Construction : la transparence… en cachette

Voilà l’essence même de la proposition défendue par l’Association de la construction du Québec (ACQ), lundi dernier, lors de l’étude du projet de loi 61 destiné à récupérer les sommes payées en trop pour l’exécution des contrats de construction de l’État.

La transparence? Oui, mais en cachette.

C’est l’essence même de la proposition défendue par l’Association de la construction du Québec (ACQ), lundi dernier, lors de l’étude du projet de loi 61 destiné à récupérer les sommes payées en trop pour l’exécution des contrats de construction de l’État.

Pour inciter les entreprises sans scrupules à rembourser les extras illégitimes, l’ACQ suggère au gouvernement de leur accorder l’anonymat total. Il en va du succès du programme de remboursement volontaire, estime le directeur des affaires juridiques et gouvernementales de l’ACQ, Pierre Hamel. L’Association des ingénieurs-conseils du Québec (AICQ) n’est pas contre l’idée.

À l’évidence, ces associations ont écouté d’une oreille distraite les travaux de la commission Charbonneau.

C’est d’autant plus étonnant que Me Hamel représente l’ACQ aux audiences. Il a entendu les mêmes témoignages horrifiants que le grand public, mais il n’en tire pas vraiment les mêmes conclusions.

Ristournes, pots-de-vin, commissions secrètes, extras ; enveloppes brunes, blanches, beiges… La turpitude de l’industrie de la construction, avec ses complices parmi les politiciens, les leaders syndicaux et les membres du crime organisé, est profondément choquante.

Bien sûr, les entrepreneurs ne sont pas tous des machines à corrompre. La plupart sont honnêtes, et ils souffrent des révélations gênantes de la commission Charbonneau.

Par contre, ceux qui ont choisi d’observer les règles du jeu de la collusion et de la corruption ont fait preuve d’une effrayante efficacité.

Quand un courtier à la solde des Hells Angels, Denis Vincent, se plaît à parler de l’entrepreneur Tony Accurso comme «l’un des fondateurs» du Fonds de solidarité de la FTQ, c’est signe qu’il y a des choses qui ne tournent pas rond.

C’est à une minorité de voleurs de grands chemins qu’il faudrait accorder l’anonymat ? La députée libérale Rita de Santis a frappé dans le mille, lors de la commission parlementaire, en disant qu’une telle mesure allait perpétuer la culture du secret et entretenir le cynisme de la population.

Dans les deux cas, elle a vu juste. L’anonymat, c’est l’équivalent d’une victoire morale pour les entreprises fautives. Oui, elles ont volé. Oui, elles devraient rembourser… mais derrière des portes closes, selon l’ACQ et l’AICQ.

Comment jauger de leur sens des responsabilités ? Comment savoir si elles ont retrouvé un ressort éthique ? Comment s’assurer qu’elles ont fait le ménage à l’interne et qu’elles ne recommenceront plus ? Autant de questions sans réponses.

Seule une culture du secret, bien enracinée, peut engendrer une proposition aussi audacieuse.

L’anonymat permettrait aux firmes fautives d’échapper à l’opprobre. Dans les affaires criminelles, les acteurs du système judiciaire reconnaissent généralement qu’il doit y avoir un élément dissuasif dans une peine, et il ne prend son sens que si la sentence est rendue en public.

En accordant l’anonymat aux mauvais joueurs de la construction, l’État cautionnerait indirectement leur conduite. Québec enverrait le message qu’il n’y a pas vraiment de «prime» à l’honnêteté. Les entrepreneurs véreux se fondraient dans la masse des entrepreneurs honnêtes, sans que le public puisse départager les uns des autres.

La décision serait politiquement injustifiable. C’est une profession de foi qu’on exigerait du public.

Je ne voudrais pas être le ministre responsable d’expliquer en point de presse que l’industrie a remboursé son dû… et s’arrêter là en raison de ses obligations de confidentialité à l’égard des filous repentants.

Le remède le plus puissant pour venir à bout de la collusion et de la corruption, c’est la transparence, la vraie. Le Québec a toléré trop longtemps les cachotteries, avec le résultat que l’on connaît.

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Si je comprends bien, on parle d’immunité. Par exemple: Je dévalise une banque, le butin est de $200,000.00. Si je sens la soupe chaude je n’ai qu’à remettre ledit $200,000.00 et je suis libre de toute poursuite et je n’ai donc pas de casier. Je roule à 140 km/h sur l’autoroute durant 10 minutes, donc je n’ai qu’à rouler à 60 km/h durant 10 minutes et le tout s’efface… Pas si bête si on l’applique à tous!

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