La renaissance de Pauline

Un travers récurrent du débat politique au Canada consiste à traiter la vie des provinces et celle qui anime la scène fédérale comme si elles se déroulaient dans des silos hermétiques.

Chronique de Chantal Hébert : la renaissance de Pauline
Photo : J. Boissinot / PC

Même les stratèges des partis sont souvent affligés par la manie de cloisonner les paliers fédéral et provincial, habitude qui occulte le fait que la tête d’un électeur n’est pas configurée de façon que sa main droite ignore ce que fait sa main gauche.

Vue à travers cette lentille déformante, la victoire majoritaire des conservateurs de Ste­phen Harper, le printemps dernier, avait amené des analystes à conclure que le Canada moins le Québec virait à droite.

Mais quand les mêmes électeurs sont retournés aux urnes pour des élections provinciales, à l’automne, ils ont réélu des libéraux en Ontario, des néo-démocrates au Manitoba ainsi que des conservateurs plutôt progressistes à Terre-Neuve-et-Labrador et plutôt réformistes en Saskatchewan.

Le fil conducteur qui a mené aux résultats fédéral et provinciaux de 2011 passait finalement par la gestion de la crise économique récente et le sentiment d’une plu­ralité d’électeurs que leurs gouvernements sortants – toutes tendances idéologiques confondues – s’en étaient bien tirés.

Le même principe des vases communicants explique au moins en partie l’humeur changeante de l’électorat québécois envers les forces en présence sur la scène provinciale.

Depuis le début de l’année, le paysage préélectoral a été marqué par un recul des appuis à la Coalition Avenir Québec et une remontée du Parti québécois dans les intentions de vote. La contre-performance du NPD dans son rôle de principale voix du Québec à Ottawa n’est pas étrangère à ces mouvements.

En votant pour le NPD, bon nombre de Québécois avaient fait le pari du changement. Une dizaine de mois plus tard, les son­dages indiquent que beaucoup d’entre eux sont arrivés à la con­clusion que la suite des événements ne leur a pas donné raison. Depuis la disparition de Jack Layton, l’appui au NPD fond. Si des élections avaient eu lieu cet hiver, des sondages donnent à croire que le parti aurait pu perdre jusqu’à 40 sièges au Québec.

Dans la mesure où le prochain chef disposera de trois ans pour remonter la pente au Québec, il n’y a pas nécessairement péril en la demeure néo-démocrate.

Dans l’immédiat, c’est plutôt la CAQ qui subit les contrecoups du désenchantement ambiant par rapport à la scène fédérale. La performance inégale du NPD à Ottawa a gâté la sauce du changement, et l’idée d’un autre saut dans l’inconnu est moins alléchante aujourd’hui qu’au lendemain du scrutin fédéral.

Dans le même ordre d’idées, le climat tendu qui s’est installé entre Ottawa et Québec depuis le 2 mai n’est pas complètement étranger au redressement de la cote du Parti québécois.

Dans un premier temps, la défaite du Bloc a provoqué une crise existentielle au PQ. Mais aujourd’hui, l’absence d’une forte voix québécoise dans les débats fédéraux est en passe de devenir une condition gagnante pour Pauline Marois.

Aucun gouvernement fédéral n’a été aussi peu connecté au Québec que celui de Stephen Harper, et peu de partis au pouvoir à Ottawa y ont suscité une aussi grande méfiance. Dans le passé, c’est quand l’électorat québécois s’est raidi contre le gouvernement fédéral que les partis souverainistes ont eu tendance à récolter leurs meilleurs scores. En l’absence d’un rempart bloquiste à Ottawa, l’insécurité par rapport aux intentions fédérales est plus susceptible de profiter directement au PQ.

Une victoire péquiste au prochain scrutin compliquerait la vie du gouvernement Harper. Sa faiblesse au Québec – que certains électeurs du reste du Canada perçoivent actuellement comme une vertu – deviendrait un vice pour ceux, encore nombreux, que la perspective d’un référendum inquiète.

Le NPD risquerait de se retrouver dangereusement tiraillé entre ses électeurs nationalistes québécois et sa base traditionnelle. Sur la foi de ses états de service référendaires passés, le Parti libéral fédéral aurait un puissant argument pour tenter de battre le rappel de ses ouailles fédéralistes égarées.

Une caractéristique des vases communicants est qu’on ne peut jamais mettre de bouchon entre eux. En politique canadienne, un pavé lancé dans une mare provo­que souvent des vagues inattendues dans l’autre.

 

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