalterne (Je caricature pour démontrer le contraste et pour démontrer que le parlant français se doit d’acquérir l’anglais en Amérique du Nord. Ce serait l’espagnol en Amérique du Sud, une troisième langue en Europe et quelque chose d’autre en Asie).

Donc, d’accord avec vous, la langue française doit demeurer prédominante au Québec et elle se doit d’être la langue commune peut importe notre origine, soit.

Toutefois, cela ne peut pas et ne doit pas être interprété comme un encouragement à ne pas apprendre d’autres langues, mais une incitation à légiférer pour renforcer le fait français au Québec.

La Charte de la langue française a été attaquée de toute part par ces unilingues anglais voulant à tout prix l’assimilation du peuple canadien-français, elle est devenue un gruyère et il est temps de s’attarder à boucher quelques trous que la Cour suprême du Canada s’est enjouée d’y creuser.

Il n’y a pas grand monde qui veut empêcher les anglais vivant au Québec de parler anglais.

Mais on dirait qu’à Montréal il y a de plus en plus d’anglophones qui font de l’urticaire à cause de la seule présence du français.

Votre vision jovialiste de la situation, n’y change rien, la situation se dégrade à ce niveau. Et je suis d’accord avec le commentaire assimilant votre chicane avec Pierre Dubuc à une discussion sur le sexe des anges.

Quelle est la solution au problème linguistique je ne le sais pas. Mais je sais une chose cependant, ou bien le français réussira à tenir le haut du pavé à la grandeur du Québec incluant Montréal, ou il disparaîtra, tant la puissance culturelle, pas tant des anglos mais de l’Amérique est forte.

Un jour ou l’autre il faudra bien trancher.

Tous les deux, vous voulez assurer la pérennité de notre si précieuse langue française.

La différence réside dans la pondération. Je vous trouve plus nuancé que Dubuc, mais je vous apprécie tous les deux parce que vous vous portez vigoureusement, courageusement, à la défense de notre langue.

Dans mon cas, quelques bonnes inspirations et un bol d’air frais m’aident à relativiser…

Moi, j’appelle ça être passionné et je tiens à ce que vous sachiez que vous êtes passionnants. Quand je vous lis, toutes et tous, je me sens vibrer, je me sais vivant.

Merci du fond du coeur pour votre générosité.

Bonne journée!

Présentement, au Québec, c’est le français qui est menacé.

Nous nous portons donc à sa défense avec toute notre énergie. Je suis convaincu que nous faisons ce qui doit être fait.

Vive le Québec, vive l’Amérique française!

Je suis souverainiste mais certaines lois linguistiques québécoises me mettent mal à l’aise. Je crois que la seule chance de survie pour la langue française au Québec est la souveraineté. Étendre la loi 101 au CEGEP n’est qu’un pis-aller, un « pansement » (pour ne pas dire « band-aid ») qui ne fera qu’empirer notre image à l’étranger, sans avoir de vrais effets positifs sur l’usage du français au Québec.

Ceci dit, ce Dubuc me semble être en mal d’attention. Ses énergies seraient plus utiles en étant dépensées ailleurs que dans ce débat somme toute ésotérique.

La résistance de la langue française à l’envahissement de la langue anglaise au Canada va toujours être nécessaire, même dans un Québec souverain, à moins d’agir comme les Israéliens, en nous créant plein d’ennemis autour et à l’intérieur du Québec. Ils se fabriquent un ghetto dans leur religion juive, nous, avec un ghetto de langue française.

Voilà plein de bons commentaires. Comme disait une femme : » Les hommes se refusent à faire du ménage, car, pour eux, ce serait mordre la poussière. «

Petite guéguerre épistolaire entre deux pseudo-intellectuels gauchistes en mal de reconnaissance spirituelle et cérébrale.