La politique à l’heure de la pandémie…

Pour certains, la force de François Legault fait la preuve de la faiblesse de Justin Trudeau. Mais la comparaison entre les deux premiers ministres est boiteuse dans la mesure où elle s’appuie sur une réelle confusion des rôles.

Photo : Daphné Caron

La politique, avec un p minuscule, fait beaucoup relâche depuis que la pandémie a rattrapé le Canada. C’est particulièrement le cas au Québec, où la gestion de crise du premier ministre François Legault a fait l’unanimité ou presque depuis le début.

Il faut dire que le premier ministre actuel du Québec jouissait déjà d’une cote d’approbation enviable par rapport à ses homologues des autres provinces. Son électorat était davantage disposé à lui faire confiance que celui de l’Ontarien Doug Ford, par exemple, lequel pâtissait dans les intentions de vote depuis des mois.

Il n’y a pas, dans les archives des gouvernements, de manuel d’instruction pour gérer un défi de l’ampleur de la pandémie actuelle. Ce manuel, les premiers ministres d’Ottawa et des provinces l’écrivent une page à la fois, au fil des décisions inédites qui s’imposent d’une semaine à l’autre.

Parmi les premiers ministres provinciaux, celui du Québec s’est imposé comme le chef de file. Ses décisions ont souvent fait école ailleurs au Canada. Aux yeux de la classe politique canadienne, le premier ministre du Québec est devenu — avec raison — le mètre étalon de la communication efficace en temps de crise.

Pour certains, la force de François Legault fait la preuve de la faiblesse de Justin Trudeau. Sur le plan des communications, le premier ministre québécois est indubitablement plus performant que son vis-à-vis fédéral. Ce n’est d’ailleurs pas nouveau. Mais, en somme, la comparaison entre les deux premiers ministres est boiteuse dans la mesure où elle s’appuie sur une réelle confusion des rôles.

Il est nettement plus simple de fermer des écoles ou même des entreprises que de fermer la frontière canado-américaine à la libre circulation des personnes tout en maintenant des liens commerciaux essentiels entre les deux pays. Et ce n’est pas parce qu’il y a une pandémie que le président Donald Trump est devenu un modèle de cohérence, bien au contraire.

Le casse-tête logistique qui consiste à répondre — du jour au lendemain — à une demande pour l’assurance-emploi multipliée par 10 constitue un défi sans précédent pour une machine fédérale dont la lourdeur est une marque de commerce en temps normal.

Non, le filet de sécurité sociale canadien n’a pas été conçu en prévision d’un ralentissement de l’activité économique aussi important que celui auquel on assiste en raison de la pandémie. Pour autant, en pleine tempête, les gouvernements disposent-ils vraiment du temps nécessaire et des ressources requises pour le remettre sur le métier ?

En fait, ce que François Legault démontre surtout au fil de sa gestion de crise, c’est le mérite d’un modèle fédératif qui permet aux provinces de faire des gestes qui collent à la réalité de chacune et de s’inspirer les unes des autres. On a vu le même effet d’entraînement à l’œuvre entre des grandes villes comme Montréal et Toronto.

Contrairement à ce qu’on observe aux États-Unis, il n’y a pas entre les divers ordres de gouvernement au Canada ou même entre les principaux partis de discordances fondamentales quant à la façon de gérer la pandémie. Sur le fond, les provinces et Ottawa sont sur la même longueur d’onde. Leurs violons sont plus que moins accordés.

Cela dit, ce ne sont pas les occasions qui vont manquer, après coup, d’évaluer la pertinence des décisions des uns et des autres. Surtout que, lorsqu’ils en auront fini avec la pandémie, les gouvernements vont devoir s’atteler à réparer ses immenses dégâts collatéraux. Il n’y a pas d’arc-en-ciel au bout du tunnel de la COVID-19.

Ainsi, il y aura — peut-être plus tôt que tard dans le contexte minoritaire actuel — des élections fédérales. On peut déjà prévoir que l’enjeu clé consistera à déterminer lequel des chefs en présence est le plus apte à gérer la suite des choses et à aider le Canada à redresser son économie et ses finances publiques.

Les deux partis d’opposition fédéraux qui aspirent au pouvoir — c’est-à-dire le Parti conservateur et le NPD — ont intérêt à se préparer en conséquence. C’est particulièrement vrai dans le cas du Parti conservateur.

