La question de l’isoloir : quatre ans de plus avec Harper ?

Depuis dimanche, le premier ministre répète que le changement est «dangereux» et «incertain», et que la stabilité qu’il offre vaut mieux que l’inexpérience des autres leaders.

Les cinq principaux chefs politiques sur la ligne de départ de la campagne électorale
Les cinq principaux chefs politiques sur la ligne de départ de la campagne électorale.

Une maxime aussi vieille que la politique veut que les citoyens ne choisissent pas d’élire un parti d’opposition : ils votent avant tout pour défaire ou reconduire le gouvernement sortant. La réflexion sur la solution de rechange qui pourrait s’installer au pouvoir vient seulement ensuite.
Politique

Ce principe s’incarne plus que jamais dans cette longue campagne de 78 jours, après presque 10 ans de règne conservateur.

Les Canadiens veulent-ils être gouvernés par Stephen Harper pendant un autre mandat de quatre ans ? En ce début de course, cette question s’impose comme celle que se poseront beaucoup d’électeurs le 19 octobre prochain, au moment de faire leur X dans l’isoloir.

Aucun premier ministre n’a obtenu quatre mandats consécutifs depuis Wilfrid Laurier, entre 1896 et 1908. Plus d’un siècle plus tard, Harper peut-il y arriver et ajouter son nom dans le grand livre d’histoire comme l’un des premiers ministres à la longévité exceptionnelle ?

(Pour les amateurs d’histoire et de statistiques — bonjour, Paul Houde —, un seul autre premier ministre a obtenu quatre mandats consécutifs : John A. Macdonald [de 1878 à 1891]. William L. Mackenzie King et Pierre Elliott Trudeau ont également remporté quatre mandats, mais pas consécutifs.)

Sir Wilfrid évoluait dans un monde fort différent, sans télé ni réseaux sociaux qui usent les politiciens. Après presque une décennie au pouvoir, la fatigue des citoyens envers Stephen Harper se fait sentir.

Le dernier coup de sonde de Nanos, publié le 29 juillet, montre que 66 % des Canadiens souhaitent un changement de gouvernement à Ottawa, tandis que 24 % pensent que ce n’est pas le temps de changer et que 10 % ne savent pas.

En juin, la maison de sondages Abacus arrivait à une conclusion semblable :

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Inutile de chercher plus loin pour comprendre les slogans du NPD et du Parti libéral du Canada, qui misent sur cette volonté de changement pour déloger Stephen Harper.

Pour la même raison, le chef conservateur aborde cette difficulté de front : depuis dimanche, il répète que le changement est «dangereux» et «incertain», et que la stabilité qu’il offre vaut mieux que l’inexpérience des autres leaders. Stephen Harper s’est même permis des comparaisons un peu loufoques pour enfoncer son message : si Mulcair ou Trudeau devient premier ministre, une récession permanente nous guette… et il en découlera que le Canada deviendra la Grèce des Amériques, rien de moins. (Avec un tel niveau d’attaque, qu’est-ce que ce sera en octobre, lorsque la course en sera à ses derniers moments ?)

Est-ce que les Canadiens vont se laisser convaincre par ce message, ou garder leur volonté d’essayer autre chose à Ottawa ?

Si leur attitude ne bouge pas, les électeurs chercheront alors un champion pour déloger les conservateurs. Celui — de Thomas Mulcair ou de Justin Trudeau — qui sera le plus en mesure de chauffer Harper, quelques semaines avant le vote, bénéficiera d’un élan sans commune mesure. Un effet de coalition des électeurs anti-Harper. Reste à voir si ce sera suffisant pour le déloger ou pour obtenir un mandat majoritaire, la base conservatrice étant solidement ancrée autour du 30 % des intentions de vote.

Un aspect à ne pas négliger dans cette lutte «changement contre stabilité» : l’argent.

Depuis le déclenchement de la campagne, on a beaucoup parlé du plafond des dépenses électorales, qui sera plus élevé en raison de la durée de la campagne. Plutôt que les 25 millions de dollars prévus, les partis pourront dépenser près de 54 millions chacun (s’ils le peuvent !). Quant aux candidats, plutôt que de compter sur 100 000 dollars, ils pourront viser le double — encore là, s’ils le peuvent, étant donné que la réforme de la loi électorale des conservateurs a rendu plus difficile l’obtention de prêts pour les candidats moins fortunés, ce qui avantage… les conservateurs, dont les candidats sont les plus riches.

Les sommes des partis et des candidats ne sont toutefois pas dépensées de manière uniforme pendant la campagne. Pourquoi dilapider l’argent en août, quand les gens sont moins attentifs ?

Il faut donc s’attendre à ce que chacune des formations lance le bombardement publicitaire le plus coûteux et le plus intense de l’histoire politique du pays. En septembre et en octobre, ce sera la déferlante, avec des moyens sans précédent — grâce à une campagne de 78 jours, au plafond de dépenses immensément plus élevé.

