La souveraineté tient bon

Malgré les difficultés du Parti québécois dans les sondages, le projet d’indépendance continue à susciter un intérêt certain parmi les électeurs de trois des quatre formations politiques à l’Assemblée nationale.

Montage L'actualité

Les multiples escarmouches entre Ottawa et les provinces au sujet de la gestion de la pandémie de COVID-19 dans la dernière année auraient-elles pu amplifier les ambitions des forces souverainistes au Québec ? En ces temps de tensions sociales, où chaque palier de gouvernement tente de remporter les batailles quotidiennes de relations publiques, l’opinion des Québécois sur la question nationale a-t-elle évolué ?

Nous dévoilons aujourd’hui la troisième et dernière partie du sondage québécois de Recherche Mainstreet. Il y a deux semaines, nous avions présenté les intentions de vote au Québec, chiffres qui indiquaient une domination de la CAQ ; la semaine dernière, nous nous sommes penchés sur les intentions de vote des Québécois au niveau fédéral, selon les allégeances provinciales ; cette semaine, nous jetons un regard sur la question référendaire et la souveraineté du Québec.

À la question « Si le Québec tenait un référendum sur l’indépendance / la souveraineté, comment voteriez-vous ? », le choix offert aux répondants du sondage était le suivant :

  • « Oui, le Québec devrait être un pays indépendant »
  • « Non, le Québec devrait faire partie du Canada »
  • « Indécis »

Voici les résultats de l’échantillon complet des répondants :
La majorité des répondants, soit 56 %, se rangent du côté du Non. Parmi les électeurs décidés, cela grimpe à 64 %. Comme nous le verrons plus bas, le Non se hisse en tête autant chez les hommes que chez les femmes, parmi les électeurs de chaque tranche d’âge, ainsi que dans chacune des divisions régionales du sondage. D’ailleurs, ces chiffres de Mainstreet concordent avec ceux du sondage Léger publié en décembre dernier, où le Non récoltait 52 % parmi tous les répondants et 66 % chez les répondants décidés.

Néanmoins, l’avance du Non, même si elle est importante, n’est pas écrasante non plus : les appuis à la souveraineté sont mesurés à 32 % parmi tous les répondants du sondage (36 % chez les électeurs décidés), et ce, malgré le fait que la principale formation politique porteuse du projet d’indépendance, le Parti québécois, se trouve présentement loin en troisième place dans les intentions de vote (à égalité statistique avec Québec solidaire). Il s’agit ici d’une indication claire que la souveraineté suscite une adhésion qui dépasse largement les clans partisans actuels.

Jetons un coup d’œil aux découpages démographiques et régionaux des résultats. Au sein de l’électorat féminin, le soutien à la souveraineté est à 28 %, contre 37 % chez les hommes. Toutefois, le Non récolte virtuellement autant d’appuis chez les hommes (57 %) que chez les femmes (55 %).
En analysant les résultats par tranche d’âge, nous ne remarquons pas de différences générationnelles importantes, même si les chiffres nous indiquent que les appuis à la souveraineté sont modestement plus élevés chez les électeurs plus âgés. Néanmoins, les électeurs de 18-34 ans sont plus favorables au Non que la moyenne québécoise, avec un taux de 65 %.
Lorsque nous découpons les résultats par région, nous remarquons que le Non est dominant à Montréal avec 73 % et qu’il devance le Oui par 25 points dans les couronnes de Montréal (« le 450 »). Dans la région de la Capitale-Nationale, le Non obtient 55 %, contre 37 % pour le Oui. Dans les régions du Québec, les résultats sont plus serrés : le Non récolte 44 % et le Oui, 38 %. Compte tenu de la marge d’erreur plus élevée des sous-échantillons régionaux, nous pourrions affirmer que les deux clans sont presque à égalité statistique en région.
Naturellement, nous observons un clivage important dans les résultats selon les langues maternelles. Chez les électeurs francophones, le Non devance le Oui par une faible marge de huit points (47 % contre 39 %). Il s’agit ici d’un écart modeste, mais tout de même plus élevé que la marge d’erreur de ce sous-échantillon (926 répondants, donc ± 3 %, 19 fois sur 20).