Jusqu’à présent, les principaux aspirants à la succession d’Andrew Scheer se sont surtout distingués dans le rôle de gérants d’estrade. Si les conservateurs aspirent vraiment à remplacer les libéraux aux commandes dans un avenir rapproché, ils vont devoir trouver mieux à proposer aux Canadiens que des réquisitoires contre Justin Trudeau.

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Les commentaires sont fermés.

Bonjour, je suis en accord avec la différence des rôles et responsabilités entre les deux paliers de gouvernement. Ce que je reproche à Justin Trudeau c’est le manque de communication, dès le début de la crise on ne voyait ni lui ni aucun de ses ministres nous parler. Par la suite il apparaissait et semblait insensible â la situation. On voyait clairement qu’il trouvait c’est confère ce de presse comme un fardeau . En temps de crise on a besoin que nos leaders se rapprochent de nous.

Très bonne analyse et je suis d’accord avec Madame Hébert. Mais même avant la crise, il était plus facile de croire à la sincérité et à la capacité d’écoute (qui exige un peu d’humilité et d’empathie) de Monsieur Legault qu’à celle de Monsieur Trudeau.

Monsieur Legault est un homme avec un gros bon sens .
Il dirige une équipe. Par contre , Trudeau est seul
Et çe n’est pas bon signe. Il ne semble pas capable de démontrer son leadership .Pourquoi il ne se présente pas
Avec M Duclos et Mme Freeman et M .Champagne ., Trois bons communicateurs . (Trice). Bravo á notre PM québécois !

Très pertinent, surtout quand on voit la différence entre les décisions local et national.

L’article de madame Hébert présente une analyse sommaire et incertaine des actions accomplies par messieurs Trudeau et Legault. Les responsabilités segmentées de l’un et les devoirs d’État de l’autre sont de première importance car les deux sont inséparables. En situation de pandémie, les meilleures décisions de l’État vont réduire en nombre, mais non en intensité, les causes aggravantes. Les actions pour ralentir la propagation, identifier et isoler les gens infectés et soigner les cas sévères relèvent des provinces. Faillir à ces tâches causerait un impact économique supérieur à un resserrement temporaire de frontières. Les responsabilités assumées par François Legault sont de premier ordre et exercées en première ligne . Et ceci tout en affichant une grande détermination à réussir ce défi et un engagement personnel envers les travailleurs de la santé.

Bravo madame Hébert de mettre les pendules à l’heure. Les média et les media sociaux sont très
critiques pour Justin Trudeau. Sans être un fan, on doit au moins reconnaître après ce qu’il a subi comme bêtises, accusations et fake news de toute sorte, il a l’échine dure de demeurer calme, poli
et respectueux. De le voir passer d’une langue à l’autre dans ses points de presse avec les problèmes qu’il a dû et doit affronter, je suis bien content que ce ne soit pas les =on va en guerre= qui soient au gouvernement. Il n’y a pas grand monde de l’opposition qui sorte du rang et qui manifeste un minimum de solidarité, On fait appel au peuple pour cela mais on ne donne pas l’exemple bien fort.

Bonsoir ,
Le problème vient du fait que Justin Trudeau n’a pas l’intelligence et surtout la colonne pour gérer une nation .Voyez vous madame ,ce petit homme est là,Juste et vraiment juste parce que son père est née avant lui .Le parti libéral du Canada veule le pouvoir à tout prix et de mettre une personne qui n’a pas l’envergure pour un poste aussi important ne les dérange pas et même qu’Ils sont prêt à mettre ce pays dans le trouble avec un sans génie ,pourvu qu’ils soient au pouvoir .C’EST TOUT CE QUI COMPTE POUR EUX .

Wow! Il y a déjà un moment que je me sens un peu marginal dans ma perception de ce qu’a à gérer le gouvernement fédéral présentement avec un « partenaire devenu incontournable pour nous ».

S’il est vrai que monsieur Trudeau et son équipe semblent négliger l’importance de la communication avec la population dans cette crise, ils ont quand même probablement réussis à éviter ce qui aurait pu devenir notre plus grand cauchemar si j’avais été le chef de projet et que j’aurais bloquer la frontière, parce que c’était évident.

Merci madame Hébert de nous éclairer à même le phare de ce que vous avez croisé.

Vous écrivez : « Il n’y a pas, dans les archives des gouvernements, de manuel d’instruction pour gérer un défi de l’ampleur de la pandémie actuelle. » Je pense que c’est là le nœud du problème. Aux ÉU, le président Obama avait mis sur pied une cellule de crise en cas de pandémie de coronavirus que le président Trump s’est empressé de démanteler dans son œuvre de destruction de tout ce qu’avait fait Obama. Sauf qu’on savait fort bien depuis la dernière crise du SRAS qu’une pandémie était probable et qu’il ne s’agissait pas de si mais bien de quand elle frapperait.