Si la question de l’isoloir n’a pas changé d’ici là, les messages pour le «changement» ou la «stabilité» seront partout. Dans cette bataille des ondes, d’Internet et des réseaux sociaux, le plus riche aura un avantage. C’est l’une des raisons pour lesquelles Stephen Harper a choisi de déclencher les hostilités dès maintenant.

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25 commentaires
Les commentaires sont fermés.

je suis certain que Harper joue ses dernières cartes. Il attaque la première Ministre de l’ontario et éaglement de la province de l’alberta. Il est comme un chien battu et il aboie. Il sent que la fin est proche pour lui. Je suis de l’ontario et je respecte la Premi« ere Ministreé depuis qu’elle a été réélu . elle travaille très fort pour aider les Ontariens. Elle travaille pour mettre en place un régime de rente poour aider les gens de la classe mouyenne. Harper préferre parler de guerre et se foute des gens de la classe mouyenne. Une seule idée en tête le petrole et M. Poutine. Si harger est reconduit au Parlement cela finira avec un affrontement avec la >
Russie.

Ne prenons pas de chance. le 19 octobre proCHAIN VOTONS POUR DU CHANGEMENT VOTONS, LIBERAL OU NDE MAIS ABSOLUMENT PA S HARPER QUE EST UN DICTATEUR.

C’ est pas un blogue de pancartes et une session d’ hystérie que le blogue de l’ Actualité!! Une opinion S.V.P

Ce que monsieur Harper devrait expliquer au bon peuple que nous sommes. C’est que les déboires de la Grèce avaient commencé sous une gouvernance conservatrice et que c’est à l’arrivée ensuite d’un gouvernement socialiste qu’en 2010 le « pot aux roses » a été découvert. En d’autres mots, il faudrait interpréter que le gouvernement de monsieur Harper aurait trafiqué au cours de ces dix années les finances publiques du Canada et que par le truchement d’un changement de gouvernement, la supercherie soit alors découverte.

Les Conservateurs laissant en héritages aux canadiennes et aux canadiens un bilan nettement moins reluisant qu’il en paraissait.

À ce sujet en effet, on peut s’interroger sur la réalité de la dette canadienne en en observant sa structure. Car plusieurs économistes, notamment de l’OCDE ont relevé que les politiques de compression des services publiques auront eu pour effet d’externaliser les dettes. Notamment vers les Provinces qui doivent compenser ces compressions par l’ajout permanent de déficits successifs (déficit structurel). Lorsqu’en même temps le niveau d’endettement de plusieurs entreprises, tout comme celui des ménages canadiens est assez conséquent. Un des plus élevé au monde soit dit en passant.

En ce sens Harper dit vrai, les dettes publiques cumulées des citoyens per capita sont au Canada de l’ordre de 48000 $US contre seulement 22500 $US pour les grecs (source : The Economist). La bonne gestion des finances publiques des Conservateurs est nettement moins optimale qu’il n’en parait. Nous aurions dû profiter d’un dollar canadien élevé pour surperformer en gains de productivité. Une chose qui n’a pas été faite, laquelle nuit toujours considérablement au taux de croissance effectif du PIB depuis plus de dix ans. Une légère contraction du PIB pourrait être envisagée dès cette année.

**** Addendum :
En 2005, la dette publique des canadiens par capita était de seulement 25437 $US par personne. Elle aura donc presque doublée en presque dix ans. Soit un des taux d’accroissement parmi les plus élevé de tous les États membres de l’OCDE actuellement.

Ce qui me fait sourire dans toute cette demande de changement, c’est que la plupart des gens qui en demandent du changement, ne veulent surtout pas que ces changements changent quoique ce soit pour eux…

Évident!! Les syndicaleux l’ ont prouvé depuis quelques mois avec leur pub anti-Harper!

« C’ est pas un blogue de pancartes et une session d’ hystérie que le blogue de l’ Actualité!! Une opinion S.V.P »
Beauty2

Au contraire, étant dans une circonscription qui n’a pas de député conservateur, ni de pétrole, ni d’industrie automobile, n’étant pas propriétaire, n’ayant pas d’enfants, ni un revenu suffisamment élevé pour profiter de fractionnement avec ma conjointe, ni ne pouvant cotiser plus de 5000$ dans un CELI : j’aimerais VRAIMENT que les changements m’affectent.

Est-ce que Mulcair peut faire oublier le NPD de Bob Rae et faire une percée en Ontario où il a besoin d’au moins la moitié des sièges pour être élu?
C’est ca la question de l’urne

« le plus riche aura un avantage », on parle beaucoup du facteur argent dans le cas des conservateurs, mais ce que l’on oublie de dire c’est que les conservateurs ont la base de donnateurs la plus large et la plus généreuse. Pourquoi? Peut-être parce qu’il s’agit d’un mouvement plus populaire (grass root, comme disent les chinois). Alors que le NPD appuyait historiquement son financement sur les syndicats (on est loin d’un mouvement populaire ou à tout le moins d’un mouvement en lien avec sa base, facile pour un syndicat d’être généreux quand ses membres doivent cracher à toutes les deux semaines leur cotisation), le PLC assurait historiquement son financement par l’argent public (subvention aux partis politiques ou autres moyens douteux…). Donc, après 10 ans de pouvoir le parti conservateur réussit à rester connecté à sa base, ou à tout le moins assez connecté pour que cette dernière soutienne financièrement ce parti.