Chez les électeurs non francophones, le résultat est sans équivoque : le Non récolte 90 %, contre seulement 6 % pour le Oui.
Finalement, comme ce même sondage mesurait aussi les intentions de vote des répondants, nous pouvons compiler les résultats de l’adhésion à la souveraineté selon les allégeances politiques.

Sans surprise, la souveraineté recueille ses plus grands appuis chez les électeurs péquistes avec 81 %.
Les résultats des électeurs de Québec solidaire méritent un certain bémol : comme cet échantillon était limité (132 répondants), la marge d’erreur grimpe à ± 9 %, alors nous devons faire preuve de prudence dans nos analyses. Auprès des électeurs de QS, le Non récolte 48 % et le Oui, 42 % — il s’agit donc d’une égalité statistique. Toutefois, dans son sondage de décembre, Léger mesurait 46 % pour le Non et 35 % pour le Oui chez les partisans de QS avec un échantillon de taille semblable. Donc, même si ces résultats contiennent une incertitude élevée, la tendance que nous observons depuis plusieurs années semble se maintenir : environ la moitié (voire une faible majorité) des électeurs de Québec solidaire affirment ne pas être souverainistes.

Du côté de la Coalition Avenir Québec, les appuis au Non s’élèvent à 51 %, contre 35 % pour le Oui. Tel qu’on l’a souligné dans l’analyse des résultats fédéraux parmi les électeurs caquistes, nous voyons ici clairement l’aspect « coalition » de la CAQ. François Legault doit jongler avec un électorat majoritairement favorable au statu quo, mais dont un peu plus du tiers préférerait que le Québec devienne un pays. D’un point de vue purement politique, avec son approche nationaliste, la CAQ gagne donc à bomber le torse occasionnellement devant Ottawa, mais elle risquerait gros si elle devait tirer sans cesse à boulets rouges sur le fédéral. Après tout, la majorité des électeurs de la CAQ appuient soit le Parti libéral, soit le Parti conservateur au niveau fédéral.

Sans surprise, les électeurs du Parti libéral du Québec penchent massivement pour le Non, soit 94 %, contre seulement 5 % pour le Oui.

Bien que ce même sondage n’accorde que 11 % des intentions de vote au Parti québécois (et seulement 14 % chez les électeurs francophones), le chef du PQ, Paul St-Pierre Plamondon, trouvera sans doute une certaine consolation dans ces chiffres. Même si une majorité claire de Québécois préfèrent faire partie du Canada, un tiers des électeurs de la province sont plutôt d’avis que Québec devrait devenir un pays indépendant — c’est donc loin d’être une idée marginale.

Toutefois, que dire d’un électeur québécois qui affirme être souverainiste, mais qui n’appuie pas un parti faisant ouvertement la promotion de l’indépendance ? Peut-être que ce projet n’est pas une priorité immédiate ? Il s’agit là du défi principal que Plamondon et son équipe devront relever d’ici les prochaines élections québécoises.

Lors d’une de mes nombreuses discussions sur la politique québécoise au fil des années, une remarque de mon père s’est inscrite dans ma mémoire. Il m’avait dit, avec un air ricaneur : « Le problème au Québec, c’est qu’il y a “trop” de souverainistes… », avant de continuer : « … ou “pas assez” ! » Il avait ajouté : « S’il y avait plus de souverainistes, le Québec se séparerait du Canada, point final. Et s’il y en avait moins, on n’en parlerait plus ! On est pris quelque part entre les deux. » Les chiffres de ce dernier sondage semblent bien lui donner raison.

Pour consulter le rapport de la troisième partie du sondage Recherche Mainstreet, cliquez sur ce lien. Mainstreet était sur le terrain les 8 et 9 février derniers et a récolté les réponses de 1 012 électeurs québécois potentiels. La marge d’erreur du sondage pour l’échantillon total est de ± 3 %, 19 fois sur 20. La marge d’erreur est plus élevée pour les sous-échantillons régionaux et démographiques. Le sondage a été commandé par Qc125 / 338Canada.

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On voit que M. Parizeau avait vu juste quand il a parlé des votes « ethniques ». Il y a peu de respect chez les non francophones pour les aspirations des Québécois à l’autodétermination. Il faut toutefois admettre que les francophones ne semblent pas non plus chérir leur droit à l’autodétermination…

Il faut prendre les sondages pour ce qu’ils sont, une photographie de l ‘opinion à un instant T.