Il est donc inexcusable pour les politiciens canadiens et québécois de n’avoir pas prévu de mesures pour faire face à une pandémie qui était plus que probable. Leur improvisation est pathétique et si la pandémie devient beaucoup plus sérieuse ce sera justement à cause de l’absence d’un plan et d’une cellule de crise qui aurait dû agir beaucoup plus tôt.

On a eu plutôt affaire à une bande d’apprentis sorciers qui lançaient des mesures à tort et à travers, le pire exemple est la quarantaine des gens entrant au Canada. Au début on mettait les voyageurs revenant de Chine dans une base militaire près d’Ottawa et où ils étaient en quarantaine forcée. Puis, on a été rapidement dépassés et on a parlé de quarantaine « volontaire » jusqu’à tout récemment ! Tu parles d’avancer en arrière ! Ce n’est pas tout, le Québec a l’honneur de se distinguer à l’échelle de la planète en ostracisant tous ses aînés de 70 ans et plus ! Malades ou pas malades, restez chez vous alors que les voyageurs qui répandaient le virus pouvaient aller à l’épicerie sans problème. Est arrivé ce qui devait arriver, les aînés sont devenus les boucs-émissaires de cette pandémie au Québec. Bravo à la société distincte ! Faut dire que le tandem Legault – Arruda a été astucieux car les gens ont toujours besoin de boucs-émissaires en cas de crise sérieuse et les vieux leur en ont donné un qui pouvait difficilement se défendre.

«…La comparaison entre les deux premiers ministres est boiteuse dans la mesure où elle s’appuie sur une réelle confusion des rôles. » (CH)
Oups ! Cette assertion qui préside au développement de l’analyse de madame Hébert est un peu courte. Aussi le texte se montre abusivement « arrangeant » pour l’ordre fédéral de gouvernement et son chef.
Rappelons que dans tout régime politique dit de « gouvernement responsable », un premier ministre est le chef du gouvernement et, bien sûr, celui de l’administration qui œuvre sous l’autorité de celui-ci. Dans ce cadre, il appartient à un « premier » des ministres de décider de l’action (ou de l’inaction) et fixer (ou approuver) les conditions de la production des biens publics et celles de la prestation des services aux citoyens qui y ont droit.
Or, il est important de signaler qu’au Canada, l’administration fédérale est directement responsable (régie directe) d’un certain nombre de services publics. Dans un contexte de crise sanitaire, citons les services frontaliers, les aéroports, l’assistance aux autochtones, les services consulaires, la qualité des aliments, la disponibilité des médicaments, les pénitenciers fédéraux….
Pas de permission à demander pour décider et agir dans ces domaines dans le but de garantir l’intérêt général et le bien commun.
Encore faut-il savoir reconnaitre qu’il y a un enjeu pour la santé et se montrer en mesure de tenir un discours clair (compréhensible !) pour le parlement et la population.

Bien qu’il soit à propos de dire que nous ne sommes pas encore en sortie de crise. Il est convenable d’ajouter que cela risque de prendre un certain temps avant que toutes choses reviennent à la normale. Les enjeux seront nombreux pour tous les pays du monde et probablement cela fera peut-être évoluer la diplomatie et les démocraties. Les voix de la raison l’emportant finalement sur celles de la passion et de la division.

Dans l’ensemble, la réaction Fédérale tout comme celle des Provinces tout comme celle de monsieur Legault, tout cela est exemplaire et nous devons globalement être fier de… et soutenir nos institutions pour autant que faire se peut, les soulager « un peu » du fardeau.

Soyons modestes dans nos demandes et misons sur nos propres ressources. Plus que jamais une population unie sera plus forte et plus heureuse.

J’aimerais au passage en profiter pour saluer un autre palier de gouvernement, celui tout particulièrement de la mairesse de Montréal Valérie Plante qui est à la fois efficace et empathique. Elle démontre dans cette période difficile qu’elle est à sa place et vraiment à la hauteur des défis auxquels elle fait face.

Votre analyse était bonne pour le début de la crise. Actuellement au moin 50% de la population n’est pas du tout satsfaite des prises de décisions de Legault et vous le savez. Avec la lou 61 on s’ev va vers une dictature. Comme vous devez vous aussi avoir les mains liées et ne pas pouvoir aider vos compatriotes à voir clair, je désirais me prononcer.