Avez-vous des détails sur la nature et la structure de ce financement populaire stable du PC ?

Le NPD a été extrêmement paresseux en financement, se fiant presqu’exclusivement aux grosses centrales syndicales dont il est à la solde pour se financer et créer des campagnes anti-Harper.

Heureusement, Monsieur Harper les a pris de vitesse et les syndicaleux ont dû retirer leur propagande mensongère pour ne pas à devoir subir les foudres de notre justice.

Il n’y a pas si longtemps, le NPD braillait qu’il était le plus pauvre des partis politiques et ce, malgré qu’il a fait élire quantité de députés partout au Canada. En fait, il n’a qu’à s’en prendre qu’à lui-même.

« Le NPD a été extrêmement paresseux en financement, se fiant presqu’exclusivement aux grosses centrales syndicales dont il est à la solde pour se financer »

Vous avez une source là-dessus?

La stabilité, l’électeur comprend cela. Mais le changement, pour s’opposer au statu quo incarné par le parti conservateur, que devait-il être, our quelles raisons, dans quelles conditions ? Il faudrait que l’on nous explique: cela requiert certaines vertus telles que la transparence et le parler-vrai. Or la clarté n’est pas l’apanage de nos candidats au poste de premier-ministre: Alors que Harper doit se contenter de ne rien dire à ce sujet, Mulcair doit naviguer entre plusieurs écueils, par exemple entre son appui à la spécificité québécoise et la centralisation des pouvoirs à Ottawa requise par un programme interventionniste de gauche. Trudeau doit s’appliquer à masquer les ressemblances croissantes de son parti avec le parti conservateur. Duceppe doit cacher l’inanité de sa présence à Ottawa et trouver de nouveaux épouvantails, à l’heure de la mondialisation et du fédéralisme.
Soixante-dix-huit jours de campagne ne seront pas suffisants pour obtenir de ces patineurs professionnels les tenants et les aboutissants d’un changement de gouvernement.

À lire et entendre les commentaires sur les chefs et les partis en lice, on en vient à vouloir faire sien le slogan de Richard Pryor dans le film «Brewster’s Millions». Vote for: «None of the above» disait-il, ce qui l’incluait car certains se souviendront qu’il était lui aussi candidat.
Et nous n’en sommes qu’au troisième jour de la campagne. Ça va être beau dans deux mois.

Changement ou stabilité ??? Les leaders en présence tant qu’ a moi se résume @ 2 ! Harper et Mulcair et le premier est plus expérimenté que le deuxième. Pour ce qui est de Trudeau Justin pour les intimes, il n’ a pas du tout la stature de leader et encore moins la stature de premier ministre! Pour ce qui est des autres bof, pas de commentaires!

« Harper et Mulcair et le premier est plus expérimenté que le deuxième. »

Si on devrait toujours voter pour le plus expérimenté, pourquoi tenir des élections régulières?

Si on s’en tenait qu’à ce seul argument : alors on devrait plutôt avoir une dictature à vie, jusqu’à ce que le dictateur décède ou bien qu’il renonce au pouvoir et là on éli quelqu’un qui va évidemment être la personne la plus expérimentée 4 ans plus tard, donc inutile de tenir des élections à nouveau.

Cette situation est probablement la pire qui existe, tout comme l’argument.

Changer pour changer, nous sommes presque dans le néant à ce stade ci. Le fossé entre Le PCC et les autres partis est immense, il manque quelque chose pour arrêter son choix, pour ceux qui hésitent à plonger dans l’inconnu et remercier le parti au pouvoir. Si on opte pour le changement, les autres partis vont devoir faire preuve de sérieux pour nous faire miroiter que le «move» excusez l’anglicisme en vaut la peine, ce n’est pas le cas actuellement, les autres partis hésitent à s’aventurer sur ce terrain, on dirait. De plus, le choix est plus stratégique que jamais, veut veut pas, nous sommes liés à l’économie globale et les accords commerciaux à venir seront des facteurs déterminants pour l’avenir du Canada, aucun parti ne peut y échapper.

Pour les 60% d’ électeurs indécis a ce stade-ci , ce n’ est pas évident!! Pour les ( switch voters) comme les nomme le journaliste Patrice Servant du JDM . Ceux qui font ou plustôt défont les gouvernements vont avoir une longue réflexion et sans doute un choix déchirant a faire dans l’ isoloir!! En effet si tu veux du changement , il faudra que tu précises quel sorte de changement que tu veux!

Quoiqu’ en dise les syndicats et les environnementalistes c’ est bien beau le changement mais il faut commencé par soi-même et accepter les changements avec les moyens qu’ on aura!

M.Castonguay, est-ce que John A.Mcdonald et Wilfrid Laurier ont eu des mandats minoritaires? Je pense que la comparaison s’ arrête la!