La Ségo du Québec

Ah, que la campagne française semblait belle avec les Sarko, les Ségos, les Bayrou… Que doit faire Pauline Marois pour susciter le même enthousiasme ?

Surprenant, l’intérêt des Québécois pour l’élection présidentielle française. Cet engouement se doublait d’une forme de nostalgie : pourquoi ne peut-on pas avoir, au Québec ou au Canada, d’élections qui soulèvent autant d’enthousiasme ? La présence de candidats aux têtes bien pleines autant que bien faites explique beaucoup de choses.

Ici, où que l’on regarde — Jean Charest à Québec, Stéphane Dion à Ottawa —, on voit des partis qui traînent derrière eux des chefs peu inspirants… quand ils n’ont pas un effet répulsif sur l’électeur. Mais maintenant que le Parti québécois se dirige de nouveau vers le couronnement de son chef, Pauline Marois pourrait-elle être une autre Ségolène Royal ? Ou à tout le moins s’inspirer du modèle ?

Jean Charest… Je parlais de lui récemment avec un personnage important du gouvernement de Brian Mulroney dans les années 1980 et 1990. Nous nous demandions où étaient passés le charisme et surtout la ferveur qui le caractérisaient pendant les campagnes électorales fédérales. Et nous en sommes venus à penser que « Jean » a peut-être envie de se faire battre pour enfin retourner à la vie de simple particulier !

À Paris, pendant ce temps, l’intrépide Ségolène Royal, malgré des sondages défavorables et l’hostilité de commentateurs machistes, haranguait les foules de sa voix fluette, souriait aux méchancetés, affrontait l’adversaire dans des débats de deux ou trois heures. Depuis quand a-t-on vu un de nos chefs parler aux caméras, pendant deux heures, sans texte et sans télésouffleur ? Il faut en avoir, des idées dans la tête, pour répondre à tant de questions sans jamais se répéter !

Et quelle déception attendait ceux qui, en décembre, ont propulsé Stéphane Dion à la tête du Parti libéral du Canada. Lui, on ne s’est jamais fait d’illusions sur son charisme. Mais on ne croyait pas qu’il cultiverait à ce point son air de premier de classe ! Nicolas Sarkozy, lui non plus, n’était pas très inspirant. Petit, sans prestance en comparaison de François Mitterrand, nerveux et inquiet, repoussant les foules de ses deux mains ouvertes devant lui, comme s’il se sentait menacé, il a tout de même réussi à porter son discours. Tout comme Ségolène Royal, il ne manquait jamais d’inspiration et savait ce qu’il voulait : même ses pires adversaires — la « racaille » des banlieues, notamment — savaient très bien ce qu’il voulait dire !

Ceux qui ont comparé Mario Dumont à Jean-Marie Le Pen se sont trompés. C’est à François Bayrou qu’il fallait comparer le chef de l’Action démocratique. La recette des deux hommes est simple : véritables moulins à paroles l’un et l’autre, ils régurgitent avec un simplisme parfois désarmant les idées et aphorismes populaires qu’ils ont glanés, ici et là, en visitant le pays profond et en écoutant les gens. Qu’on pense ce que l’on veut de Dumont et de ses idées, il offrait du nouveau là où le PQ ressassait encore les idées qui ont présidé à sa fondation.

Il y a surtout une différence fondamentale entre les régimes français et québécois : en France, lorsque les candidats aux présidentielles se présentent devant leur parti respectif, ils ont un programme politique très recherché, généralement préparé avec des intellectuels, d’ailleurs. Puis, une fois les candidats officiels désignés, les partis s’effacent pendant toute la campagne. Nicolas Sarkozy ne s’est jamais présenté aux Français comme le candidat de l’Union pour un mouvement populaire, pas plus que Ségolène Royal comme la candidate du Parti socialiste.

Cela donne certainement une plus grande crédibilité au candidat, puisqu’il n’a pas l’air constamment surveillé — et rappelé à l’ordre, comme c’est l’habitude au PQ — par les bonzes de son parti. Cela lui donne davantage d’assurance aussi.

Les partis politiques du Québec et du Canada auraient intérêt à réfléchir à cette question lorsqu’ils ont à choisir un chef, comme c’est le cas maintenant pour le PQ. Ils doivent s’assurer, par tous les moyens, que les candidats exposent clairement et dans le détail leurs idées sur la manière de gouverner le pays. Il faut donc faire précéder le choix du chef par un débat d’idées. Puis, une fois le chef choisi, lui laisser l’entière responsabilité de traduire ses idées de façon claire, simple et attrayante pour le grand public. Pour l’instant, au Parti québécois, avec Pauline Marois, cela semble plutôt bien parti…

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