La vérité sur l’étude secrète?

La vérité reste à faire au sujet de l’étude secrète sur la collusion, rendue publique le 12 novembre dernier à l’hôtel de ville. C’est bien beau de savoir qu’en 2004, il y avait un marché «très fermé» à Montréal, où le coût des contrats d’infrastructures était gonflé de 30 à 40 %. Huit ans après les faits, il n’est guère utile de l’apprendre. Le mal est fait.

Reste à savoir qui a caché quoi à qui, et pendant combien de temps? À ce chapitre, les réponses sont «nébuleuses», comme l’affirme la chef de Vision Montréal, Louise Harel.

Mme Harel a demandé au ministre des Affaires municipales, Régions et Occupation du territoire (MAMROT) d’enquêter sur le camouflage de l’étude.

Les élus montréalais ont passé les deux derniers jours à ressasser le passé, sans obtenir de réponses définitives. Le Contrôleur général, Alain Bond, va livrer mercredi matin le résultat de son enquête administrative. Comme je l’indiquais dans Le Devoir aujourd’hui, M. Bond montrera un doigt accusateur en direction de l’ex président du comité exécutif, Frank Zampino, et de l’ex directeur général de la Ville, Robert Abdallah.

C’est eux qui auraient trahi la confiance de Gérald Tremblay et des membres du comité exécutif, en s’assurant que l’étude aux conclusions gênantes dorme sagement au fond d’un tiroir pendant huit ans.

C’est grâce à la curiosité d’Elsie Lefebvre, une conseillère de Vision Montréal, que l’étude a finalement été rendue publique, non sans peine. Mme Lefebvre a présenté une demande en vertu de la loi d’accès à l’information, le 23 octobre dernier. Le contrôleur Bond et le directeur général, Guy Hébert, ont court-circuité sa demande en diffusant l’étude lors de la conférence de presse du 12 novembre. Mme Lefebvre a obtenu les documents demandés dix minutes après le début de cette opération de relations publiques. La Commission d’accès à l’information enquête désormais sur ce possible cas d’entrave à l’accès aux documents publics, une infraction punissable d’une amende de 100 à 500 $.

Dans l’intervalle compris entre le 23 octobre et le 12 novembre, la donne politique a changé du tout au tout à Montréal. Le maire Gérald Tremblay a démissionné, emporté par un peu tout à la fois: la grogne populaire à l’égard des hausses des taxes foncières de 3,3 %, l’usure générale du pouvoir, les allégations sur le financement illicite d’Union Montréal à la Commission Charbonneau… et aussi l’éclatement de cette bombe en forme d’étude secrète.

Lors de son discours d’adieu à la vie politique, M. Tremblay a affirmé que des membres de son entourage avaient «trahi sa confiance». Il a dit espérer qu’on reconnaisse un jour qu’il s’était battu, souvent seul, contre la corruption et la collusion.

Robert Abdallah a affirmé de son côté que le maire et les membres de l’exécutif connaissaient l’existence de cette étude depuis sa production en 2004. Frank Zampino a ajouté son grain de sel dans une mise au point publiée mardi soir. Il accuse l’actuel directeur général, Guy Hébert, d’avoir lui-même caché l’étude qu’il n’a jamais vue!

Le nouveau maire Michael Applebaum a laissé entendre que la Commission Charbonneau ou même l’Unité permanente anticorruption pourraient reprendre le dossier des mains du contrôleur Bond. C’est peut-être la meilleure avenue pour tirer l’affaire au clair une fois pour toutes. La vérité pourra difficilement jaillir de la toile des relations politiques malsaines à l’hôtel de ville.

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La caricature fait-elle partie de la définition du journalisme? OUI Et à ce titre je me demande qui fera un jour l’examen de l’image que les caricaturistes ont concoctée de Gérald Temblay au cours des derniers mois, surtout. Si jamais on arrivait à démontrer que le maire est coupable de rien, qu’il ne savait pas que ce rapport existait et que certains témoins à la Commission Charbonneau ont parlé `s travers leur chapeau, qui mesurera l’influence du journalisme sur cet évènement et surtout de l’influence déterminante des caricaturistes sur la « ridiculisation » de certains de leurs souffre-douleur?