La SQ dans l’eau chaude

L’enquête criminelle sur l’ex directeur général de la Sûreté du Québec (SQ), Richard Deschesnes et deux de ses anciens hommes de confiance, Jean Audette et Steven Chabot, risque de provoquer une nouvelle crise de confiance à l’égard de la police provinciale.

L’affaire est en apparence banale, digne d’une intrigue de l’excellente série policière The Wire. Des policiers intègres auraient tourné les coins ronds dans la gestion des budgets à la poursuite d’un noble objectif.

Selon mon propre compte rendu et celui des collègues de La Presse, le fonds d’opérations spéciales de la SQ aurait été utilisé pour payer une prime de départ à Steven Chabot, alors que ces primes sont interdites à la SQ, et à payer les services du consultant patronal en négociations Denis Despelteau, un officier retraité proche de Richard Deschesnes qui ne pouvait plus obtenir de contrats de la police provinciale en raison de ses ennuis avec le fisc (il a fait une faillite de 400 000 $ et il devait 240 000 $  à l’impôt).

Pas de quoi refaire une Commission Poitras… jusqu’ici. Les policiers de la SQ sont consternés par les actes reprochés à MM. Deschesnes, Audette et Chabot, trois hommes respectés dont personne ne doute de l’intégrité. «Des erreurs de bonne foi», murmure-t-on au quartier général de la rue Parthenais.

Si les faits qui leur sont reprochés sont exacts, ils sont passibles d’accusations de fraude et d’abus de confiance. Le fonds des opérations spéciales n’est pas l’équivalent d’une petite caisse. Il sert à financer les enquêtes spéciales, à payer les délateurs, les informateurs de police et autres dépenses en lien direct avec la mission de la SQ.

Voilà donc une bien mauvaise tuile pour la SQ, déjà montrée du doigt pour son manque de collaboration avec la Commission Charbonneau, l’interruption d’une filature sur un ancien dirigeant de la FTQ-Construction qui avait accès à l’ex premier ministre Jean Charest et le cheminement laborieux de certaines enquêtes reliant le monde syndical, la politique et l’industrie de la construction.

Comme si ce n’était pas suffisant, La Presse révélait vendredi que la SQ aurait contourné les règles qui encadrent la gestion des fonds publics, en acheminant dans une société secrète de 1 à 1,5 million de dollars en surplus budgétaires, année après année. Ces surplus non affectés auraient dû être retournés dans les coffres de l’État à la fin de l’année fiscale.

Des gestionnaires auraient plutôt ourdi un stratagème pour garder l’argent à la SQ et constituer un trésor secret… pour alimenter le Fonds des opérations spéciales tout aussi secret!

Ce volet de l’enquête pose des problèmes qui vont bien au-delà de l’erreur de bonne foi. Aucun officier ne se serait enrichi. Mais si les faits sont fondés, cette façon de faire est une insulte à tous les contribuables qui assument les dépenses de l’État. C’est aussi l’expression d’un sérieux manque de respect à l’égard de l’État démocratique. Quand la police décide seule et à l’insu des élus de l’ampleur de ses budgets, faisant fi des règles pour financer ses enquêtes, il y a péril en la demeure.

L’enquête est encore jeune, et il est trop tôt pour tirer des conclusions définitives. Cette histoire gênante pose déjà une question que le juge Lawrence Poitras a lancé, en 1998, dans son rapport final sur les pratiques en matière d’enquêtes criminelles à la SQ. Qui donc va policer la police?

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J’ai travaillé en télévision au Québec et en Ontario. C’était pratique courante de « brûler » des queues de budget dans des tournages effectués en régions. L’argent n’était pas retourné au fonds consolidé. Combien d’organismes publics sont ainsi surfinancés sans qu’on le sache?

C’est un autre de ces secrets de Polichinelle.
Toute personne qui a vendu des services à des sociétés d’État ou organismes gouvernementaux, savent que les enveloppes budgétaires sont vidés avant la fin d’année budgetaire, de façon à en obtenir autant dans l’année qui suit.

Se monter une caisse oculte, celle-là je ne la connaissais pas

Il y a péril en la demeure. Ceux qui sont payés par mes impôts pour appliquer les lois sont ceux qui ne les respectent pas et pas n’importe lesquels, les hauts gradés.
Je crois que la commission Charbonneau aurait intérêt à regarder de près ce grenouillage.
À ne pas oublier: quand la justice n’est pas ou elle doit être, elle est dans la rue……

Les policiers devrait donner l`exemple ,notre société est malade au lieux de toujours taxer de plus en plus si ont ferais le ménage dans la corruption et la collusion ,se serait un début quand la confiance n`est plus l`a , la société en général en souffre énormément .

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