La prochaine présidence américaine face au défi syrien

Aux États-Unis, les observateurs constatent un consensus autour de la politique étrangère, en particulier en ce qui trait à la stratégie américaine au Moyen-Orient. Cela est révélateur de la prise de conscience de l’establishment politique des nombreux défis qui concernent la région. Néanmoins, comme l’explique Martin Chulov du Guardian, la Syrie constituera le principal enjeu de politique étrangère pour la Maison-Blanche.

Guerre civile en Syrie

Tout d’abord, les effets pervers de la guerre civile syrienne avec d’une part la radicalisation de l’opposition et d’autre part le jeu d’influence entre les pétromonarchies du Golfe et Téhéran se font déjà ressentir dans l’ensemble de la région. L’exemple le plus frappant est le Liban, dont les manifestations qui ont suivi les funérailles du général Wissam al-Hassan (un officier du renseignement décédé suite à l’explosion d’une voiture piégée), ont rapidement tourné en un concentré des tensions régionales entre les partisans de l’opposition syrienne et les militants du mouvement Hezbollah, allié du gouvernement de Bachar al-Assad

Mais aussi d’autres événements, à l’image de la visite officielle de l’Émir du Qatar à Gaza, démontrent les changements à long terme que présente l’issue de la crise syrienne.

Cette visite, constituant une nouvelle démonstration de l’influence croissante du Qatar au Moyen-Orient, s’inscrit aussi dans la logique de la reconfiguration régionale amorcée au lendemain du Printemps arabe, mais accentué par la guerre civile syrienne. Le Hamas qui était jusqu’ici allié de l’axe de résistance incarné par la Syrie et l’Iran et dont la direction politique était installée à Damas a décidé de rompre ses relations avec le régime de Bachar al-Assad pour installer son bureau politique à Doha. Comme le souligne Jean-Francois Legrain dans un entretien accordé au journal Le Monde, le Cheikh al-Thani exprime ici sa gratitude au mouvement palestinien : « En ligne d’horizon l’on trouve la rivalité avec l’Iran. Le Qatar cherche à se substituer à l’Iran comme premier allié du Hamas ». Le chercheur ajoute que « cette visite pourrait servir à lever l’interdit qui semblait être respecté par tous de ne pas visiter la bande de Gaza. Cela va notamment faire réfléchir les Turcs, qui avaient envisagé une visite puis renoncé ».

La Turquie, est pourtant considérée comme l’une des prochaines puissances les plus importantes de la région et demeure en première ligne face à la crise syrienne. Son modèle gouvernemental, synthèse d’islamisme, de laïcité et de démocraties; sa prise de position face au régime de Bachar al-Assad; ainsi que sa capacité à anticiper les conséquences du Printemps arabe est annonciateurs du rôle de leadership que peut avoir Ankara dans la région. Le New York Times souligne d’ailleurs que Khaled Meshal, dirigeant politique du Hamas, avait déclaré à l’attention du Président turc Erdogan : « Vous n’êtes pas seulement un leader turc, vous êtes aussi, maintenant, le leader du monde musulman ».

Pour répondre à ces changements, Washington bénéficie d’alliés plus solides pour maintenir ses intérêts face à aux répercussions de la crise syrienne. La nomination du prince Bandar à la tête des services de renseignements saoudiens illustre la concordance des intérêts entre les États-Unis et le régime des Saoud. Ancien ambassadeur à Washington, considéré comme « l’homme de la CIA » à Riyad, Bandar est décrit comme la personne derrière la décision du royaume de financer et d’armer les rebelles syriens. Cette politique reflète clairement les intérêts communs partagés par l’Arabie saoudite, les États-Unis et Israël, à savoir séparer l’Iran de ses alliés les plus importants dans le monde arabe et ralentir la fourniture d’armes au Hezbollah libanais.

Il a été démontré cependant que la majorité des armes livrées aux rebelles syriens par l’Arabie Saoudite et le Qatar étaient récupérées par les salafistes jihadistes, ce qui ne peut assurer les intérêts des États-Unis sur le long terme. Ces quelques éléments sont représentatifs de l’ampleur du défi syrien pour la prochaine présidentielle Américaine. Même si l’idée d’une intervention directe n’a pas été évoquée au cours de ce troisième débat, la question demeure en suspens. L’extrême violence du conflit, le blocage de la communauté internationale et les répercussions à long terme dans la région expliquent l’enjeu central qu’incarne la crise syrienne pour la prochaine administration qui sera en place à Washington.

Julien Saada
Directeur adjoint de l’Observatoire sur le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord

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